GNL Québec: la fracturation hydraulique inévitable

Émilie Morin
Émilie Morin
Le Quotidien
Le promoteur GNL Québec, qui souhaite établir une usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay, n’aura d’autre choix, à long terme, que de s’approvisionner en gaz issu de la fracturation hydraulique, selon les projections de l’avenir énergétique du gaz naturel au Canada.

Selon la Régie de l’énergie du Canada, la production de gaz naturel classique diminuera de façon constante jusqu’en 2030, atteignant environ 100 millions de mètres cubes par jour. Elle sera remplacée petit à petit par la production tirée de réservoirs étanches, laquelle atteindra 17,3 milliards de pieds cubes par jour (Gpi³/j). Les gaz de réservoirs étanches sont considérés comme des ressources non conventionnelles en raison des méthodes d’extraction dont ils font l’objet, comme la fracturation hydraulique.

Selon la Régie de l’énergie du Canada, les gaz classiques (en bleu) s’estomperont peu à peu pour laisser place aux gaz non conventionnels nécessitant d’être extraits par fracturation hydraulique, un procédé controversé.

Professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste en sciences économiques et en sciences de l’environnement, Éric Pineault explique que la transition vers les gaz issus de la fracturation hydraulique a déjà commencé. « De plus en plus, on va être dépendants du gaz extrait par fracturation. On a pas mal épuisé les réserves de gaz conventionnel. D’ici dix ans, on va en manquer. On n’utilisera pas nécessairement du gaz de schiste, mais le procédé reste le même. »


« Nous avons toujours été clairs et transparents concernant la provenance et la méthode d’extraction du gaz naturel qui serait utilisé dans le cadre de notre projet ; 85 % de notre approvisionnement sera effectivement extrait selon la méthode de fracturation hydraulique. »
Stéphanie Fortin

Transparents

La directrice principale des affaires publiques et des relations avec les communautés chez GNL Québec, Stéphanie Fortin, affirme quant à elle que l’utilisation de gaz provenant de la fracturation hydraulique a toujours été dans les plans. « Nous avons toujours été clairs et transparents concernant la provenance et la méthode d’extraction du gaz naturel qui serait utilisé dans le cadre de notre projet ; 85 % de notre approvisionnement sera effectivement extrait selon la méthode de fracturation hydraulique. Ces données sont validées par l’Alberta Energy Regulator, qui prévoit que cette proportion va se maintenir au cours des prochaines décennies. Ces données figurent également dans notre étude d’impact environnemental et dans l’analyse de cycle de vie réalisée par le CIRAIG (Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services). »

Éric Pineault est plutôt d’avis que dans le doute, mieux vaut agir avec précaution. « Ici, on oppose précaution et profits. Quand on ne sait pas [à combien se chiffrent les émissions de gaz à effet de serre], et [les producteurs de gaz] ont raison de dire qu’ils ne le savent pas, parce que c’est difficile à calculer, j’ai tendance à mettre un bémol. »

+

UN PROCÉDÉ CONTROVERSÉ

Si la Régie de l’énergie du Canada prévoit une augmentation de l’utilisation de la fracturation hydraulique pour extraire les gaz non conventionnels, le procédé n’en demeure pas moins controversé. Impacts paysagers importants, fuites, contamination potentielle des nappes phréatiques, non-durabilité du processus et instabilité des sols ne sont que quelques aspects de la fracturation hydraulique.

« Les fuites de gaz sont difficiles à calculer, prévient Éric Pineault, spécialiste en sciences économiques et en sciences de l’environnement. C’est vrai que ça pollue moins que le charbon, sauf si les puits se mettent à fuir de partout. Le problème, c’est qu’on ne sait pas comment [le sol] va évoluer. Avec seulement 1 % de fuite, on accote le charbon, et je ne parle pas de vieilles mines polluantes des années 70. Je parle d’une nouvelle, moins polluante, vieille des 20 dernières années. »