Vincent Beckert, Diana Przywarra et Jesse vivent à Girardville depuis maintenant quelques années.
Vincent Beckert, Diana Przywarra et Jesse vivent à Girardville depuis maintenant quelques années.

Girardville, terre d’accueil pour Français

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Dernier village avant des centaines de kilomètres de forêt, Girardville se fait surnommer le « Plateau » du Saguenay-Lac-Saint-Jean. La petite localité jeannoise a accueilli une douzaine de nouvelles familles françaises depuis les dernières années. Un nombre important pour un village de 1000 âmes. Qu’est-ce qui pousse ces Européens à choisir cet endroit que plusieurs qualifient amicalement de « bout du monde » ?

Gilles Granal est le premier d’une longue série de Français à avoir été adopté par la communauté du Lac-Saint-Jean. Il a mis les pieds la première fois à Giradville en 1987 après un long périple en canot et il s’est établi pour de bon dans les années 90.

« Je suis moniteur de canot et kayak et on avait choisi de faire la Mistassini, un mois de navigation, sans voir personne. Et l’arrivée en canot se fait à Girardville. Pour plusieurs, Girardville, c’est le bout du monde, la fin de la civilisation. Pour nous, c’était le début », résume le propriétaire de l’entreprise écotouristique Aventuraid reconnue pour ses séjours en canot-camping, ses activités de chiens de traîneau et son parc à loups.

« On a rencontré quelques personnes de Girardville pendant nos voyages, donc lorsqu’on planifiait de faire d’autres expéditions, on revenait toujours au même endroit. On s’est attaché à l’endroit. »

Après quelques années à faire des expéditions à temps partiel, lui et sa conjointe ont décidé de se lancer à temps plein dans leur passion.

Clément Behaghel a choisi Girardville, quelques mois après son arrivée dans la grande région de Montréal. Ses deux enfants, Léonie et Nicolas, profitent tous les jours de leur terrain de jeux, la forêt.

« C’est un endroit qui offre beaucoup de possibilités. Il y a beaucoup de rivières et l’hiver, c’est parfait, avec beaucoup d’enneigement », vante M. Granal.

C’est ce dernier qui a attiré Julien Gravelle dans la communauté en 2006. L’auteur français voulait connaître les rouages du traîneau à chiens et c’est auprès de M. Granal qu’il a fait ses classes.

« Je pense que beaucoup de Français de Girardville sont venus ici pour le traîneau à chiens. Soit qu’ils sont venus d’abord pour travailler avec Gilles ou soit qu’ils ont choisi l’endroit parce que c’est une municipalité favorable aux chiens », constate l’intervenant communautaire qui travaille à Dolbeau-Mistassini.

Son passage au Lac-Saint-Jean devait être temporaire. Il détenait un permis de six mois. Mais lui et sa conjointe ont finalement décidé de devenir des Canadiens et de fonder leur famille à Girardville, un peu à cause d’une erreur administrative.

« C’était temporaire au début. Mais le hasard a fait qu’ils m’ont donné un permis d’un an plutôt qu’un permis de six mois. Donc après six mois, comme c’était convenu, nous étions repartis en France. Aussi parce que ma conjointe ne pouvait pas travailler ici à l’époque. Mais après notre retour en France, on a décidé de revenir au Québec et on a pu le faire grâce à ce permis d’un an », raconte l’auteur du roman Nitassinan et du recueil de nouvelles Debout sur la carlingue, notamment.

Auteur et intervenant communautaire, Julien Gravelle vit avec sa petite famille dans le village depuis quelques années déjà. C’est la passion pour les chiens de traîneau qui l’a d’abord amené dans cette communauté.

Contrairement à ses concitoyens français de Girardville, Vincent Beckert n’a pas atterri au Québec pour les chiens de traîneau. Lui et sa conjointe, une Allemande, ont opté pour le nord du Lac-Saint-Jean il y a moins de 10 ans, après avoir vécu notamment en Guyane et en Martinique.

« On a voyagé pas mal. Mais on ne se sentait pas chez nous à ces endroits. Ma conjointe voulait revenir plus au nord et la langue fait une grosse différence dans le choix, donc on est arrivés comme tout le monde à Montréal. »

« Mais on savait que nous n’allions pas rester dans la métropole. On s’est acheté une voiture et on a fait le tour des régions. On a rencontré quelqu’un qui nous a attirés ici et c’est ainsi que tout a commencé. »

L’Alsace, l’alma mater de Vincent Beckert, fait rêver. Mais ce dernier a trouvé son paradis à Girardville.

« La famille me manque, évidemment. Mais on est bien ici. On a un terrain immense, sans voisin arrière, et ça serait impossible d’avoir ce petit bout de terre en France », constate celui qui travaille au Marché Wallberg de Dolbeau-Mistassini avec sa conjointe.

Tout le monde connaît Gilles Granal et sa conjointe Marie-Christine Debail, propriétaires de l’entreprise Aventuraid à Girardville. Ils sont en fait les premiers Français à s’être établis dans la communauté.

À quelques kilomètres de la famille Beckert, on retrouve Clément Behaghel et ses enfants Léonie et Nicolas. Originaire de Lille, lui aussi a atterri à Montréal, où il a travaillé pendant trois ans dans le secteur du transport international maritime et aérien. Mais il préférait passer toutes ses fins de semaine en région, loin de la métropole.

« On était toujours parti les fins de semaine, donc on s’est dit autant vivre en région. On a pris 15 jours de vacances et on a fait le tour et on est tombé sur cette maison. Une maison sans électricité, autonome. C’était dans notre optique de vie d’avoir une maison propre », confie celui qui a ajouté l’électricité après la naissance de ses deux enfants.

Il travaille désormais à la quincaillerie du village et c’est l’esprit de communauté qu’il apprécie le plus de Girardville. Sa conjointe de l’époque pouvait quant à elle faire du télétravail, à partir de son havre bordé par les arbres et l’eau.

« Les gens sont fins, je le vois dans mon travail, j’aime bien cet esprit de village. Quand une personne chiale, ça se sait vite, donc la gentillesse est plus présente, je pense, dans ces petites communautés », remarque M. Behaghel.

Maire de Girardville depuis maintenant six ans, Michel Perreault se réjouit que plusieurs Européens choisissent son village natal. « Le rang Lapointe, on l’appelle désormais le rang des Français. Mais ce sont les Français qui attirent les Français. Je ne voudrais pas me mettre du crédit là-dessus », lance le maire, qualifiant Gilles Granal de bougie d’allumage.

« Mais lorsqu’ils sont ici, je pense qu’on les accueille bien. C’est notre travail d’ailleurs comme municipalité de faciliter leur intégration, de faciliter l’établissement de leur entreprise. »