L’ingénieur Bernard Saulnier, la juriste Geneviève Paul, Dr Anne-Sara Briand, et le biophysicien Marc Brullemans sont en tournée dans la région.

GNL Québec: des experts veulent informer les citoyens

Les citoyens concernés par le projet Énergie Saguenay de GNL Québec, pour la construction d’une usine de liquéfaction du gaz naturel à Grande-Anse, auraient intérêt à s’informer sur les différents enjeux, notamment l’utilisation de l’hydro-électricité produite par Hydro-Québec, une énergie propre, afin d’exporter 11 millions de tonnes d’énergie fossile sur les marchés internationaux.

Il s’agit là d’une question soulevée par l’ingénieur Bernard Saulnier, un ex-chercheur rattaché à l’Institut de recherche d’Hydro-Québec de 1977 à 2006, membre de la tournée d’experts organisée par la Coalition Fjord, pour informer les citoyens sur les divers aspects du projet en prévision des consultations publiques qui seront organisées dans le futur.

Une conférence de presse a été tenue à l’UQAC en présence du Dr Anne-Sara Briand, médecin-résidente et membre de l’Association canadienne des médecins pour l'environnement, Geneviève Paul, juriste et directrice du Centre québécois du droit en environnement, ainsi que Marc Brullemans, biophysicien et membre du Collectif scientifique sur la question des gaz de schiste.

D’entrée de jeu, M. Brullemans a mentionné que les projets Énergie Saguenay et Gazoduq sont de classe majeure puisque s’ils se réalisaient, ce serait 3,5 % du gaz naturel liquéfié de la planète qui serait produit au Québec. Selon lui, l’utilisation de l’argument de l’utilisation du gaz naturel en remplacement du charbon ne tient la route que si deux conditions sont remplies, à savoir si le gaz naturel émet moins de CO2 que le charbon sur l’ensemble du cycle de vie et si le gaz naturel déplace véritablement le charbon sur les marchés. Citant des études récentes, il a été établi que les taux de fuite de la filière à partir de la tête de puits en passant par le gazoduc et le transport par bateau jusqu’au site de consommation s’établissent entre 3 et 4 %. Avec un tel taux, il n’est pas possible de prétendre que le gaz naturel émet moins que le charbon. Il en conclut que la première condition n’étant pas remplie, le projet n’a pas sa raison d’être. D’autres études montreraient que le gaz naturel entre en concurrence avec les énergies renouvelables, selon lui.

Un autre aspect abordé par M. Saulnier concerne l’utilisation de l’hydroélectricité pour la transformation solide et la mise en marché de gaz naturel, une opération qui exige l’utilisation de 550 mégawatts de capacité électrique ferme qui pourrait être utilisée à d’autres fins alors que le Québec a besoin d’investir dans la conversion des modes de transport utilisant présentement les hydrocarbures. Une telle consommation d’énergie équivaut à la production de l’une des centrales du complexe La Romaine.

Bien conscient que la vente d’hydroélectricité supplémentaire fait l’affaire d’Hydro-Québec en raison des revenus supplémentaires, M. Saulnier croit que la population doit intervenir auprès du gouvernement. « Autoriser l’utilisation d’électricité propre pour mettre en marché davantage d’hydrocarbures constitue des aberrations financière, politique et tarifaire inacceptables. Il s’agit d’une décision injustifiable au plan social au Québec », déclare M. Saulnier.

Les conférenciers poursuivront leur tournée vendredi.