Marie-Claude Fortin a reçu un nouveau rein le 19 décembre dernier, après quatre ans de dialyse.

Greffée du rein: la deuxième vie de Marie-Claude Fortin

Marie-Claude Fortin pense souvent à son donneur. À cet homme anonyme qui lui a donné une deuxième vie, qui lui a offert le plus beau des cadeaux. Souffrant d’insuffisance rénale terminale et sous dialyse depuis quatre ans, Marie-Claude Fortin a reçu un nouveau rein il y a deux mois, après deux tentatives qui avaient été annulées à la toute dernière minute.

Le Progrès l’avait rencontrée, l’an dernier, alors qu’elle s’impliquait au sein du nouveau Fonds des maladies rénales du Saguenay–Lac-Saint-Jean, créé par le Dr Jérôme Pineault, néphrologue à l’hôpital de Chicoutimi. La dame a su qu’elle souffrait d’une insuffisance rénale sévère alors qu’elle était dans la vingtaine. Pendant quatre ans, elle devait se soumettre à la dialyse, trois fois par semaine, durant quatre heures chaque fois. Au moment de la rencontre avec Le Progrès, elle était en attente d’un nouveau rein depuis trois ans et demi. Elle avait commencé la dialyse à la maison, à l’occasion de huit heures, aux deux jours. Atrophiés et pratiquement invisibles à l’échographie, ses deux reins ne fonctionnaient plus du tout depuis plusieurs années.

Espoir

Le 6 juin dernier, Marie-Claude Fortin a reçu l’appel tant attendu. Transplant Québec l’informait qu’il y avait un rein pour elle, d’un donneur décédé anonyme. Mme Fortin s’est donc rendue à Québec, où la greffe devait être faite. Prête à subir la batterie de tests nécessaires avant une telle opération, Marie-Claude Fortin a appris que la greffe ne pourrait finalement pas avoir lieu, puisqu’il y avait eu des complications du côté du donneur. « On n’en sait jamais plus que ça, mais on m’a dit que ça ne fonctionnerait pas. Je devais donc retourner à la maison sans nouveau rein et poursuivre ma dialyse. C’est certain que j’étais déçue, mais je me suis dit que la prochaine fois serait la bonne », raconte-t-elle.

Pendant ce temps, son beau-frère, qui voulait lui faire don de son rein, s’était inscrit au Programme canadien de dons croisés, puisqu’il n’était pas compatible directement avec elle.

En juillet, elle a reçu un autre appel. Cette fois, c’était par dons croisés qu’elle pourrait recevoir un nouveau rein. « Les délais sont de trois à quatre mois dans ce cas-ci, afin que la chaîne de dons soit prête. Mon beau-frère devait se rendre à Hamilton pour faire prélever son rein. Moi, je devais me faire opérer à Québec. Mais encore une fois, la greffe n’a pas eu lieu, puisque la chaîne s’est brisée. On n’a pas su non plus ce qui s’était passé », explique Marie-Claude Fortin, qui a pris cette deuxième déception beaucoup plus difficilement que la première.

Son état de santé s’était également détérioré, puisqu’elle devait retourner faire de la dialyse à l’hôpital. En effet, en raison des travaux d’aqueduc qui avaient lieu dans son quartier, l’eau du robinet n’était pas assez bonne pour les traitements de dialyse à la maison.

« Mon corps était fatigué et durant mes traitements à l’hôpital, j’ai fait deux syncopes avec arrêt cardiaque. Disons que ça n’allait pas bien du tout à l’automne dernier. J’étais découragée et je ne croyais plus trop à la greffe. Une chance que je suis une personne très bien entourée, parce que j’ai vécu ça difficilement moralement », raconte la dame de 47 ans.

En octobre, elle a pu reprendre les traitements à la maison, mais son optimisme et son espoir en avaient pris un coup. « Heureusement, j’avais des traitements pour me maintenir en vie, mais je n’ose pas imaginer comment ceux qui attendent un coeur, par exemple, peuvent se sentir. Il y a des moments très stressants », note Marie-Claude Fortin.

C’est finalement le 18 décembre à minuit qu’elle a reçu le troisième appel. Un appel qui sera le bon cette fois-ci. Le lendemain matin, elle était à Québec.

Marie-Claude Fortin et le Dr Jérôme Pineault avaient lancé le Fonds des maladies rénales du Saguenay–Lac-Saint-Jean l’an dernier. La dame était alors en attente d’un nouveau rein. Dernièrement, elle a recontacté la journaliste du Progrès pour lui donner des nouvelles de sa greffe de rein.

« J’ai reçu mon nouveau rein le 19 décembre, à minuit et demi », affirme Marie-Claude Fortin, le sourire aux lèvres et pétillante de vie. Elle est restée trois semaines à l’hôpital. Bien qu’elle soit de retour chez elle à Chicoutimi depuis janvier, elle doit toutefois se rendre à Québec quelques fois par semaine pour un suivi et pour l’ajustement de ses médicaments.

« Je vais devoir prendre des médicaments antirejet toute ma vie et plusieurs autres médicaments, mais ça va vraiment bien, à part la fatigue et quelques tremblements en raison de la médication. Mais quand on fait de la dialyse trois fois par semaine, on est prêt à tout ! », souligne-t-elle.

C’est lorsque des gens de l’hôpital de Chicoutimi sont venus chercher sa machine de dialyse à la maison que Marie-Claude Fortin a vraiment pris conscience qu’elle pourrait maintenant avoir une vie normale.

Le cathéter qu’elle avait en permanence à la poitrine lui a également été retiré. « Ça me stressait un peu, car c’était vraiment mon cordon de sécurité. Mais on ne peut pas toujours être inquiet, sinon, cette inquiétude nous pourrit la vie », estime Marie-Claude Fortin.

Les prochains mois seront déterminants pour la greffée. « Je vais devoir subir plusieurs examens, dont une biopsie en juin pour s’assurer que tout se déroule bien. Il y a toujours des risques de rejet, mais je vois l’avenir avec optimisme. Et je pense à mon donneur, et ce que je peux faire pour le remercier, c’est prendre soin de son rein, qui est maintenant le mien, et prendre soin de ma santé », affirme Mme Fortin.

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SIGNEZ, MAIS DISCUTEZ-EN AUSSI

Le don d’organes, pour Marie-Claude Fortin, n’est pas simplement une signature à l’endos d’une carte. «Ça change des vies, c’est le cas de le dire. C’est important de signer, oui, mais c’est aussi important d’en discuter avec nos familles, puisque même si on signe notre carte, nos proches ont toujours le droit de refuser à notre décès. Ce n’est pas une décision à prendre à la légère, et en discuter avec notre famille peut éviter que ce soit un choc lorsqu’on l’apprend au moment du décès d’un être cher», souligne Marie-Claude Fortin.