Guillaume Lavoie, de Liverpool à Halifax

Guillaume Lavoie aura finalement passé huit jours en mer à bord d’un porte-conteneurs. Il est revenu au pays la tête remplie d’images d’océan infini et ressourcé comme jamais il n’aurait pu le croire avant de partir.

« Tout est immense au centre de l’océan. Quand je suis arrivé au port à Liverpool et que j’ai vu le bateau, c’était plus que géant. Mais on se sent telle une fourmi quand on est entouré de la force de l’eau », a expliqué l’ex-conseiller municipal à Montréal, mais originaire de Jonquière, lors d’un entretien téléphonique lundi soir. Il avait mis pied à terre à Halifax en après-midi lundi et était de retour au Québec depuis quelques heures lorsque Le Quotidien s’est entretenu avec lui.

L’immensité et la force
Une des choses qui ressort de cette traversée, c’est la force de la nature que l’on ressent au milieu de l’océan. « Imaginez un bateau qui fait 300 mètres de long et plus de 40 mètres de large. Les vagues n’ont aucun problème à le faire tanguer », raconte M. Lavoie. Il continue en mentionnant que tout est organisé pour que rien ne bouge à bord.

« Sur toutes les tables, il y a un tapis antidérapant. Les chaises et les tables sont attachées et ancrées au plancher. Tout est fait en conséquence de la possibilité d'une grosse tempête. »

Car, comme l’explique M. Lavoie, il était possible que son navire rencontre du mauvais temps. « Pour ça, nous avons été chanceux. À peine deux jours où l’océan était plus agité, mais c’était tout de même des vagues d’environ deux mètres », estime-t-il. En hiver, elles peuvent monter pour atteindre une dizaine de mètres de haut.

« C’est vraiment dans ces moments-là que l’on se rend compte à quel point nous n’avons aucun pouvoir, et que dame Nature est reine de notre environnement. » La force du vent est une autre des forces qui a quelque peu surpris l’homme. « Parfois, je pouvais me tenir à 45 degrés et être complètement soutenu par le vent. D’autre fois, je devais m’assurer de ne pas être jeté par-dessus bord par les rafales. »

Guillaume Lavoie a pu visiter le porte-conteneurs pendant son voyage. Il pose devant le moteur principal du bateau, au deuxième étage de la salle des machines.

Mais l’opposé est aussi vrai. Pendant les huit jours qu’a duré son périple, Guillaume Lavoie a pu visiter le porte-conteneurs de fond en comble. Selon lui, la force industrielle qui permet de faire avancer cet énorme bateau est particulièrement impressionnante. « Même si le vent est contre nous, même si nous avons des vagues qui refusent de nous laisser passer, le moteur continue de nous faire avancer à la même vitesse », explique-t-il, les images toujours en tête. C’est donc à environ 20 km à l’heure que le Jonquiérois d’origine a traversé le deuxième plus grand océan de la Terre.

Lentement, mais sûrement
Refaire le chemin que nos ancêtres ont fait il y a plusieurs centaines d’années a permis à Guillaume Lavoie de réfléchir sur l’avancement que l’espèce humaine a accompli depuis. « Cette traversée de huit jours, Christophe Colomb et Jacques Cartier l’ont fait en trois à cinq mois. Et c’était une des choses les plus difficiles à accomplir à l’époque. Ils voyageaient à bord de coquilles de noix, littéralement. »

Le porte-conteneurs à bord duquel Guillaume Lavoie a traversé l’Atlantique ne comptait pas seulement près de 3000 conteneurs, mais aussi environ 1300 voitures ainsi que quelques bateaux. La plupart des objets que l’on utilise au quotidien sont importés au pays de cette façon.

Pour M. Lavoie, ce n’était pas tout à fait la même histoire. « J’avais plusieurs commodités, une chambre ainsi qu’une salle de bain pour moi tout seul », mentionne-t-il. Cinq autres «touristes» se trouvaient à bord avec lui.

Il était particulièrement paisible de dormir à bord selon lui. « Le roulement des vagues contre le navire, le son et l’odeur de l’océan et le balancement du lit, j’ai pratiquement perdu le temps. » La seule façon de voir les jours passer, c’est en comptant les repas qui étaient toujours servis aux mêmes heures malgré le changement de fuseau horaire.

Départ du port de Liverpool, en Angleterre.

« Nous avons reculé l’heure quatre fois au courant de la traversée. C’est la façon la moins barbare de vivre un décalage horaire, puisque c’est beaucoup plus lent », explique l’ancien politicien.

Le temps long
Au final, c’est 4000 pages que Guillaume Lavoie a lues à bord du porte-conteneurs. « J’ai décidé de lire Moby Dick, qui est une histoire qui doit être lue en prenant le temps. Savourer ce classique semblait être parfait en traversant l’océan Atlantique », termine-t-il.

Terre en vue ! Arrivée du navire à Halifax après huit jours en mer.