Catherine Desbiens a porté plainte pour harcèlement contre Gilles Parent.

Gilles Parent retiré des ondes

Catherine Desbiens a accepté de parler publiquement des inconduites sexuelles reprochées au populaire animateur du FM93, Gilles Parent. La crainte de perdre son emploi et la peur de déplaire sont autant de «mauvaises raisons» qui lui ont fait accepter ce qu’elle reconnaît aujourd’hui être inacceptable.

Le Journal de Québec racontait jeudi s’être entretenu avec plusieurs femmes, disant avoir été la cible d’attouchements non consentis, de remarques déplacées et de textos insistants de la part de l’animateur. La nouvelle a forcé son employeur, Cogeco, à le retirer des ondes jusqu’à nouvel ordre.

Sur le coup de 14h, Ève-Marie Lortie, habituellement aux nouvelles de l’émission Le retour de Gilles Parent, a pris le micro avec une voix laissant transparaître son émotion. Elle a indiqué que «la direction prend les accusations très au sérieux» et que «Gilles a été retiré des ondes temporairement». La décision a été prise dans la demi-heure précédant le début de l’émission. Mme Lortie a admis que «c’est une équipe fragilisée qui prend le micro».

Son collègue Nicolas Lacroix a évoqué une situation «totalement surréaliste». «Tout ça nous arrive comme une tonne de brique», a-t-il soupiré. «Nico», qui travaille depuis des années avec Gilles Parent, a déclaré que «les gestes de Gilles sont les gestes de Gilles» sans les qualifier, après avoir répété qu’il juge toutes les transgressions sexuelles «inacceptables».

Gilles Parent

Rencontrée par Le Soleil, Mme Desbiens s’ouvre maintenant sur le principal événement documenté en cause. «C’était le 26 mai 2016 pendant un party pour célébrer le sondage Numéris printanier. Une collègue l’a vu me prendre une fesse et elle s’est mise à l’engueuler.»

Le lendemain, la direction recevait la plainte pour harcèlement de Mme Desbiens. Gilles Parent reconnaissait ses torts le 3 juin. L’affaire était close sur le plan administratif. Mais pas pour Mme Desbiens qui vit encore aujourd’hui avec de nombreux questionnements.

«À l’époque, on m’a dit que ça ne devait avoir aucun impact sur ma carrière. J’ai fait un remplacement pour Gilles qui était prévu depuis longtemps avant la soirée du 26 mai. Après, je n’en ai eu aucun. En décembre, on m’apprenait que j’allais travailler la moitié moins d’heures. J’ai décidé de partir.»

La jeune femme ne peut prouver que la perte de ses heures de travail est une conséquence de la mésaventure du 26 mai. Reste que c’est la chronologie des événements.

Aujourd’hui, elle analyse avec lucidité ce qui l’a menée à accepter des gestes et commentaires déplacés pendant les quatre années passées au FM93. «Je viens à peine de me rendre compte que c’est inacceptable», lance-t-elle. Mais à l’époque, ce n’était pas aussi clair.

Catherine Desbiens

«Si moi, je dis “non” à Gilles, je perds ma job. Tu ne veux pas déplaire. Tu finis par entrer dans la «game» et tu te perds là-dedans. J’avais tellement peur de perdre ma job», insiste-t-elle, maintenant bien consciente que personne ne devrait accepter ça, surtout d’une personne aussi influente que Gilles Parent. Selon elle, d’autres filles voudraient parler, mais ne le peuvent au risque de perdre gros.

Cogeco s’explique

«Tout au long du processus, Cogeco Média a apporté son soutien sans équivoque à la plaignante. Aucune autre plainte visant Gilles Parent n’a été portée à l’attention de Cogeco Média», a expliqué l’entreprise médiatique par voie de communiqué, soulignant même que des mesures disciplinaires ont été prises à l’endroit de l’animateur.

Mme Desbiens n’a jamais été mise au courant de la nature de ces mesures disciplinaires et Cogeco n’a pas rappelé Le Soleil pour en donner le détail. Une enquête interne a été ouverte pour faire la lumière sur les allégations des autres victimes, toujours anonymes.

Gilles Parent reconnaît ses torts

Jeudi, en soirée, M. Parent a réagi par voie de communiqué. Il s’est dit triste de constater que «ses maladresses auprès d’une collègue de travail [...] se transforment par un déplorable jeu d’amalgames». Il soutient la décision de son employeur et offre sa collaboration pour faire un éclairage «juste» sur cette affaire, tout en s’excusant auprès de ses collègues, collaborateurs, clients et auditeurs qu’il a pu décevoir.

