«Il faut rassurer les enfants»

Les enseignants doivent se préparer à accueillir et à soutenir les élèves, lors de leur retour sur les bancs d’école, pour les aider à se remettre d’une crise qui chamboule aussi leur vie, estime la professeure en travail social Danielle Maltais, de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qui recense dans un récent rapport différentes méthodes d’intervention.

Le rapport d’intervention, également cosigné par Anne-Lise Lansard, professionnelle de recherche à l’UQAC, et Mélissa Généreux, professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke, vient d’être publié en mars, après plus d’un an de travail. L’équipe de recherche souhaite le diffuser auprès des commissions scolaires et du ministère de l’Éducation afin d’accompagner les enseignants.

Cette parution est un «malheureux hasard» dans le contexte de la crise sanitaire de la COVID-19, laisse tomber la professeure Danielle Maltais, mais permet d’établir des pistes d’interventions psychosociales auprès des jeunes.

Si le rapport a été conçu à l’origine en lien avec les impacts sur les jeunes d’une catastrophe naturelle ou d’une catastrophe technologique, comme l’accident ferroviaire de 2013 qui a décimé le centre-ville de Lac-Mégantic, Mme Maltais estime que des réactions semblables pourront être observées auprès des enfants. Les jeunes auront également besoin d’être sécurisés et de voir leurs réactions normalisées lors de leur retour en classe.

Danielle Maltais, professeure en travail social à l’Université du Québec à Chicoutimi, est titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience.

«Au départ, il faut accueillir les jeunes dans ce qu’ils ont vécu, ça va être important de le faire au début, tout en les rassurant. C’est ça aussi qu’il faut faire, il faut les rassurer, il faut redonner confiance», souligne celle qui est titulaire de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, la santé mentale et la résilience. Des interventions de groupe peuvent faire la différence auprès des enfants, même si, dans certains cas, des interventions individuelles seront nécessaires pour soigner les traumatismes.

L’école demeure un lieu important et rassurant pour les jeunes, souligne-t-elle, alors que plusieurs élèves disent avoir confiance en leur enseignant et se sentir en sécurité dans leur école. Les enfants, qui semblent jusqu’à maintenant moins vulnérables à la COVID-19, vivent néanmoins des chamboulements importants dans leur vie, eux qui vivent également une série de deuils.

Le deuil de leur quotidien, de leurs amis, de leurs activités sportives et extérieures, de leurs rencontres familiales, mais aussi, dans certains cas, le deuil de proches ou de grands-parents emportés par la maladie, dans un contexte où les derniers adieux sont difficiles à faire et les funérailles vécues différemment.

Façons d’intervenir

Il n’y a pas de «recette miracle», prévient Danielle Maltais, pour intervenir auprès des jeunes. Les enseignants et intervenants pourront cependant trouver plusieurs méthodes d’intervention psychosociales recensées et expliquées dans le rapport d’intervention, qui répondent à différentes réalités et besoins, selon l’âge des enfants.

Les interventions peuvent par exemple être intégrées au travers de différentes activités pédagogiques. «Quand on fait un cours de français, on peut écrire quelque chose, comme un journal. Quand on parle de la science, on peut parler de la pandémie. On peut se servir de cette situation-là pour faire différents apprentissages, que ce soit en géographie, en éthique, dans différents domaines», énumère la professeure-chercheuse qui donne aussi en exemple les activités reliées à l’art.

Le rapport qui compte une centaine de pages, nommé Pistes d’interventions psychosociales pour préserver les jeunes des impacts de catastrophes naturelles ou technologiques, est accessible gratuitement en ligne (constellation.uqac.ca/5682).