GNL Québec lance un fonds de 5 millions $ pour aider les usagers du fjord du Saguenay à minimiser leur empreinte sonore.

GNL Québec injecte 5 M$ pour les bélugas

GNL Québec s’engage à créer un fonds de cinq millions de dollars pour réduire le bruit dans le fjord du Saguenay, pointé comme la principale cause du déclin du béluga du Saint-Laurent.

Le Programme de gains sonores (PGS), qui sera géré par un comité indépendant, financera pendant cinq ans des projets qui permettront de diminuer l’empreinte sonore subaquatique des autres usagers de la rivière Saguenay. Un navigateur commercial ou privé, par exemple, pourra demander une aide financière pour acheter des moteurs moins bruyants.

« La science, ce qu’elle évalue, c’est que le bruit subaquatique est l’une des causes de la mise en péril du béluga du Saint-Laurent. Les bateaux font du bruit, en effet. On travaille d’ailleurs avec les armateurs pour créer des devis qui feraient en sorte que les méthaniers qui viendraient à Énergie Saguenay seraient plus silencieux. On parle notamment de technologies de mur de bulles. On veut innover, on veut aller plus loin. Alors, on s’est dit : “Pourquoi on ne ferait pas profiter les autres usagers du fjord du Saguenay de ces innovations ? ” », explique Stéphanie Fortin, directrice principale des affaires publiques et des relations avec les communautés de GNL Québec.

« Et on ne veut pas se substituer à la science. Les scientifiques font leur travail. Ils ont besoin de leur indépendance aussi. Ce qu’on travaille, c’est la technique. Ce qu’on peut contrôler, ce sont les bateaux, et il y a des technologies qui existent. »

Si le projet d’exportation de gaz naturel liquéfié va de l’avant, quatre méthaniers navigueront dans la zone d’habitat du béluga chaque semaine. À l’heure actuelle, moins de cinq navires industriels empruntent hebdomadairement le plan d’eau.

« On le sait que la rivière Saguenay n’est pas une rivière achalandée. L’ajout de nos bateaux, ce qui impressionne, c’est la grosseur. En nombre, on parle de trois à quatre par semaine, une quantité qui fera augmenter quand même le trafic maritime. D’un point de vue technique, l’impact n’est pas jugé grand. Par contre, il y a une valeur sociale à cet enjeu », rappelle Stéphanie Fortin.

Bien que les bélugas ne se rendent pas à Port de Saguenay, les méthaniers ont tout de même à traverser une zone sensible, soit la baie Sainte-Marguerite.

Avec le Programme de gains sonores, GNL espère neutraliser ses bruits dans le fjord du Saguenay. « Pour notre exportation, on vise des bateaux qui font moins de bruit. Mais on en fera quand même. Avec les autres usagers de la rivière Saguenay, en mettant eux aussi des technologies pour faire diminuer le bruit, on pourra arriver à un certain équilibre et, peut-être, à neutraliser notre empreinte sonore », précise la porte-parole de GNL Québec, promoteur d’Énergie Saguenay.

Le PGS sera mis en place dès la mise en marche de l’usine, prévue en 2025. Une firme externe, Hemmera Environnemental Consultant, sera responsable du fonds. La firme gère d’ailleurs un programme semblable pour le port de Vancouver.

« Il s’agit d’un des plus gros engagements que l’entreprise a faits jusqu’à maintenant, outre la carboneutralité, et on en est très fiers, exprime Mme Fortin. Et si jamais la science évolue, le programme est flexible. Si les scientifiques se rendent compte que c’est la nourriture ou la pollution qui sont les causes du déclin du béluga et d’autres mammifères marins, le programme va s’adapter. On va s’adapter aux avancées scientifiques. »

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«L'OPPOSITION SE RADICALISE», MAIS L'APPUI SE MAINTIENT

La direction de GNL Québec constate une « radicalisation » des opposants, mais estime toutefois que l’appui au projet Énergie Saguenay n’a pas diminué.