Plus tôt en journée, il confiait au Journal de Québec avoir tenu des propos grossiers. Il a aussi reconnu ses torts à la suite de la plainte déposée par Mme Desbiens. Du même souffle, il disait vouloir défendre sa réputation.

«C’est sûr que des propos déplacés, j’en ai déjà dit. Je ne peux pas dire que ce n’est jamais arrivé. Par contre, dire des niaiseries c’est une chose. Je ne me suis jamais servi de mon pouvoir ou de ma personnalité pour avoir des faveurs sexuelles. Ça, c’est clair, net et précis. Je n’ai jamais eu de faveurs sexuelles.»

ILS ONT DIT...

Jeff Fillion : «Hier, quand je vous ai dit qu’en 34-35 ans d’histoire, il y a une personne que j’ai entendu qu’il avait des comportements douteux, puis je pouvais pas vous dire si c’était assez pour aller jusqu’où ça va aujourd’hui, mais la seule personne que j’ai entendue sur des histoires de mauvais comportements, et attention on ne parle pas d’agressions ou de patentes de même, c’est M. Parent.»

Nathalie Normandeau : «Gilles Parent, au fil des années, il s’est érigé en grand justicier pour faire la morale à tout le monde, pour condamner publiquement bien des gens sur la place publique. […]. Trop souvent condescendant. C’est un gars qui n’était pas généreux avec les autres. C’est un gars très imbu de lui-même, très égocentrique. C’est un gars qui avait beaucoup de difficulté à travailler en équipe. Je peux vous dire aujourd’hui il y a des gens au FM93 non seulement qui ne sont pas surpris d’apprendre ce qui est écrit sur Gilles Parent dans le Journal de Québec, mais qui doivent être soulagé de voir Gilles Parent quitter les ondes.» 

Jérome Landry : «C’est toute une semaine qu’on vit, on va se le dire, et en termes d’électrochoc, comme effet, ça me rappelle beaucoup décembre 2002 avec l’éclatement du scandale sur la prostitution juvénile. Ce n’est pas pareil, ce n’est pas le même genre d’histoire. On parlait d’accusations et d’enquêtes criminelles. […] Il y avait eu cette gigantesque opération policière et là s’était mis à circuler un paquet de rumeurs, un paquet de noms. J’étais journaliste à cette époque et j’ai travaillé beaucoup là-dessus. Depuis hier, j’ai l’impression de vivre un peu les mêmes circonstances.» 

La ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, ex-collègue: «Mes premières pensées vont aux présumées victimes d’inconduite sexuelle. Je réitère l’importance de dénoncer tout cas d’abus, d’inconduite ou de harcèlement et ce, peu importe sa nature. C’est tolérance zéro. Pour ma part, je n’ai jamais été témoin et ou victime de gestes déplacés de sa part.»

Le journaliste Denis Langlois, ex-collègue : «Il y avait des rumeurs qui circulaient dans la station sur de possibles gestes posés par Gilles. C’est triste. La bonne nouvelle, c’est que s’est dénoncé. Est-ce que tu peux présenter des excuses et revenir au micro. Je ne pense pas que les gens sont prêts à pardonner ça.»

«ÇA VA ÊTRE DUR»

L’animateur de BLVD, Stéphane Gasse, travaillait au FM93 en 2002 lorsque son ancien collègue, Robert Gillet, a été arrêté en lien avec le démantèlement d’un réseau de prostitution juvénile. Une épreuve difficile pour les collègues qui n’ont pourtant rien à se reprocher. Jeudi, il avait une pensée pour les membres de l’équipe de Gilles Parent.

Même si la gravité des gestes posés par les deux hommes n’est pas la même, «Ça va être dur pour eux», lance M. Gasse. Il venait d’écouter l’ouverture de l’émission du retour à la maison sans son animateur vedette. «Imagine Éve-Marie Lortie qui est obligée d’être en ondes alors que Gilles est dans la même équipe. Ça fait deux jours qu’ils parlent de personnes «tout croche» à Montréal (Éric Salvail et Gilbert Rozon) et ils en avaient un à côté d’eux.»

Stéphane Gasse

L’animateur du matin dit avoir une pensée pour les collègues de Parent sur qui rejaillissent les impacts négatifs de cette histoire. «À l’époque, j’ai failli perdre ma carrière. Je me faisais même insulter. On devient des victimes collatérales. J’ai beaucoup d’empathie pour eux.»

Selon lui, ces allégations pourraient marquer la fin de la carrière radiophonique de l’homme qui compte près de 40 ans de radio, principalement dans la capitale. «Ce genre d’affaire-là, tu ne t’en relèves pas. Les gens, ça les écœure ces affaires-là en 2017.»