L’impact du passage des méthaniers de GNL Québec dans le Saguenay sur le béluga a été au cœur de plusieurs interventions, mardi après-midi, lors des audiences du BAPE.
L’impact du passage des méthaniers de GNL Québec dans le Saguenay sur le béluga a été au cœur de plusieurs interventions, mardi après-midi, lors des audiences du BAPE.

GNL Québec: les impacts sur le béluga reviennent à l’avant-plan

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Les impacts du passage des méthaniers de GNL Québec dans le Saguenay sur la population de bélugas sont revenus à l’avant-plan, mardi après-midi, lors des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

En septembre, le sujet avait fait l’objet de plusieurs questions lors de la première partie des audiences sur le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de 9 G$ à Saguenay. Cette préoccupation se traduit à nouveau dans les présentations de plusieurs intervenants en seconde partie des audiences.

Seize intervenants ont pris la parole lors de la troisième séance tenue en mode numérique. Le nombre d’interventions en opposition au projet a été un peu plus élevé que les témoignages favorables, lors de la séance qui a cumulé quelque 1800 visionnements sur Facebook.

Des intervenants et organismes environnementaux ont exprimé pendant la séance leurs inquiétudes face à la hausse du trafic maritime qu’entraînerait dans le Saguenay la réalisation du projet d’exportation de gaz naturel.

Des citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ont pris la parole ont pour leur part affirmé leur confiance et leur appui envers les mesures envisagées par GNL Québec pour minimiser les impacts de ses méthaniers sur les bélugas. Pierre Laroche, citoyen d’Alma, a souligné l’«approche innovante» de la Charte d’engagements environnementaux pour la protection des mammifères marins proposée par GNL Québec.

Un pont à Tadoussac pour concilier navigation et environnement

Sans vouloir de son côté se prononcer sur le projet de GNL Québec, la Société du pont sur le Saguenay a présenté son projet de pont à la hauteur de Tadoussac comme un «geste hautement significatif» qui permettrait de concilier à court terme navigation maritime et protection du béluga.

Le pont permettrait d’éliminer le passage des traversiers, qui représentent une part importante du trafic dans l’estuaire du Saguenay. «Mettre fin à 40 000 passages de traversiers, jour et nuit, 365 jours par année, en plein cœur de l’estuaire du Saguenay est une façon rapide et efficace de rendre, d’une part, la possibilité de navigation plus facile – en prenant évidemment les précautions nécessaires – et de rétablir en même temps les bélugas», a soutenu Pierre Breton, administrateur de l’organisation.

L’organisme a demandé l’accélération du processus menant à la construction du pont, dont les études antérieures doivent être prochainement mises à jour. Le projet dont la construction prendrait quatre ans est évalué à quelque 300 M$.

Une évaluation qui doit être remise, selon le GREMM

Le Groupe de recherche sur les mammifères marins (GREMM) estime pour sa part qu’il est prématuré d’évaluer les impacts du projet de GNL Québec sur le béluga. Le GREMM recommande que leur évaluation soit remise, dans l’attente de résultats de projet de recherches sur l’impact du bruit sur les bélugas, qui sont attendus dans les prochaines années du côté de Québec et d’Ottawa.

«Autoriser un projet comme GNL, qui pourrait avoir un impact, qui pourrait nous exclure d’une option pour la conservation aujourd’hui, alors qu’on est sur le point d’aboutir à ces évaluations, ça m’apparaît, au moins, malheureux», a exprimé Robert Michaud, président et directeur scientifique du groupe de recherche situé à Tadoussac.

L’augmentation du bruit subaquatique dans le Saguenay qui serait causée par le projet de GNL Québec et par d’autres projets de développement en cours fait craindre au chercheur la disparition des «zones de tranquillité» dont bénéficie actuellement le béluga.

Robert Michaud a également proposé la création d’une «aire marine tranquille» dans le Saguenay. Cette mesure permettrait de créer une forme de «sanctuaire» acoustique protégé à long terme pour l’espèce en voie de disparition.

Robert Michaud, président et directeur scientifique du GREMM, a présenté le mémoire de l’organisation mardi devant le BAPE. Il avait pris part à la première partie des audiences en septembre à titre d’expert.

Le chercheur a rappelé l’état de la recherche sur le béluga, dont il avait notamment parlé lors de la première partie des audiences en septembre. Robert Michaud a été questionné pendant une vingtaine de minutes par les commissaires après sa présentation.

Dominic Gagnon, médecin et chef du parti politique municipal Alliance Saguenay, a de son côté invité les commissaires à consacrer davantage d’attention à l’étude de WSP menée pour GNL Québec sur l’exposition des bélugas au bruit. Les impacts de l’augmentation du trafic maritime doivent selon lui être évalués en regard du niveau de bruit des embarcations et de leur perception par le béluga.

TADOUSSAC APPUIE LE MORATOIRE

Le maire de Tadoussac, Charles Breton, a présenté l’appui de sa municipalité à l’appel au moratoire jusqu’en 2023 sur les projets qui entraîneraient une hausse du trafic maritime dans le Saguenay.

Pierre Breton, administrateur à la Société du pont sur le Saguenay à Tadoussac

Cet appel avait été lancé en septembre par des chercheurs du GREMM et de l’Université du Québec en Outaouais. Les élus s’inquiètent de l’impact du passage des méthaniers sur le béluga et sur l’industrie touristique de la petite municipalité. La résolution adoptée à l’unanimité par le conseil municipal a également reçu l’appui des maires de la MRC La Haute-Côte-Nord.

88 000 signatures contre

Greenpeace Canada, qui a appelé au rejet du projet de GNL Québec, a pour sa part dit mardi adhérer aux recommandations du GREMM pour la protection du béluga.

L’organisation a d’ailleurs rappelé qu’une pétition lancée par la Coalition fjord en opposition au projet avait récolté jusqu’à maintenant plus de 88 000 signatures.

PLUS DE 12 800 SIGNATURES EN APPUI AUX GRANDS PROJETS

Pierre Charbonneau, initiateur d’une pétition en appui aux grands projets industriels au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a indiqué devant la commission que la pétition comptait aujourd’hui plus de 12 800 signatures.

La pétition rassemblait près de 10 000 signatures, lorsqu’elle avait été remise en avril 2019 à GNL Québec.

«Ce qui ressort, dans les commentaires en général, c’est que les gens appuient le projet pour des raisons économiques et d’emploi», a-t-il expliqué.

L’utilisation du gaz naturel liquéfié comme énergie de transition, en remplacement d’énergies polluantes comme le charbon, est l’un des arguments évoqués par les signataires.

GNL Québec prend la parole

Les employés du projet d’Énergie Saguenay ont par ailleurs profité de cette seconde partie des audiences pour déposer un mémoire. Stéphan Tremblay, directeur développement régional pour GNL Québec, a rappelé la composition saguenéenne de l’équipe et a insisté sur la conviction des employés face au projet. «Nous avons la même volonté de lutte aux changements climatiques que les opposants, mais nous avons des visions stratégiques différentes», a-t-il affirmé.