Des photos prises à l’aéroport d’Ottawa mardi soir, montre la ministre Chrystia Freeland arborant un T-shirt avec le message «Keep Calm and Negotiate NAFTA», alors qu’elle va prendre son avion pour Washington.

ALENA: les États-Unis jettent du lest

WASHINGTON - Les États-Unis ont renoncé à leurs demandes controversées d’inclure des clauses «Buy American» pour les lucratifs marchés publics dans le cadre de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), a appris La Presse canadienne.

Le Mexique et le Canada se félicitent chacun de leur fermeté face au plan des États-Unis, qui aurait limité la capacité de leur pays respectif à soumissionner pour de précieux projets d’infrastructure du gouvernement américain.

Plusieurs sources, qui se sont exprimées sous le couvert de l’anonymat, ont cité les revendications concurrentes des deux pays comme un exemple de l’animosité qui a surgi entre le Canada et le Mexique depuis que le gouvernement mexicain a conclu sa propre entente de principe sur l’ALENA avec l’administration Trump le mois dernier.

Le Canada et les États-Unis tentent de renégocier leur partie du pacte commercial entre les trois pays, mais les principaux points de blocage tels que les produits laitiers, le règlement des différends et la culture demeurent.

Le Canada a reconnu que le Mexique avait fait des concessions importantes dans son accord avec les États-Unis sur les automobiles et avait permis des augmentations salariales importantes pour les travailleurs de l’automobile mexicains.

Mais des sources affirment que le Mexique a pesé le plus lourd dans la balance pour amener les Américains à renoncer à leur souhait de limiter la capacité des entreprises canadiennes et mexicaines à soumissionner pour des projets d’infrastructure américains, tout en favorisant un meilleur accès des entreprises américaines aux marchés publics canadiens et mexicains.

Le premier ministre Justin Trudeau a fait savoir mercredi à Ottawa que le Canada en voulait plus de ses partenaires de négociation avant de signer un nouvel ALENA.

Il a estimé que le gouvernement avait exprimé très clairement son intérêt pour ce qui pourrait être une bonne affaire pour le Canada, mais qu’un certain nombre de choses devraient bouger avant d’y arriver. Le premier ministre canadien a dit espérer voir cette progression.

Freeland de retour à Washington

De son côté, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland était de nouveau à Washington mercredi pour poursuivre les discussions sur l’ALENA.

Mme Freeland est arrivée dans la capitale américaine mardi, alors qu’un des principaux alliés du président Donald Trump au sein du Congrès indiquait clairement que certains législateurs américains commencent à en avoir assez de ce qu’ils considèrent être l’intransigeance du Canada.

Le représentant Steve Scalise, un républicain de la Louisiane, a mis en garde contre une «frustration croissante» face à ce qu’il a appelé «les tactiques de négociations» du Canada.

Des observateurs précisent que le Congrès souhaite que le Canada fasse partie d’un accord commercial tripartite, mais pas nécessairement au prix de l’entente préliminaire conclue avec le Mexique. Cette entente doit être approuvée par le Congrès avant le 1er décembre, puisque le nouveau gouvernement mexicain qui prendra le pouvoir à cette date a exprimé certaines réserves à son égard.

Le Canada, pendant ce temps, résiste aux échéanciers que tente de lui imposer l’administration Trump pour en venir à une entente - tout d’abord la fin août, puis maintenant la fin septembre.

Tandis que le Canada préconisait une formulation de l’ALENA visant à renforcer la protection du travail et l’égalité entre les sexes, les négociations d’ensemble auraient bloqué en raison de l’insistance du Canada pour que l’accord prévoie un mécanisme indépendant de règlement des différends.

Justin Trudeau a également promis de protéger le système canadien de gestion de l’offre des produits laitiers et de la volaille contre les demandes américaines visant à accroître l’accès de ses agriculteurs au marché laitier canadien. Selon des sources proches des discussions, le Canada aurait offert des concessions limitées sur l’accès au marché, tout en protégeant le système lui-même.Il a estimé que le gouvernement avait exprimé très clairement son intérêt pour ce qui pourrait être une bonne affaire pour le Canada, mais qu’un certain nombre de choses devraient bouger avant d’y arriver.

Gardez votre calme...

Par ailleurs, des photos, publiées sur Twitter et prises à l’aéroport d’Ottawa mardi soir, montre la chef de la diplomatie arborant ce T-shirt alors qu’elle va prendre son avion pour Washington.

«C’est un cadeau de ses enfants! Elle le porte tout le temps», a confirmé son porte-parole Adam Austen, joint par l’AFP.

Le message, «Keep Calm and Negotiate NAFTA», est un énième détournement humoristique d’un slogan placardé sur des affiches par le gouvernement britannique en 1939, «Keep calm and carry on», («Gardez votre calme et continuez») pour préparer la population à d’éventuelles attaques aériennes allemandes au début de la Seconde guerre mondiale.

Les médias canadiens ont immédiatement vu dans ce T-shirt un message subliminal: le Canada n’est pas prêt à céder aux pressions de l’administration Trump.

Mercredi matin, peu avant la reprise des négociations avec le représentant américain au Commerce (USTR) Robert Lighthizer, prévues en fin de matinée, Mme Freeland arborait une tenue plus classique: robe noire et collier de perles.

La renégociation pour moderniser l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui lie depuis 1994 les économies américaine, canadienne et mexicaine, a été imposée en août 2017 par le président américain Donald Trump, qui considère ce traité comme «le pire» de l’histoire pour avoir détruit des emplois américains, notamment dans le secteur automobile.

Les discussions entre Ottawa et Washington achoppent notamment sur la protection du secteur laitier canadien et sur le dispositif de règlement des litiges commerciaux (dit chapitre 19), tous deux remis en question par l’administration Trump.