L'interdiction d'offrir des services sexuels en ligne et dans les petites annonces de journaux inquiète les travailleuses du sexe de Saguenay.

«Il ne nous reste que la rue »

L'interdiction d'offrir des services sexuels en ligne et dans les petites annonces de journaux inquiète les travailleuses du sexe de Saguenay.
Adopté la semaine dernière à Ottawa, le projet de loi C-36 ajoute en effet de nouvelles infractions liées à la prostitution, dont la publicité pour la vente de services sexuels. Une infraction passible d'une peine d'emprisonnement maximal de cinq ans pour les propriétaires de médias traditionnels ou de site internet qui publient ces annonces.
Les escortes de la région utilisent principalement l'imprimé et internet pour offrir leurs services. Sans ces moyens, il ne reste que la rue, déplore une travailleuse du sexe interrogée par Le Quotidien.
« Cette loi n'abolira pas la prostitution. C'est le plus vieux métier du monde. Et les filles veulent travailler dans des conditions respectables. Si on ne peut plus mettre nos services sur internet ou dans le journal, on n'aura pas le choix d'aller dans la rue. Ça n'a pas de bon sens. Imaginez ça à Chicoutimi. En plus, c'est prouvé que dans la rue, les filles sont plus tentées à consommer », répond une femme contactée par Le Quotidien, via un site internet spécialisé en escortes à Chicoutimi.
Deux travailleuses du sexe interrogées n'étaient pas aux faits de l'adoption de ce projet de loi. L'une d'entre elles, 50 ans, ne pouvait cacher ses craintes.
« Je n'irais pas dans la rue. Mais j'ai besoin de cet argent. J'espère qu'il va y avoir un revirement », lance la dame qui ne savait pas trop comment réagir à ces nouvelles disposition législatives, qui rappelons-le, ne sont pas encore en vigueur.
Les travailleuses du sexe interrogées par Le Quotidien font ce travail par nécessité d'argent, ont-elles admis. L'interdiction d'offrir leurs services en ligne ou dans les médias écrits risque de leur faire perdre des revenus essentiels.
« Dans la grande majorité des cas, les filles qui font ça, c'est temporaire. Parfois elles ont une grosse dette et elles veulent faire un bon montant rapidement. Pour certaines, c'est la seule option pour s'en sortir. Et si elles le font, aussi bien qu'elles soient dans un bel environnement et qu'elles se sentent bien de le faire. Si on criminalise toujours plus, ça ne nous aide pas », plaide une femme qui gère quelques escortes à Saguenay.
La travailleuse du sexe de 50 ans, qui affiche ses services dans les petites annonces, exerce également ce travail pour des questions monétaires.
« Je n'entre pas dans le cadre pour l'aide sociale et je ne peux plus travailler, car j'ai certaines blessures et j'ai fait une dépression. Le sexe c'est un travail qui me permet de faire un peu d'argent », confie la dame, qui a vécu plusieurs difficultés au cours de sa vie.
Le métier n'est pas facile. Certains hommes se montrent irrespectueux. Mais les femmes interrogées indiquent que la plupart des clients sont gentils.
« J'en ai un qui a plus de 80 ans. Il est très gentil. On parle longtemps ensemble. Il a une femme, mais elle est malade. Je lui fais du bien », raconte une femme qui publie ses services dans les petites annonces.
Et des clients, il y en a à Saguenay, constate celle qui gère quelques escortes. Les manchettes entourant le projet de loi, qui criminalise les clients, n'ont pas freiné les ardeurs des hommes.
« Ça n'a pas changé grand-chose. Il y a autant de clients qu'avant. Ces temps-ci, peut-être moins. Mais c'est normal, c'est le temps de la chasse », note une des femmes interrogées.