Adrien Guibert-Barthez, cofondateur et coporte-parole de la Coalition Fjord, Marc-Urbain Proulx, professeur en économie régionale à l’UQAC, Patrick Bérubé, directeur général de Promotion Saguenay, et Jean Paradis, fondateur de Négawatts, étaient les invités du GRIR.

Grands projets: plus de nuances chez les économistes

Les arguments environnementaux et socioéconomiques des grands projets industriels ont une fois de plus été opposés, lundi, lors d’une table ronde organisée à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Tandis que la position des environnementalistes est plus arrêtée, celle des économistes se veut plus modérée. Et le projet de GNL Québec a rapidement éclipsé ceux de Métaux BlackRock et d’Arianne Phosphate.

Le Groupe de recherche et d’intervention régionales (GRIR) accueillait à titre personnel Adrien Guibert-Barthez, cofondateur et coporte-parole de la Coalition Fjord, le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, le fondateur de Négawatts, Jean Paradis, lui aussi à titre personnel, et le professeur en économie régionale à l’UQAC, Marc-Urbain Proulx. L’animation de la table ronde avait été confiée à Myriam Gauthier, journaliste au Quotidien.

Marc-Urbain Proulx a été le plus modéré des intervenants. Même s’il se dit « pas si en faveur des grands projets », il rappelle que le développement de la région a véritablement pris son envol quand un « riche Américain » a construit un barrage sur Isle-Maligne et créé un vaste réservoir qu’est le lac Saint-Jean. Un deuxième mégaprojet a par la suite vu le jour, soit l’aluminerie de Jonquière. Il a rappelé que ce sont aussi des grands projets qui ont permis à Val-d’Or et Fermont de survivre et, inversement, l’ancienne capitale du fer, Schefferville, a connu de durs moments après la dégringolade de l’industrie.

« Sans mégaprojets dans les économies régionales, l’auto-développement nous donne une stagnation ou, au pire, un déclin. On est rendus-là », avance M. Proulx.

Le directeur général de Promotion Saguenay est d’accord sur ce point. Selon lui, les plus gros projets possibles en auto-développement dans la région ne peuvent dépasser 15 millions $. Dans un autre cas, les promoteurs doivent aller chercher un apport financier extérieur.

Patrick Bérubé est d’accord avec le projet, mais « conditionnellement au respect des critères environnementaux ».

« Nous voulons prendre position, mais pas seulement avec l’information du promoteur, même si je crois qu’il est de bonne foi, a mentionné M. Bérubé. Je comprends que GNL n’est pas la meilleure, mais dans les énergies non renouvelables, c’est elle qui complète le mieux les énergies renouvelables. »

Une cinquantaine de personnes ont assisté à la table ronde présentée à l'UQAC.

M. Bérubé, qui s’est notamment déplacé à Vancouver et Edmonton, croit que parmi les 25 projets de gaz naturel liquéfié en préparation au Canada, celui de GNL Québec fait très bonne figure, étant « le seul à utiliser les énergies renouvelables ».

Faisant référence à la pénurie de main-d’œuvre, M. Bérubé a rappelé que Kitimat, avec ses quelque 12 000 citoyens et la présence de Rio Tinto, est l’hôte d’un projet de 28 milliards $ de gaz naturel liquéfié. Il a surtout retenu que les gens se demandent comment ils vont réussir et non s’ils vont réussir.

« Inacceptable de A à Z »

Les propos d’Adrien Guibert-Barthez n’ont laissé place à aucune interprétation. Le projet de GNL Québec est « inacceptable de A à Z ». Premier à prendre la parole, il a rappelé la pétition de 50 000 noms contre le projet, les manifestations, le rejet du projet par le Parti québécois, l’étude de l’IRIS et la lettre publiée dans Le Quotidien lundi matin et coécrite par 260 jeunes, notamment.

Diplômé dans le domaine, il craint que la région perde son créneau de tourisme d’aventure et croit que les grands projets pourraient mettre en péril certaines économies régionales.

« Il y aura peut-être plus de 100 emplois à Saguenay, mais combien de villages devront fermer parce qu’il n’y aura plus de baleines ? »

Jean Paradis, quant à lui, a d’abord mentionné que les projets d’Arianne Phosphate et de Métaux BlackRock devraient absolument transiter par train via la Côte-Nord. « Pas de troisième port, pour moi, c’est clair. »

Quant à GNL, le projet de « milliardaires étrangers » qui préconise « l’utilisation du gaz fossile obtenu par fracturation », il est complètement « inadmissible ». C’est pourquoi il a décidé de sortir de sa retraite pour le dénoncer publiquement.

« On ne regarde pas ce qu’il y a en amont, en Alberta. On ne s’intéresse pas aux deux bouts du tuyau. Ça prendrait 1000 puits par année pour extraire le méthane, donc 25 000 en 25 ans. On n’en parle pas parce que c’est ailleurs. La carboneutralité, c’est un mirage ! Ça vient me chercher. Ce n’est pas parce que c’est carboneutre qu’elle a raison d’être. »

Les participants invités à la table ronde prenaient la parole à tour de rôle. Les échanges n’étaient pas permis. Une cinquantaine de personnes y ont assisté.