Selon le pointage de l’entreprise, l’appui demeure au même niveau que les résultats du sondage SOM-Cogeco. Une majorité de Saguenéens, 64 %, donnait alors leur accord au projet.

« Lorsque le sondage de Cogeco est sorti, il correspondait à ce qu’on “monitore”. Et c’est ce qu’on enregistre encore aujourd’hui sur les différentes plateformes, dont les réseaux sociaux. Mais l’opposition se radicalise, se politise aussi. C’est devenu une position politique. Mais en termes de nombre, on ne sent pas que les gens ont basculé complètement de l’autre côté », mentionne Stéphanie Fortin, directrice principale des affaires publiques et des relations avec les communautés de GNL Québec.

Victime collatérale de Je crois en ma région

L’insistance des opposants n’est peut-être pas non plus étrangère au manque d’enthousiasme envers le mouvement Je crois en ma région, analyse la direction. Même si GNL Québec ne se trouve pas derrière l’initiative, l’entreprise en est la vedette bien malgré elle. 

« C’est une initiative qui est hors GNL, donc c’est un peu malheureux ce qui se passe en ce moment. Des projets, il y en a d’autres dans la ville. Mais tout ce qui touche GNL devient instrumentalisé pour la cause de l’environnement. C’est correct, on est devenus un symbole. Dans ce contexte, je peux comprendre que des gens n’osent pas prendre position publiquement », laisse tomber Mme Fortin, faisant référence à la majorité silencieuse.

Audiences du BAPE

Cette dernière et les quelque 25 autres employés de l’entreprise de Chicoutimi attendent avec impatience les audiences du BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) pour répondre aux questions de la population. 

« Ça sera l’occasion de tout mettre sur la table. D’aller en profondeur avec nos experts et ceux de la commission. Les gens pourront poser toutes leurs questions. Il va y avoir du bruit autour, mais si on regarde l’exercice en tant que tel, on a hâte. »

« On est des hommes et des femmes de la région, avec des enfants, qui veulent développer la région. On a le même objectif. Oui, on a de bonnes conditions salariales, mais si je n’y croyais pas, je ne serais pas ici. Au-delà de l’argent, si on n’avait pas les convictions, on ne pourrait pas faire ça », répond Mme Fortin, réagissant ainsi à un éditorial laissant entendre que ce sont les salaires et bonus qui poussent les employés de GNL à se « surpasser ». 

Le BAPE se concentrera uniquement sur le projet d’Énergie Saguenay. Le projet de Gazoduq, une conduite souterraine qui transportera le gaz naturel exploité par fracturation entre l’Ontario et le Saguenay, fera l’objet d’une autre audience, ultérieurement. 

Les deux projets, évalués à 14 milliards $, visent à offrir sur les marchés asiatiques et européens une énergie de transition pour remplacer celle produite à partir de charbon, notamment. Un argument que rejettent certains scientifiques, estimant plutôt que le Canada participerait à la dépendance mondiale aux énergies fossiles en augmentant la production de gaz naturel. 

« Si Saguenay ou Montréal vient dire “ne faites pas le projet” et on meurt au feuilleton, les 11 millions de tonnes de gaz naturel vont se consommer quand même. Ce n’est pas nous qui allons décider de ce que l’Inde, l’Europe et l’Asie vont faire. La question n’est pas de savoir si on le fait ou non. La question qu’il faut se poser, c’est par qui le projet doit se faire ? Si ce n’est pas ici, ça va se faire dans de moins bonnes conditions. Oui, on va augmenter le bilan GES du Québec. On parle de 421 000 tonnes. Mais on s’engage à la carboneutralité. Et une fois qu’on a dit ça, le projet, on le fait avec notre hydroélectricité, notre intelligence, nos normes élevées, et oui, on va faire une différence dans le monde. Parce que oui, c’est possible de faire une différence », insiste Mme Fortin, ajoutant que l’enjeu dépasse largement les frontières québécoises.