Les carnets de réservations des transporteurs par autobus sont vides, et ce, pour des mois.

Hécatombe dans l’industrie du transport de personnes

L’industrie du transport de personnes vit la pire crise de son histoire. Les carnets de réservations sont presque vides chez les différentes entreprises du Québec, lesquelles doivent toutefois continuer de maintenir leur flotte d’autobus. Et tous les secteurs du transport, du scolaire à l’interurbain en passant par le nolisé-touristique et l’adapté, sont touchés.

« On est en mode survie, pour être franc. C’est très grave ce qui est en train de se passer. Notre industrie touche 22 000 employés. Est-ce qu’on va pouvoir honorer les salaires, continuer de maintenir les autobus ? C’est ce que plusieurs entreprises, petites et grandes, sont en train de vivre », alerte Stéphane Lefebvre, président de la Fédération des transporteurs par autobus du Québec, également propriétaire d’Autocar Jeannois, à Alma.

L’organisation qu’il préside, et qui compte près de 700 membres, a entamé des discussions avec les représentants du gouvernement pour voir quel type d’aide peut être offerte à cette industrie. Les contrats scolaires font partie des pourparlers, à savoir si l’État va payer le service même s’il n’a pas été rendu.

« On est en train d’analyser le tout avec nos contrats. Depuis la semaine passée, on est 24 heures par jour là-dessus. Seulement au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il y a une cinquantaine d’entreprises qui font du transport scolaire, des très petites dans les villages jusqu’à des plus importantes. Des petites qui sont à une journée de ne pas passer au travers, mais aussi des grandes qui ont de grosses structures à supporter », pointe M. Lefevbre.

Chez Autocar Jeannois, toute la flotte des autobus voyageurs est dans le stationnement. Une première pour l’entreprise basée à Alma.

L’industrie touristique fait partie des premières victimes économiques de la pandémie au Québec. Une industrie qui, avec l’événementiel, est vitale pour le secteur du transport, rappelle le président de la Fédération des transporteurs par autobus.

« Le milieu touristique est durement frappé et on en fait partie. Je peux vous annoncer que pour la prochaine saison touristique, tout est perdu. On a aussi perdu le marché des tournois de hockey, qui ont été annulés. Comment les entreprises vont-elles passer à travers ? Parce qu’on ne peut pas mettre en quarantaine des autobus. On doit les entretenir. On a fait les achats pour la saison. Les autobus coûtent 600 000 $. Ça ne peut pas se payer tout seul », plaide le propriétaire d’Autocar Jeannois qui, pour la première fois de sa vie, voit tous ses 45 autobus voyageurs dans son stationnement.

La fin des voyages scolaires et le peu de déplacement des personnes à mobilité réduite font mal aussi à cette industrie.

« On est en train d’essayer de sauver notre industrie. C’est une belle industrie, réglementée. Une industrie qui demande aussi de gros investissements. Ce n’est pas juste un local qu’on loue. On a des matériels roulants d’importance qui doivent être maintenus. Il ne faut pas tout perdre. Il faut que les gens nous supportent et qu’on traverse tout ça ensemble », souhaite l’Almatois.

Les carnets de réservations des transporteurs par autobus sont vides, et ce, pour des mois.

Pour les lignes interurbaines, dont plusieurs sont très peu utilisées en ce moment, la Fédération des transporteurs par autobus tente d’obtenir une autorisation ministérielle pour ne plus maintenir le service. En effet, le gouvernement et les municipalités financent certaines lignes de transport qui ne sont pas rentables pour les entreprises, afin de maintenir le service pour les citoyens.

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INTERCAR SE JOINT À L'APPEL À L'AIDE

Le président d’Intercar, Hugo Gilbert, interpelle le gouvernement provincial pour faire face à la crise que traverse le secteur du transport nolisé, le transport scolaire et le transport interurbain.

« Depuis lundi passé, c’est plus de 800 000 $ de voyages nolisés en annulation pour les mois à venir. Bien entendu, le transport scolaire est annulé. Pour le transport adapté, on est passés de 11 routes à une route par jour », indique M. Gilbert.

Celui-ci dit également avoir dû mettre à pied la majorité de son personnel. « Il y a 325 véhicules stationnés et seulement une dizaine qui roulent par jour. Seul le transport médical, à l’heure actuelle, a maintenu le rythme. Notre entreprise compte des conducteurs et du personnel administratif et on en est rendus à réduire leur nombre du double de ce qu’on avait ajouté au cours des dernières années. »

Il précise tout de même que ces mesures sont temporaires. « On diminue le plus rapidement possible pour passer au travers le plus vite possible, et ensuite relancer l’entreprise. »

Hugo Gilbert fait pression pour que le gouvernement de François Legault annonce des mesures économiques visant à supporter le personnel et les entrepreneurs. Pour l’instant, le Programme d’aide temporaire aux travailleurs vise seulement les travailleurs qui ont la COVID-19, qui présentent des symptômes du virus, qui ont été en contact avec une personne infectée ou qui reviennent de l’étranger.

« On prend soin de la santé de nos employés. Pour ceux qui peuvent avoir du chômage, on va collaborer le plus possible pour leur permettre d’en avoir. Ceux qui doivent se mettre en quarantaine ou qui sont diagnostiqués ont des mesures très bien annoncées, alors espérons qu’aujourd’hui, ils vont annoncer des mesures économiques pour nos employés, et ensuite pour les entreprises, avec les pertes de revenus que nous subissons », mentionne M. Gilbert, rappelant que le gouvernement provincial a répété en début de crise qu’il ne laisserait tomber personne.

Hugo Gilbert indique que la crise traversée par Intercar n’est pas sans conséquence pour le réseau de transport en commun interurbain. « On est à revoir quel genre de réseau on peut avoir pour répondre à la crise. On attend l’accord des autorités concernées pour savoir ce qu’on peut continuer comme réseau. En date d’aujourd’hui, tout est maintenu. Dans les prochains jours, plus de 50 % du réseau sera diminué, si nous avons les autorisations nécessaires. »

En attendant, tous les autobus sont nettoyés quotidiennement. « On a des lingettes, on tient un banc libre entre chaque personne, on a des liquides de nettoyage et nos chauffeurs ont des gants », énumère Hugo Gilbert.