Face au déficit des emplois et de développement régional, André Harvey croit que la solution passe par la mise sur pied d’un plan d’affaires qui inclurait l’acquisition, au prix du marché, des barrages de Rio Tinto.

Harvey prône la nationalisation

À l’approche d’une élection générale au Québec, l’ex-député de Chicoutimi à la Chambre des communes, André Harvey, croit que le Saguenay-Lac-Saint-Jean devrait se positionner pour réclamer l’acquisition des barrages et centrales hydroélectriques de Rio Tinto (RT) au prix du marché afin que ces derniers puissent pleinement servir à l’avancement économique de la région.

En entrevue au Progrès, M. Harvey poursuit sa réflexion sur le développement régional et fait le constat que le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne trouve plus son compte en terme de création d’emplois dans le secteur de l’aluminium. 

À la lumière des derniers résultats affichés en janvier par Rio Tinto Aluminium, qui a tiré des profits de 3,5 G$ pour l’exercice 2017, et des déclarations faites par Gervais Jacques, grand patron de cette division, voulant que RT consolide sa position comme chef de file dans ce secteur, M. Harvey constate que les affaires vont bien pour cette multinationale.

Or, le portrait pour la région est tout à fait contraire, selon lui, alors que le nombre d’emplois dans ce secteur de production continue de décliner, comme c’est le cas depuis une trentaine d’années essentiellement en raison des progrès technologiques, tandis que les emplois en deuxième et troisième transformation de l’aluminium sont stagnants.

M. Harvey rappelle que dans les années 1990, les autorités politiques avaient mis en place des outils comme le Centre des technologies de l’aluminium (CTA), le Centre universitaire de recherche sur l’aluminium (CURAL) et le Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA) essentiellement pour relier l’aluminium de la région à l’industrie du transport concentrée à Montréal, en Ontario et au Mid-Est américain. 

Selon lui, la tendance inverse s’est produite alors qu’en 2012, l’Usine Saguenay qui produisait 200 000 tonnes de tôle d’aluminium a été fermée. Tout ceci s’est produit en dépit des avantages consentis en 2006 à Alcan par le gouvernement du Québec par l’entente de continuité opérationnelle, un prêt de 400 M$ sans intérêt, les droits hydrauliques consentis, etc. 

Face au déficit des emplois et de développement régional, M. Harvey croit que la solution passe par la mise sur pied d’un plan d’affaires qui inclurait l’acquisition au prix du marché des barrages de RT dans la région avec la participation financière d’Hydro-Québec, la Caisse de dépôt et placement, Investissement Québec, les fonds d’investissement syndicaux de la FTQ ou de la CSN ou de fonds privés issus de la région. Selon ses sources, ces centrales et leurs 28 barrages auraient une valeur variant entre 2 G$ et 3 G$. La nouvelle entité qui serait formée continuerait d’alimenter en énergie les alumineries de RT au même prix que paient les autres alumineries du Québec au tarif de 2,5 cents du kWh. 

Il résulterait pour la région une rente hydraulique d’environ 400 M$ par année, correspondant aux profits que tire RT de l’exploitation de ses centrales. Ce 400 M$ servirait à rembourser la dette contractée, mais une partie servirait à créer des emplois orientés vers la deuxième et troisième transformation de l’aluminium.

M. Harvey affirme que l’acquisition des centrales de RT ne vise nullement à pénaliser RT dans son développement puisque cette dernière continuerait de bénéficier d’une énergie à bas coût comme les autres alumineries du Québec tandis que la région pourrait mieux tirer son épingle du jeu. 

« On doit se rappeler qu’en 1963, le gouvernement Lesage, avec René Lévesque comme ministre des Ressources naturelles, avait refusé de nationaliser les barrages d’Alcan parce qu’il aurait fallu débourser 300 M, mais aussi parce qu’à l’époque, Alcan contribuait à la création de 12 000 emplois dans la région. En 2018, avec la baisse des emplois, il faut poursuivre l’oeuvre de René Lévesque et orienter la région vers la transformation de l’aluminium pour qu’elle devienne un chef de file au plan national. »

Comme la nationalisation de l’électricité

Avec ses idées qui sont un peu en marge, M. Harvey ne craint nullement de passer pour un hurluberlu puisque les sentiers ont déjà été battus dans ce domaine. 

Il rappelle qu’à l’époque, même le premier ministre Lesage s’était opposé dans un premier temps au ministre René Lévesque face à la nationalisation de l’électricité. 

« Aujourd’hui, qui oserait affirmer que la nationalisation de l’électricité a été une erreur ? », conclut l’ex-député qui affirme ne pas être animé par un retour en politique active.