Jacques Gagnon

Imagem décroche des contrats au CHUM et au CUSUM

L'entreprise régionale Imagem entre dans la cour des grands. La compagnie spécialisée dans l'élaboration et la fourniture de logiciels médicaux a conclu de nouveaux partenariats avec le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSUM).
Ces contrats s'ajoutent à ceux obtenus, au cours des dernières années, dans une quarantaine de centres hospitaliers de la province, où les logiciels de dictées et de transcription sont utilisés par des professionnels de la santé pour la rédaction de quelque 25 000 rapports médicaux quotidiens. Le président et fondateur d'Imagem, Jacques Gagnon, s'était fait discret en ce qui a trait aux percées de son entreprise à l'extérieur de la région. Il a toutefois obtenu l'aval de son nouveau client, le CHUM, pour parler publiquement des projets en cours. Il s'agit d'une étape importante pour l'ingénieur et ardent régionaliste, qui a toujours été animé du désir de prouver qu'il est possible, pour des petites PME, de viser haut et de voir grand. 
Au total, près de 2500 licences de logiciels de dictée et de transcription de la suite Postscriptum, élaborée par Imagem, ont été vendues au CHUM. Le CUSUM s'en est procuré plus de 700. Jacques Gagnon signale que son entreprise est arrivée en renfort au CHUM, où des problèmes techniques majeurs ont été rencontrés avec le système en place.
« Si on parle d'envergure monétaire, c'est un contrat d'environ 5 millions $, mais l'envergure en termes de complexité était plus importante. Nous avons pu intervenir à la condition que de nouveaux budgets ne soient pas réclamés. Au CHUM, il y avait un "back log" de six mois dans la rédaction des rapports médicaux parce que le système connaissait des ratés. En informatique, tu achètes un produit et un partenariat. Imagem est donc devenu un partenaire essentiel pour eux », dit Jacques Gagnon. 
Se tailler une place dans le domaine des technologies de l'information en santé, surtout dans un hôpital de la taille du CHUM, n'est pas une mince affaire. Avant d'obtenir le contrat en 2015, Jacques Gagnon se souvient d'avoir pris quelques risques.
« On a fait des évaluations très serrées et on a prouvé qu'on était à la hauteur de nos ambitions. On a fait des prouesses », enchaîne-t-il.
Vers l'imagerie diagnostique
La percée de l'entreprise dans les deux grands hôpitaux montréalais risque fort de s'avérer payante puisque les logiciels de dictée et de transcription pourraient être le tremplin vers de futurs partenariats en imagerie diagnostique. Imagem a notamment développé INTERVIEW, une suite de logiciels intégrés qui s'adapte et qui automatise les pratiques dans un environnement sans film et sans papier. La technologie arrime plusieurs composantes, dont un système d'information (SIR), un entrepôt intelligent PACS (Picture Archiving and Communication System) et des stations d'interprétation et visualisation.
« L'imagerie diagnostique, c'est un enjeu énorme. Dans un horizon de quatre ans, le gouvernement du Québec devrait publier un nouvel appel d'offres. On veut être là », met en relief Jacques Gagnon. 
L'ingénieur ajoute que l'hôpital Sacré-Coeur et les hôpitaux de Victoriaville, de Granby et de tout l'Outaouais sont désormais des clients d'Imagem. 
« Chaque jour, des opérations liées à nos logiciels se font dans plus de 60 hôpitaux. Ça représente plus de 1200 personnes qui font la transcription, plus de 2000 professionnels, surtout des médecins radiologistes, qui font des dictées au téléphone, sur leur ordinateur ou sur leur téléphone. Actuellement, 60 radiologistes font de la reconnaissance vocale au CHUM chaque jour. Bientôt, ils seront plus de 100 », fait valoir le président d'Imagem.
Des temps plus difficiles
Fondée en 2001, Imagem faisait autrefois affaire directement avec les directions d'hôpitaux pour la fourniture de systèmes informatiques. 
Selon Jacques Gagnon, les choses ont changé après l'élection de 2003, alors que le gouvernement Charest a décrété un moratoire sur l'achat de logiciels. Les hôpitaux ont perdu leur pouvoir d'autofinancement, ce qui n'a pas été sans conséquence pour Imagem. 
« J'ai fait plusieurs sorties publiques à l'époque pour défendre les intérêts de mon entreprise et de la région. Telus, Bell, IBM, Fujitsu et CGI ramassaient tout et s'arrangeaient pour que toi, tu disparaisses. On a eu des périodes difficiles. J'ai fait du bruit et j'ai ébranlé les colonnes du temple », se remémore Jacques Gagnon.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec a aussi créé le Réseau universitaire intégré de santé (RUIS), divisant le territoire entre les quatre facultés de médecine de la province. La nouvelle structure a changé les règles en matière d'octroi de contrats en santé, obligeant parfois les entreprises à déposer des sommes colossales en garanties de soumission et d'exécution lors d'appels d'offres.
« Pénétrer le monde de la santé en informatique, c'est devenu quasi impossible. Moi, je suis idéaliste. Je voulais bâtir mon entreprise et fournir du travail à des gens de chez nous. Il y en a des cerveaux ici. Ça se peut qu'on fasse de grandes choses dans une région comme la nôtre », martèle Jacques Gagnon.
Imagem et ses 23 employés ont développé 20 logiciels de dictée et de transcription utilisés pour la production de rapport médicaux et huit logiciels d'imagerie diagnostique. L'entreprise produit aussi des solutions sur mesure pour ses clients. Dans la région, Imagem détient des contrats avec les hôpitaux de La Baie et Jonquière. Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) a récemment entamé une démarche auprès de ses fournisseurs, laquelle devrait culminer en l'arrimage des deux systèmes utilisés dans les six hôpitaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean.