Les élèves innus du programme de Protection et exploitation de territoires fauniques sont allés à la rencontre de la nation haïda en Colombie-Britannique

Haïdas et Innus s’unissent

Un stage de fin d’études du programme de Protection et exploitation de territoires fauniques (PETF) a permis à deux communautés des Premières Nations d’établir un premier contact et une collaboration politique, du jamais-vu. Les Innus ont trouvé un modèle de cohabitation « idéal et parfait » entre les Autochtones de la Colombie-Britannique et les gouvernements.

Les élèves du PEFT, volet Premières Nations, qui suivent leurs cours sur un campus délocalisé de Uashat Mak Mani-Utenam, ont eu la chance de partir vers la Colombie-Britannique pour s’inspirer des coutumes de la nation haïda, reconnue pour ses totems, dont certains ont traversé les millénaires. Rapidement, les organisateurs du projet ont vu l’opportunité de créer une relation durable et réciproque. Le politique s’est aussi mis de la partie, ce qui a permis de tisser de nouveaux liens à un autre niveau.

L’idée de départ était d’aller rencontrer les pêcheurs haïdas, « comment ils accueillent la clientèle, comment ils préparent leurs hameçons, leurs appâts, comment ils naviguent... Mais le voyage est rapidement devenu l’occasion d’établir une collaboration entre deux nations autochtones qui ne s’étaient jamais parlé», explique Dominic Simard, agent de développement international et Premières Nations à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

La nation haïda est reconnue pour ses totems emblématiques.

La quinzaine d’élèves de cette cohorte s’est retrouvée dans l’archipel des îles Haïda Gwaii, situé dans l’extrême ouest du Canada, à 6 000 kilomètres de leur point de départ. Le 20 juin dernier, il y a eu une rencontre entre les instances officielles et politiques haïdas et innues, qui ont accompagné les étudiants. Les Innus se sont familiarisés avec la structure gouvernementale mise en place en Colombie-Britannique et aimeraient s’en inspirer pour leurs relations avec les gouvernements provincial et fédéral.

Pleins pouvoirs
Là-bas, les finissants du PETF et leurs accompagnateurs, membres des cinq nations innues provenant de la Côte-Nord, ont rencontré des communautés qui possèdent la « pleine juridiction sur la gestion de leur territoire», explique Hermel Bégin, qui a été agent de liaison dans ce projet.

Cette rencontre est qualifiée « d’enrichissement incommensurable » par M. Bégin. « Le fait qu’ils soient maîtres de leur propre destinée apporte de nombreux espoirs, afin qu’ici au Québec on puisse avoir la même reconnaissance par rapport à la gestion des territoires », poursuit-il.

Vivant sur les îles, les Haïdas maîtrisent la technique de la pêche. Le stage a été l’occasion pour les élèves du PETF d’apprendre un savoir-faire ancestral.

Le chef de Uashat, Mak Mani-Utenam, a découvert une organisation politique différente pour aller réclamer leurs droits ancestraux au gouvernement du Canada, découvrant notamment « un parc cogéré entre les Premières Nations et le gouvernement fédéral », indique Dominic Simard.

Ce modèle de gestion et de cohabitation, « on pourrait le qualifier d’idéal et parfait, précise M. Bégin. J’espère que le chef de Uashat en fera part à l’assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador ». Signe que cette relation n’est qu’un point de départ, les Haïdas devraient déléguer deux ou trois représentants au Québec à la mi-août pour poursuivre le dialogue et les échanges.

Tourisme
Ce nouveau partage de pouvoir pourrait avoir des applications dans le domaine du tourisme par exemple. « Plusieurs organismes travaillent actuellement très fort pour qu’il y ait une réappropriation du tourisme. On ne vient plus voir un indien qui fume le calumet dans son tipi. On fait affaire avec un membre des Premières Nations qui s’est réapproprié sa culture et qui est prêt à accueillir un client international », explique Dominic Simard.

Les Innus et les Haïdas se sont rencontrés pour la première fois, en juin dernier.

Tout cela pourrait avoir des implications dans l’exercice des activités traditionnelles autochtones, comme la chasse, pêche ou encore l’aménagement du territoire. « On a vu là une excellente opportunité d’aller chercher un savoir supplémentaire et complémentaire au PETF », ajoute Hérmel Bégin.

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PLUS DE PARTENARIATS AVEC LES AUTOCHTONES

La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS) veut continuer de mettre en place des partenariats avec les Premières Nations et de créer des programmes qui répondent aux besoins spécifiques des Autochtones.

Selon Monique Beaudry, directrice des services éducatifs adultes à la CSRS, le programme de Protection et d’exploitation du territoire, volet Premières Nations, a bien su comprendre les besoins de sa clientèle. L’adaptation du programme explique en grande partie le succès de ses élèves. « Souvent il y a des abandons dans les groupes. Mais dans le projet, il y a eu une rétention assez exceptionnelle des élèves », dit-elle. 

« Le PEFT a été nuancé par les valeurs autochtones, avec un volet sur les plantes médicinales et la chasse en ajoutant des valeurs traditionnelles à travers le programme de base », ajoute Mme Beaudry.

La commission scolaire a plusieurs projets en tête à ce sujet. 

Elle veut compléter la formation avec une attestation d’études professionnelle axée sur le métier de guide de chasse et de pêche.

Confiance

Pour Monique Beaudry, « ce qui est important, c’est la relation de confiance qui s’est créée entre les représentants de la commission scolaire et des Premières Nations ». 

« Le succès part de là. », indique-t-elle.

L’agent de développement international et Premières Nations à la CSRS, Dominic Simard, raconte que l’on doit cependant « adapter la structure [scolaire] à la culture. On ne peut pas arriver chez les Premières Nations avec un modèle établi. Il faut écouter et avoir une approche par besoins », en précisant qu’il faut adapter l’offre aux besoins.