Carine Blenny, Mariana Grekkof, Séreyrath Srin et Khadiyatoulah Fall ont fait part des avancées concernant l’intégration des immigrants au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Immigration: du progrès, mais encore du travail à accomplir

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean a accompli des progrès dans l’intégration des immigrants, mais du travail reste encore à faire afin de favoriser davantage leur rétention.

Au moment où l’immigration et le manque de main-d’oeuvre font régulièrement les manchettes, le Cercle de presse a organisé une table ronde, mercredi, formée de Carine Blenny, d’Ambassade boréale, un organisme à but non lucratif (OBNL) créé par deux immigrants et qui s’est donné comme mission de soutenir l’intégration socioculturelle des nouveaux venus, Mariana Grekkof, chargée de projet chez Portes ouvertes sur le Lac, Séreyrath Srin, vice-président de Zonéo Monde, et Khadiyatoulah Fall, titulaire de la Chaire d’enseignement et de recherches interethniques et interculturelles de l’Université du Québec à Chicoutimi (CERII-UQAC).

Le premier constat réalisé par Mme Blenny est que l’intégration sociale des immigrants à long terme reste difficile après un premier accueil chaleureux de la région. Celle-ci a la réputation d’être tissée serrée. Il est difficile de pénétrer les cercles des « locaux ». « On voit souvent des gens qui arrivent dans la région et qui déploient des efforts pour aller vers les gens, mais après un certain temps, s’il n’y a pas de retour, il y a comme un essoufflement. La plupart de mes amis sont ouverts. La semaine dernière, j’ai eu de la peine pour Marcellin (Gbazai), ce chauffeur d’autobus de la STS (Société de transport du Saguenay) qui a été victime de remarques racistes », affirme Mme Blenny.

Selon elle, le développement d’un réseau social par les immigrants avec les citoyens de la région augmente les chances et les opportunités d’intégration, et c’est cette mission que tente d’accomplir Ambassade boréale avec la tenue de différentes activités comme des cafés-rencontres.

Mme Grekkof a expliqué que son organisme souhaite également éliminer les barrières entre les personnes, mais qu’il existe une forme de hiérarchie de la perception des immigrants dans la population en général. Elle a mentionné que les petites remarques et petites blagues sur l’origine des immigrants laissent des traces lorsque répétées ad nauseam.

Abordant le dossier sous un angle plus politique, M. Fall, installé dans la région depuis 30 ans, observe que la dernière élection provinciale et le discours de la Coalition avenir Québec (CAQ) portant sur l’intégration des immigrants a apporté un vent de changement dans le comportement des électeurs. Selon lui, le discours de la CAQ a plu à certains citoyens immigrants qui ont déplacé leur vote, acquis traditionnellement au Parti libéral, vers la CAQ.

M. Fall ajoute que le Saguenay–Lac-Saint-Jean possède des atouts importants pour les immigrants, comme son ancrage solide envers la francophonie, son dynamisme culturel et éducatif. « Nous sommes une ville de connaissances avec la présence de l’UQAC, de ses cégeps », a-t-il dit, déplorant toutefois que trop d’étudiants formés dans les institutions de haut savoir de la région repartent sans s’installer ici.

« Sommes-nous une ville qui s’est donné une première chance de garder les gens qu’elle forme ? Je ne suis pas certain », a-t-il lancé.

Interrogé sur les lois touchant l’immigration au Canada, M. Srin, dont l’entreprise oeuvre dans l’immigration de gens d’affaires, admet qu’il n’y a rien de très simple. « Lorsqu’un employeur veut faire venir 20 employés, il doit faire appel à un conseiller en immigration. On a parfois des surprises en termes de délais très longs à affronter, selon les différentes catégories de travailleurs. Pour les employeurs, ça peut devenir compliqué lorsque le gouvernement affiche un délai de six mois supplémentaires puisque souvent, les besoins de main-d’oeuvre sont à court terme. »

Les situations se compliquent et les dossiers épaississent au fur et à mesure qu’on passe du statut d’étudiant immigrant à travailleur immigrant temporaire, ou encore immigrant investisseur.