Guy Desmeules a vécu de la musique depuis plus de 50 ans. Il a aimé sa vie, surtout qu’il n’a jamais eu l’impression de travailler. Il s’est plutôt amusé.

GD Musique ferme ses portes

Après 52 années en affaires, Guy Desmeules, propriétaire de GD Musique, cesse ses activités. Le commerce du boulevard du Royaume, à Jonquière, fermera ses portes au cours des prochaines semaines. La raison principale : le manque de relève. L’homme se retire après s’être amusé tout ce temps.

L’homme d’affaires en a fait l’annonce à ses employés le 13 août dernier. Il a pris certaines personnes par surprise, car les gens ne semblaient pas croire qu’il avait véritablement l’intention de mettre un terme aux affaires.

« Effectivement, la principale raison de la fermeture, c’est le manque de relève. J’ai été dans les affaires durant 52 ans avec mon centre musical. J’ai tenté de rester là le plus longtemps possible. Ça fait cinq ans que j’essaie de trouver quelqu’un pour poursuivre les activités, mais ça ne marche pas », a confié Guy Desmeules, assis dans son petit bureau.

Le commerce jonquiérois vend tout ce qui touche à la musique, incluant naturellement toute la vague des instruments nécessaires aux musiciens.

« Les gens ne m’ont pas cru lorsque j’ai dit que je fermais boutique. Depuis, deux ou trois groupes sont venus s’informer, mais rien n’a abouti pour l’instant. On verra, mais une chose est certaine, j’arrête les affaires », dit-il.

« J’ai discuté avec des jeunes, mais ceux-ci ne pouvaient pas emprunter à la banque pour financer l’inventaire. J’ai voulu les financer en gardant 52 pour cent des parts pour garantir mon inventaire, mais là encore, c’était difficile pour eux », précise Guy Desmeules.

Guy Desmeules s’est lancé en affaire le 1er juillet 1966 dans le sous-sol de sa résidence. Il y sera demeuré sept années avant d’ouvrir sa boutique.

Aucun regret
Même s’il a passé plus de 50 ans à bourlinguer dans les bars, les hôtels et les discothèques, l’homme d’affaires ne regrette rien. Il n’a pas eu l’impression de travailler au cours de ses six dernières décennies.

« Je me suis amusé durant toutes ces années. Je me promenais partout dans la région, mais aussi sur la Côte-Nord, en Gaspésie et même en Abitibi. Je suivais les orchestres que je plaçais dans les bars et hôtels de la région. »

« Ce n’était pas du travail. Si ce n’était que de moi, je resterais encore, mais pour une question de logique, je dois quitter. Je ne voudrais pas que ma conjointe soit prise avec le commerce s’il devait m’arriver quelque chose », ajoute l’homme d’affaires lors d’une entrevue avec Le Quotidien.

Questionné sur la possibilité que la compétition soit devenue importante, Guy Desmeules se pose la question à savoir s’il y avait encore de la place pour autant de commerces spécialisés dans la région.

« Actuellement, on retrouve Archambault, Ivonick Desbiens et GD Musique. C’est possible qu’il n’y ait plus de place pour trois commerces du même genre. »

À 81 ans, l’ancien imprésario de nombreux artistes et orchestres régionaux ne sait pas ce que l’avenir lui réserve. Il n’a pas de plan.

Guy Desmeules, Agence Musicale GD

Mais il sait une chose, c’est qu’il se retire du milieu artistique avec la satisfaction du devoir accompli, même si ce milieu a bien changé depuis la fin des années 60.

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DE L'ÉPOQUE YÉ-YÉ À L'ORCHIDÉE

Guy Desmeules a possédé un commerce de musique durant plus de 50 ans, mais il ne s’est pas limité à ça. Il a aussi été imprésario durant quelques décennies, a possédé le motel Richelieu et la discothèque l’Orchidée et les bars La Place de Chicoutimi et l’Audace de Jonquière.

« J’ai viré beaucoup. À l’époque où j’étais imprésario, je pouvais “booker” jusqu’à 150 orchestres un peu partout dans la province, dont une soixantaine dans la région. Il faut dire qu’à la fin des années 60 et en 70, c’était très populaire dans les bars et les hôtels. Les gens aimaient assister à des spectacles. C’était l’époque du yé-yé et du gogo. »

« Il m’est arrivé de placer trois groupes dans trois hôtels de Saint-Ludger-de-Milot et autant à Lac-Bouchette. Et j’en réservais 10-15 à Chicoutimi et autant à Jonquière. Je pouvais faire le tour de la région trois ou quatre fois par semaine pour m’assurer que tout allait bien pour les groupes de musique. C’était un plaisir de le faire », ajoute M. Desmeules.

Il se souvient avoir été reçu avec honneur dans un hôtel de l’Abitibi-Témiscamingue, lorsque le propriétaire l’a reconnu.

« Il m’a dit que c’était la première fois de sa vie qu’il voyait un imprésario. Dans ce temps-là, les imprésarios restaient à Montréal. Ils ne se déplaçaient pas », note-t-il.

La file

Guy Desmeules se remémore avec plaisir l’époque où il a été propriétaire du bar l’Orchidée du motel Richelieu, sur le boulevard du Royaume, à Jonquière.

« Ça marchait fort et ç’a duré un bon bout de temps. Les gens pouvaient faire la file durant plus d’une heure avant d’entrer. J’avais embauché un joueur de bongo et il était installé dans la salle de bains des hommes, alors qu’une coiffeuse se trouvait du côté des femmes. Le premier soir, ils ont fait 90 $ de pourboire. C’était incroyable. »

« Un soir, un employé est venu me voir pour me dire qu’un homme noir voulait me rencontrer. Il avait un micro et une caméra de télévision avec lui. C’était Herby Moreau. Il faisait un reportage sur les discothèques les plus en vogue. Il en avait fait une à Montréal, une autre à New York et avait entendu parler de l’Orchidée. À 21 h, il y avait un long “line-up” et il m’a demandé pourquoi je ne faisais pas entrer les gens. Je l’ai amené dans la discothèque et il a vu que c’était plein avec 400 personnes », dit-il.

Pakistan

Guy Desmeules était parvenu à se faire un nom à travers le Québec. Il se souvient qu’un imprésario de Montréal lui avait demandé s’il pouvait placer quatre musiciens du Pakistan dans la région, car lui n’arrivait pas à leur trouver un endroit pour jouer à Montréal.

« Il m’a envoyé le groupe par autobus. Je leur ai trouvé une place à l’hôtel Saguenay. Ça doit avoir bien marché, car ils sont restés là durant... sept années. Les gars étaient bien payés, étaient nourris et logés », conclut Guy Desmeules, qui s’est toujours fait un devoir de prendre soin de ses musiciens.