Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière, a présenté son mémoire lors des audiences du BAPE sur le projet de GNL Québec, jeudi après-midi.
Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière, a présenté son mémoire lors des audiences du BAPE sur le projet de GNL Québec, jeudi après-midi.

GNL Québec est un projet «mort-né», selon Sylvain Gaudreault

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Le projet de GNL Québec est un projet «mort-né» qui base sa rentabilité sur l’échec de l’Accord de Paris et qui ne propose pas de vision d’avenir pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Québec, estime le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

Le député a exposé les raisons de son opposition au projet lors de la présentation de son mémoire jeudi après-midi devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), lors des audiences sur le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de 9 G$ à Saguenay.

Le projet de GNL Québec est un projet «mort-né», a-t-il affirmé, alors que le marché du gaz naturel est appelé à diminuer et «est condamné à disparaître» face aux engagements de lutte contre les changements climatiques des pays signataires de l’Accord de Paris sur le climat.

La rentabilité de GNL Québec repose alors sur l’échec de l’accord international, estime-t-il. Aucun «scénario crédible» visant à atteindre les cibles de l’accord ne prévoit une augmentation de la demande et de la consommation en gaz naturel.

«Il n’y a pas d’avenir dans les énergies fossiles dans l’optique où on doit absolument se diriger vers l’atteinte des cibles de l’Accord de Paris, a affirmé le député qui est porte-parole du Parti québécois en matière d’Environnement et de Lutte contre les changements climatiques. Alors, on ne peut pas miser sur l’échec d’un accord international auquel le Québec participe en étant signataire.»

Sylvain Gaudreault estime que l’avenir de la région repose plutôt dans la transition écologique et la création d’emplois dans les industries technologiques et numériques.

«GNL Québec ne correspond pas à une vision d’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ni même à une vision d’avenir du Québec», a-t-il lancé.

Entre 2006 et 2016, le nombre d’emplois en environnement a augmenté de 20,5% au Québec, comparativement à une hausse de 5,7% dans les secteurs plus traditionnels, a-t-il exposé. «L’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il est là», a-t-il soutenu.

«Je veux qu’on mette fin à ce discours qui dit que sans GNL Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean est un futur grand Val-Jalbert», a laissé tomber Sylvain Gaudreault.

Organismes environnementaux

À l’image des séances précédentes, la majorité des 18 intervenants ont exprimé leur opposition au projet de GNL Québec lors de la septième séance des audiences du BAPE qui se déroulent en mode numérique. Un total de 1000 visionnements ont été enregistrés pour cette séance sur Facebook.

La séance a laissé place à différentes interventions d’organismes environnementaux provinciaux et régionaux qui ont appelé au rejet du projet. Ils ont notamment soulevé l’impact qu’il aurait sur la lutte mondiale aux changements climatiques.

«La crise du virus n’est rien à côté de ce qui nous attend avec la crise climatique», a prévenu devant les commissaires Dominic Champagne, cofondateur du Pacte pour la transition.

Des représentants de Greenpeace Québec, d’Environnement Vert Plus, du Réseau action climat Canada et du Comité vigilance hydrocarbures de Trois-Rivières ont exprimé leur opinion devant les commissaires.

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«LES BLEUETS EN ONT ASSEZ», AFFIRME LE GROUPE GNL SAG-LAC

Yvon Laprise, co-porte-parole du groupe Facebook GNL Sag-Lac, lors de la mobilisation qui avait précédé l’ouverture de la première partie des audiences du BAPE en septembre à Chicoutimi.

Yvon Laprise, co-porte-parole du groupe Facebook GNL Sag-Lac, qui compte plus de 37 000 membres appuyant le projet de GNL Québec, a insisté devant les commissaires sur l’acceptabilité sociale qu’il constate envers le projet au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il a énuméré les différents acteurs et organismes économiques régionaux qui appuient le projet et a rappelé la publication en septembre de deux sondages favorables au projet dans la région.

«Les Bleuets en ont assez qu’on s’ingère dans leurs décisions sans leur accord. Nous sommes fatigués qu’on nous prenne pour des valises et qu’on nous remplisse avec des faussetés remplies de chiffres erronés dans le seul but de nous déstabiliser», a lancé le co-porte-parole.

Les membres du groupe Facebook estiment que GNL Québec a su démontrer la viabilité et l’apport du projet dans la lutte aux changements climatiques. Ils se disent soucieux de l’environnement et préoccupés par la vie marine du fjord.

«Énergie Saguenay offre aux citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean la chance de collaborer à diminuer les gaz à effet de serre mondiaux en partageant nos ressources et nos expertises, a exprimé M. Laprise. Ça serait une honte grave et une grave erreur pour nos générations futures de ne rien faire.»

Par ailleurs, Luc Boivin, président de la Fromagerie Boivin située à La Baie, s’est également exprimé en faveur du projet de GNL Québec. «S’il n’y a pas de grands projets qui vont de l’avant, si on ne change pas notre façon de se développer, on va continuer de décroître», a souligné l’ancien élu municipal de Saguenay.

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UN APPUI CONDITIONNEL POUR PETIT-SAGUENAY ET L’ANSE-SAINT-JEAN

Lucien Martel, maire de L’Anse-Saint-Jean, et Philôme La France, maire de Petit-Saguenay

Les maires de L’Anse-Saint-Jean, Lucien Martel, et de Petit-Saguenay, Philôme La France, ont énuméré quatre conditions pour que le projet de GNL Québec leur apparaisse «acceptable» sur les plans économique et environnemental.

Les deux municipalités situées aux abords du Saguenay demandent que Québec adopte une «stratégie chiffrée» pour respecter ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre malgré la réalisation du projet de GNL Québec.

Les deux élus qui ont déposé un mémoire conjoint réclament également que des limites de vitesse et des normes sévères encadrant la navigation dans le fjord du Saguenay soient mises en place, que des «exigences sévères» soient imposées pour réduire l’impact de l’usine sur le paysage et que des redevances soient exigées au promoteur pour les municipalités affectées par le projet.

«Il nous apparaît primordial que l’on maximise les retombées économiques du projet dans la région et que ces retombées servent à la transition écologique de nos milieux», a expliqué le maire Lucien Martel.

Les deux élus sont préoccupés notamment par les impacts du projet sur l’environnement, sur le béluga, sur l’industrie récréotouristique et par l’absence de retombées pour leur milieu. «Il nous apparaît que les retombées économiques positives du projet pourraient ne pas compenser les risques économiques et environnementaux causés pour les municipalités du Bas-Saguenay», a exposé pour sa part Philôme La France.