Antoine Lavoie et l’un de ses collègues.
Antoine Lavoie et l’un de ses collègues.

Hommage à un ancien chef des policiers-pompiers d’Alma

Thomas Dufour
Le Quotidien
Entré en fonction à Alma en 1953, Antoine Lavoie a été le plus jeune chef d’un corps de policiers-pompiers au Canada. Cette semaine, sa famille a remis des trophées gagnés pendant ses années de services à la Ville d’Alma. Portrait d’un pionnier.

C’était un « homme d’équipe », un « homme de famille », se souviennent ses filles. « Il n’aurait pas réalisé tout ce qu’il a fait, s’ils n’avaient pas eu tous ces gens à côté de lui », explique Mona Lavoie. Son père a été chef des policiers-pompiers à Alma de 1953 à 1975.

Antoine Lavoie est né à Alma en 1929, sur une ferme tenue par son père. À la fin des années 40, il commence à travailler pour l’usine Price. Plusieurs fois par semaine, il se rend au poste de police pour discuter avec les agents et s’informer de leur travail.

« Un jour, on lui a demandé s’il voulait devenir policier et il a dit : oui », dit Mona Lavoie, sa fille. Il commence à travailler dans la police en 1948.

C’est tout de suite le coup de foudre pour le métier. Il ne compte pas les heures et travaille de son mieux pour aider la population d’Alma qui compte alors 12 000 habitants.

Quatre ans plus tard, en 1953, le corps des policiers-pompiers d’Alma est à la recherche d’un nouveau chef. « Il a posé sa candidature et il a obtenu le poste », dit Mona Lavoie. À l’âge de 24, il devient le plus jeune chef au Canada.

Dans les années 50, il n’était pas facile d’être policier à Alma. Entre les bagarres dans les bars, les problèmes d’alcool, les luttes entre syndicats et patrons, les agents n’arrêtaient pas une seconde.

Ses huit enfants ont grandi avec un père qui travaillait beaucoup. « C’était un bec le midi, un bec le soir, puis il devait repartir travailler », explique Mona Lavoie. Il travaillait sept jours par semaine à l’époque.

Antoine Lavoie était un homme d’action. Il n’avait pas peur de prendre des risques pour venir en aide aux autres. À l’époque, les interventions des pompiers et de la police étaient parfois transmises en direct à la radio. « Maman ouvrait la radio et nous demandait de ne pas parler pour pouvoir écouter. On entendait des choses comme : “M. Lavoie saute d’un toit à un autre toit”. C’était stressant », raconte sa fille Linda.

Mona Lavoie, la fille d’Antoine Lavoie.

Au début de sa carrière, les fourgons de police n’étaient pas chose courante. Il lui est arrivé de ramener des gens au poste à pied en les tenant par le bras. Fort de ses six pieds deux pouces, il se débrouillait assez bien.

À son arrivée comme chef en 1953, Antoine Lavoie affiche tout de suite ses couleurs : il préfère éduquer et avertir les citoyens plutôt que de les punir. « Il voulait que les gens comprennent les conséquences de leurs gestes. Si ça, les avertissements, ne fonctionnaient pas, alors il sévissait », expose sa fille Mona.

Il agissait parfois comme un « travailleur social », relatent ses filles. « Il aidait les gens sans emploi à se trouver du travail. Il parlait aux gens qui avaient des idées suicidaires. Il référait les familles sans argent à des banques alimentaires », dit Mona Lavoie.

Il se rend aussi dans les écoles et les lieux de travail pour sensibiliser les Almatois à différentes problématiques. Il fait même poser des affiches près de l’église Saint-Joseph pour sensibiliser les gens aux risques d’incendie. « Nettoyez les tuyaux du poêle », « ne surchauffez jamais » ou encore « ne laissez pas les enfants seuls », peut-on lire sur des affiches datant de l’époque.

Il met beaucoup d’accent sur la formation. Étant lui même ceinture noire en judo, il initie ses collègues à cet art martial.

Il a beaucoup travaillé à la protection des piétons à Alma. Son équipe et lui ont mis sur pied le premier projet de brigadier de la ville.

Grâce à ces initiatives, Antoine Lavoie et son équipe remportent des prix au niveau canadien pour la prévention. Ce sont ces trophées que la famille Lavoie a remis à la ville d’Alma cette semaine.

Antoine Lavoie est décédé en 2014. À ses funérailles, la famille a reçu plusieurs témoignages sur leur père.

Comme il préférait éduquer plutôt que punir, il a évité à plusieurs jeunes de se ramasser avec des casiers judiciaires. « Quand il est décédé, des gens nous on dit : “si ce n’était pas de votre père, je n’aurais jamais pu faire le métier que je fais aujourd’hui” », explique Mona Lavoie.

Antoine Lavoie et des collègues policiers-pompiers en train de pratique le judo.

En 2017, la Ville d’Alma a décidé de nommer la caserne Sud du Service de prévention des incendies en son honneur.

Toute sa vie, Antoine Lavoie a toujours été très discret par rapport à ses accomplissements comme chef des policiers-pompiers. « Il était très humble », dit sa fille Lina Lavoie.