Sylvain Thibeault

Il s'enrôle dans les Forces à 50 ans

Un nouveau chapitre de la vie professionnelle de Sylvain Thibeault s'ouvre. Et il s'annonce fort riche en rebondissements. À 50 ans, l'ex-comptable de Chicoutimi a quitté la région samedi dernier pour se rendre à Saint-Jean-sur-Richelieu, où il prend part au camp d'entraînement de base des Forces canadiennes pour les trois prochains mois.
Sylvain Thibeault, au centre, lors de son assermentation il y a deux semaines. Il est entouré du colonel Luc Boucher, commandant de la 2e escadre expéditionnaire de Bagotville (à gauche) et de l'adjudant-chef Martin Rousseau.
Bon an mal an, le bureau de recrutement régional des Forces procède à l'assermentation d'environ 140 nouveaux militaires, tous éléments confondus, en plus d'un nombre semblable de réservistes. Le processus de sélection est impartial et il n'y a aucune discrimination basée sur le sexe ou l'âge. Les recrues de 50 ans ne courent toutefois pas les rues, convient le capitaine Pierre Pelletier, qui oeuvre au centre de recrutement de la rue des Saguenéens.
Il faut comprendre que l'âge maximal de la retraite, pour les militaires, est fixé à 60 ans. Chacun de la centaine de métiers offerts dans les rangs a ses propres critères relatifs à la durée de l'engagement minimal requis. Les contrats qui lient un membre des Forces à son employeur varient entre trois et 13 ans. Pour un pilote, par exemple, on parle de 13 ans. C'est donc dire que quiconque souhaite s'engager dans le but de prendre les commandes d'un aéronef ne peut le faire passé l'âge de 47 ans.
Dans le cas de Sylvain Thibeault, il s'agit d'une décision longuement mûrie motivée par le désir de détenir un emploi stable, bien rémunéré, et de profiter de conditions de travail et d'avantages sociaux intéressants. Détenteur d'un baccalauréat en administration, il a travaillé pour l'entreprise familiale (grossiste en fruits et légumes) pendant plusieurs années. Celle-ci a fermé ses portes il y a quelque temps. Marié et père de deux filles, Sylvain Thibeault a dû se trouver un nouveau gagne-pain. Il croyait avoir touché le gros lot lorsqu'il a décroché un poste de technicien en administration à l'hôpital de Jonquière, où il était titulaire d'importantes responsabilités au sein de l'organisation. Embauché comme temps partiel occasionnel (TPO), il travaillait tout de même des semaines complètes. Jusqu'au jour où une vague de coupes a fauché tous ses espoirs d'obtenir un poste permanent.
« Je me suis retrouvé avec cinq demi-journées par semaine. J'avais une famille à faire vivre et ça n'avait pas de bon sens. Je me suis trouvé un poste dans le secteur privé, mais le salaire n'était pas très intéressant et je voulais améliorer mon sort », raconte Sylvain Thibeault. En 2011, il a songé à s'enrôler dans les Forces, mais il a mis le projet sur la glace pour aller travailler à l'hôpital. L'an dernier, la perspective de devenir militaire a refait surface. Cette option s'est mise à occuper une place de plus en plus importante dans les pensées de Sylvain Thibeault, qui compte plusieurs amis à la 3e Escadre de Bagotville.
« Ils m'ont dit : ''Pourquoi tu n'y vas pas ? Les Forces engagent encore et tu n'es pas trop vieux. J'ai rempli le formulaire d'inscription en septembre 2016 », relate l'athlète de haut niveau, qui prend régulièrement part à de nombreuses compétitions de vélo et de course à pied et qui pratique aussi le ski de fond.
Émotion
Entre l'envoi de sa demande d'adhésion et son assermentation officielle survenue il y a trois semaines au bureau de recrutement des Forces canadiennes, à Chicoutimi, Sylvain Thibeault a vécu quelques moments d'émotions. Il a réussi avec brio l'entrevue et les tests d'aptitudes, mais a rencontré un obstacle le moment venu de se soumettre aux examens médicaux. Une faiblesse auditive dont il ignorait l'existence a jeté une ombre au tableau. Mais Sylvain Thibeault n'allait pas se laisser abattre pour autant.
« J'ai été un peu fou parce que je suis allé courir l'équivalent d'un demi-marathon avant d'aller faire le test d'audition. Ce n'était pas très sage de faire ça. J'ai pu refaire le test après quelques jours de repos et je l'ai passé haut la main », raconte le quinquagénaire du type « petit format », dont la forme physique risque fort de faire rougir d'envie bien des jeunes recrues.
Sylvain Thibeault pose en compagnie du capitaine Pierre Pelletier du bureau de recrutement régional des Forces canadiennes.
Le militaire fébrile
À quelques jours de son départ pour le camp de recrues, lorsque nous l'avons rencontré il y a deux semaines, Sylvain Thibeault ne cachait pas sa fébrilité. Il savait pertinemment que son quotidien allait être complètement chamboulé et que son endurance, à la fois physique et mentale, serait mise à rude épreuve.
L'ex-comptable a choisi le métier de technicien en approvisionnement pour l'Aviation royale canadienne, mais avant de parfaire ses connaissances dans ce domaine à la base de Borden, en Ontario, il doit réussir sa formation de base.
« C'est sûr que je vais sortir de ma zone de confort. Les cinq premières semaines du camp, c'est du sept jours sur sept, de 5 h à 11 h le soir. Je vais apprendre c'est quoi le régime militaire. Au camp de base, tout le monde est formé pour aller au front, peu importe le métier qu'on a choisi. Je vais aller jouer à la guerre et je sais que ce sera très exigeant et très physique. J'ai des appréhensions et c'est normal. C'est l'inconnu », met-il en relief.
Le capitaine Pierre Pelletier confirme que la formation de 12 semaines est très exigeante et que Sylvain Thibeault n'aura pas de traitement préférentiel malgré son âge vénérable et son expérience de vie. Certes, son bagage sera sans doute un outil, mais il devra franchir les mêmes épreuves que ses camarades de 20 ou 30 ans.
De son côté, le nouveau venu se préparait mentalement à être pratiquement coupé du monde. Il lui sera impossible de communiquer avec les membres de sa famille pendant un moment. Il ratera probablement le bal de finissants de sa fille cadette, le déménagement de son aînée et, non sans un pincement un coeur, la première étape du circuit provincial de course de vélo. Il estime que tous ces sacrifices en valent la chandelle.
« On leur inculque vraiment la vie militaire. On leur dit que s'ils performent bien, ils ont droit à un privilège, comme pouvoir utiliser leur téléphone cellulaire. Mais ce privilège, il se gagne », illustre le capitaine Pierre Pelletier.
Sylvain Thibeault n'a aucune idée de l'endroit où il aboutira après sa formation de métier. Dans un monde idéal, il aimerait bien servir à Bagotville, mais ne peut miser là-dessus. À lire dans les prochaines pages du chapitre d'ouverture de sa nouvelle vie.