Stéphane Girard est venu raconter ce qui s'est passé le soir de la fatidique randonnée de motoneige avec son grand ami Michel Gagnon.

Girard ne comprenait pas

Le motoneigiste Stéphane Girard, accusé d'avoir conduit avec les facultés affaiblies causant la mort de son ami, n'a pas compris la raison pour laquelle les policiers l'amenaient au poste de police. Jamais il n'a pensé qu'il pourrait être accusé de conduite en état d'ébriété causant la mort.
Le procès de l'individu de 44 ans a repris, lundi matin, au Palais de justice de Chicoutimi devant le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec.
Le Jonquiérois avoue avoir été surpris que les policiers de Saguenay l'amènent jusqu'au poste de police et lui fasse passer le test d'ivressomètre.
L'homme possède pourtant cinq antécédents de conduites avec les facultés affaiblies pour des accusations de 1991, 1993, 1997 et deux en 2009. À la dernière occasion, il a alors écopé deux années de prison en raison d'un accident causant des lésions.
La Grenouille
Le 27 mars 2015, Girard et Michel Gagnon, celui qu'il considère comme son deuxième père, effectuent une promenade en motoneige dans le secteur de Lac-Kénogami. Ils se rendent au relais de La Grenouille.
Les deux hommes y consomment deux grosses bières chacun et deux verres de grand marnier de 15h et 18h15.
«Lors de la deuxième tournée, vers 16h30, j'ai dit à Michel que c'était la dernière, que je voulais repartir à la clarté étant donné qu'il avait eu des problèmes avec sa motoneige en montant», s'est remémoré Girard.
«J'étais correct (pour la boisson), car je savais que je devais reprendre mon camion pour retourner à la maison et que celui-ci est équipé d'un antidémarreur (éthylomètre). Je n'ai pas compris pourquoi j'étais amené au poste de police.»
Les motoneigistes ont connu des problèmes sur le chemin du retour. La motoneige de «Gazelle» Gagnon est tombée en panne. 
Son ami a pris la décision de le remorquer à l'aide d'une corde.
«Tout allait bien. Chaque kilomètre, je me tournais pour lever mon pouce dans les airs afin de m'assurer que tout était correct. Et Michel me répondait. On a fait ça sur une douzaine de kilomètres.»
«Lorsque je me suis approché de l'intersection, je me suis levé sur ma motoneige et j'ai regardé vers Michel. Tout était correct. J'ai pris la courbe à environ 25 ou 30 kilomètres à l'heure. Lorsque je suis revenu droit dans le sentier, ç'a donné un coup. Ma motoneige s'est retrouvée sur le côté. Je suis allé voir ce qui se passait. Michel était mort. J'étais dévasté et dépassé par les événements», a conclu Stéphane Girard. 
Celui-ci a soufflé des taux de .151 et de .153.
L'accusé était sous le choc
Le premier réflexe de Stéphane Girard, après avoir constaté l'état de santé de son ami, n'a pas été d'appeler les secours, mais plutôt sa conjointe. Et à son deuxième appel, il a communiqué avec un ami ambulancier. Ensuite, les services d'urgence ont été contactés.
« J'étais sous le choc. Mon ami venait de mourir dans mes bras. Je ne sais pas pourquoi j'ai appelé ma conjointe. Pour ce qui est de mon ami ambulancier, je croyais que c'était le meilleur moyen de savoir quoi faire pour tenter de ramener mon ami à la vie », a expliqué Girard, lors du contre-interrogatoire mené par Me Sébastien Vallée, de la Couronne.
Stéphane Girard a pris le pouls de la victime et il n'a rien senti. Il s'est même mis à écouter le coeur pour entendre quelque chose. Mais il n'y avait rien.
Questionné sur les soupçons des policiers sur son état d'ébriété, M. Girard l'a expliqué.
« J'avais les yeux rouges parce que j'ai pleuré tout le temps. Je venais de perdre mon ami. De plus, le fait de rouler avec la visière ouverte en motoneige rend les yeux rouges. »
«Quant à ma démarche chancelante, c'est que j'ai fait les 100 pas dans un espace restreint, dans un sentier de motoneige et avec des bottes de motoneige. Mon mental n'allait vraiment pas», a poursuivi Girard.
Son ex-conjointe est venue confirmer le fait que Girard l'avait appelée. 
«Il m'a dit : bébé, il y a eu un accident. Ce n'est pas pour moi, mais pour Gazelle. Il pleurait et était confus. Il ne savait pas vraiment si Michel était décédé. Je suis allée le rejoindre, mais je n'ai pu le voir que le lendemain, car au poste de police, on m'a dit qu'il était en arrestation», a précisé la dame.
Celle-ci a précisé que la semaine de l'événement avait été difficile, car elle était tannée que Stéphane passe trop de temps avec ses amis.
«Il m'avait dit que l'on serait ensemble le vendredi soir et aussi pour la fin de semaine. Mais nous n'avons pas eu notre soirée de réconciliation», a-t-elle dit.
Quant à la consommation d'alcool de son ex-conjoint, la femme précise qu'il ne buvait pas si elle ne consommait pas.
«Je sais qu'il a eu certaines difficultés dans le passé, mais le temps qu'il était avec moi, il ne revenait pas en boisson, car il avait un antidémarreur dans son camion et savait qu'il ne pourrait conduire», a-t-elle précisé.