Jean-Marie Laberge a conçu la pierre tombale d’un couple de ses amis.

Innover avec son propre monument

Malgré les réticences de certaines corporations qui gèrent les cimetières de la région, l’artiste Jean-Marie Laberge a fabriqué son propre monument funéraire avec du béton coloré, et il est persuadé qu’il traversera les époques et les intempéries.

Celui qui a créé Vers l’avenir, cette sculpture monumentale installée devant l’école secondaire Dominique-Racine qui a célébré son trentième anniversaire avec une restauration, fait toujours preuve de créativité et d’avant-gardisme.

« J’ai inventé mon propre style. J’aime quand il y a des éléments figuratifs, mais aussi un peu de surréalisme. Du trop figuratif, ce n’est pas tout à fait mon genre », explique-t-il.

Utilisant un béton plus résistant que celui que l’on retrouve dans la fabrication des maisons, celui qui vient d’avoir 85 ans est un des rares artistes à posséder l’expertise pour fabriquer ces pierres tombales.

De la politique
Au cimetière Saint-François-Xavier, les deux monuments imaginés par M. Laberge détonnent par leur couleur blanchâtre. Ils sont les premiers à être installés dans cet endroit, principalement parce qu’on doute encore de leur durabilité. Pour Jean-Marie Laberge, « il y a un peu de politique là-dedans », mais il pense que ces créations qu’on ne retrouve nulle part ailleurs seront plus répandues dans les prochaines années.

L’artiste Jean-Marie Laberge a fabriqué sa pierre tombale en béton coloré, une pratique qui est encore rare de nos jours.

Sur le monument, qui se trouve près du mausolée au cimetière Saint-François-Xavier, à Chicoutimi, l’artiste a imaginé une sculpture en béton, « solide, incassable et durable » qui représente quatre mains.

« Les anneaux, ça représente la vie. Les mains c’est celles de ma femme et moi. Ça fait 48 ans qu’on est marié. En bas, c’est le début de notre vie commune et ensuite ça ouvre. Ça continue indéfiniment et sans trop y penser j’ai fait une espèce de signe de croix en haut. Ça représente les lignes de la vie parce qu’elles continuent encore même après notre dernier souffle », explique M. Laberge.

Jean-Marie Laberge a préféré concevoir lui-même cette oeuvre qui témoignera de son passage sur Terre. « J’ai créé un moule et je l’ai envoyé à Alma [chez Béton préfabriqué du Lac] pour qu’il le coule. J’ai encore un peu de poudre pour faire des réparations mineures. »

À savoir quelles avaient été ses impressions lors de la conception de ce qui sera sa dernière demeure, le créateur qui reste actif préfère ne pas trop y penser. Ce terrain accueillera son fils qui est mort à la naissance dans les années soixante-dix, lui et sa femme.

Vers la lumière
Une collègue peintre, Micheline Hamel, lui a passé une commande pour la conception et la réalisation d’une oeuvre funéraire, qui se trouve elle aussi au cimetière aux abords de l’université. Elle représente deux guitares qui se transforment en oiseaux, à la demande de Mme Hamel.

Certaines corporations qui gère les cimetières ont des réticences à accepter des monuments et béton.

« Ça paraît facile à faire, mais c’est un jeu de lignes et de relief. C’est assez dur à faire dans un moule, indique M. Laberge. Ils sont venus voir et ils étaient contents, ils savaient qu’ils allaient finir leur jour dans la lumière », termine M. Laberge.

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DES DOUTES SUBSISTENT CHEZ CERTAINS

S’il est possible d’installer un monument funéraire en béton coloré dans plusieurs cimetières de la région, d’autres cimetières demeurent toujours réfractaires. C’est le cas notamment des cimetières situés à Jonquière et à Alma.

La directrice de la Corporation des cimetières catholiques de Jonquière, Hélène Cloutier, pense que la durabilité de ces monuments reste encore à démontrer. « Il y a une résolution de notre conseil d’administration qui a été adoptée à ce sujet. On les refuse pour plusieurs raisons, en particulier parce que le béton n’est pas considéré comme un matériau noble » affirme-t-elle en entrevue. 

Selon Mme Cloutier, même si ces oeuvres ont fait leurs apparitions il y a quelques années déjà, on ne peut pas affirmer avec certitude qu’elles traverseront l’épreuve du temps. Et dans ce domaine, ce sont les corporations qui gèrent les cimetières qui décident de ce qui peut s’y retrouver et non les clients. Il est donc préférable de vérifier avec les organismes qui s’occupent des cimetières avant de commander un monument.

Ouverts

À l’inverse, les cimetières de Chicoutimi sont plutôt ouverts à l’utilisation de ce nouveau matériau dans la fabrication des pierres tombales et des monuments. Quelques entreprises spécialisées conçoivent des oeuvres funéraires en béton, notamment Béton préfabriqué du Lac à Alma et Béton Multi Surfaces de Saguenay. Cette dernière est une des pionnières en la matière. Les oeuvres fabriquées par Béton Multi Surfaces se trouve dans des cimetières qui dépassent les limites de la région. On retrouve les monuments qu’elle fabrique de Chibougamau à Montréal.

Le principal avantage du béton est son coût, plus avantageux que ceux de matériaux traditionnellement utilisés pour les épitaphes et les monuments funéraires. Fabriquer l’oeuvre qui permettra de venir rendre un hommage à un disparu coûtera environ 6000 $ si on utilise le marbre ou la pierre. Une oeuvre en béton coloré, elle, coûtera environ le tiers de ce prix.

Jean-Marie Laberge a conçu sa propre pierre tombale, installée au cimetière Saint-François-Xavier.