Gazoduc Ontario-Saguenay: un projet à considérer dans son ensemble

Le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel d’Énergie Saguenay doit être considéré dans son ensemble, soit à partir de l’extraction du gaz naturel majoritairement composé de gaz de shale, jusqu’à sa destination finale et son utilisation, pour en arriver à bien mesurer les avantages environnementaux du projet de 14 milliards $.

L’ingénieur géologue Marc Durand, chercheur et enseignant à la retraite du département des sciences naturelles de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui a été très actif dans le débat sur la fracturation hydraulique au Québec, est estomaqué quand il entend le président de Gazoduq, Louis Bergeron, déclarer que le méthane qui s’échappe dans l’atmosphère ne cause pas de problème à l’environnement.

« Selon les nouveaux chiffres du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), dans un horizon de 25 à 30 ans, le méthane qui est libéré aura un impact de 85 fois supérieur au gaz carbonique pour les changements climatiques », insiste le professeur à la retraite.

Depuis le début, le promoteur est relativement silencieux sur l’approvisionnement de son gazoduc. Selon Marc Durand, le gaz proviendra de l’Ouest canadien et les réserves de gaz naturel s’épuisent rapidement puisque l’Alberta en utilise une grande partie pour l’exploitation pétrolière. Les nouveaux projets d’extraction en Colombie-Britannique et en Alberta sont uniquement des projets de gaz de shale. Il s’agit d’une technologie qui cause des dommages irréversibles à l’environnement et qui risque de laisser du méthane s’échapper dans l’atmosphère pendant des années.

L’ingénieur n’a pas fait les calculs précis, mais avance qu’il faudra forer plusieurs milliers de puits pour réussir à approvisionner les 1,2 milliard de pieds cubes par jour que le promoteur entend liquéfier sur les rives du Saguenay avant de les expédier vers le marché européen.

« Cette technique permet de récupérer au maximum 15 % du gaz accumulé dans le roc depuis 400 millions d’années. Avec la pression d’eau, ont fragilise un million de fois ce roc et il est certain que le gaz qui reste dans le sol va finir par sortir comme il sortira par les puits que les entreprises vont creuser pour l’exploitation. »

Évaluation globale

Le biologiste Claude Villeneuve, titulaire de la Chaire en écoconseil de l’Université du Québec à Chicoutimi et spécialiste des changements climatiques, considère qu’il serait important de réaliser une analyse avec la grille du développement durable pour se faire une idée du projet. Il note également que le promoteur parle peu de ses approvisionnements. Comme son collègue de l’UQAM, Claude Villeneuve souligne que le gaz que l’on transportera à travers le Québec pour l’exporter en Europe et en Asie est majoritaire.

« On doit avoir une évaluation globale du projet, de l’extraction à l’utilisation finale. Pour le moment, on a un projet uniquement économique sur la table », affirme le scientifique.

Pour bien comprendre la différence entre un projet énergétique qui permet d’obtenir un gain mesurable dans les changements climatiques et un projet qui n’a pas d’impact et, pire, qui va faire augmenter les gaz à effet de serre, on peut se référer au projet d’usine de granules de Barrette-Chapais.

L’entreprise de Chibougamau va exporter des granules de bois en Angleterre. Le producteur d’énergie électrique au charbon Drax procède en ce moment à la transformation de ses sites de production. Il remplace le charbon de bois, un combustible problématique pour les changements climatiques, par les granules de bois.

« Dans ce cas, on produit des granules de bois à partir de résidus forestiers. Le tout se fait au Québec avec un régime forestier qui encadre l’exploitation de nos forêts sur une base de développement durable. Et on expédie les granules pour remplacer le charbon. Ce n’est pas un déplacement, mais bien le remplacement. Il y a un gain vérifiable puisque nous éliminons un combustible fossile », explique le professeur.

Claude Villeneuve ajoute que ce projet n’aura aucun effet sur le bilan énergétique du Québec. Il s’agit d’un projet uniquement économique qui, tout au plus, permettra à l’État de faire des gains monétaires avec les taxes et impôts payés par les travailleurs. Les retombées de la construction seront limitées dans le temps.

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MASHTEUIATSH:  COLLABORATION SOUHAITÉE

(MYRIAM ARSENAULT) Le conseil de bande de Mashteuiatsh souhaitait continuer à collaborer avec GNL Québec et Gazoduq, alors que les entreprises ont annoncé de récents projets d’envergure. Les membres du conseil aimeraient que des rencontres aient lieu prochainement, puisque des ententes devront être conclues avant que les promoteurs aillent de l’avant. Une partie du gazoduc serait sur le territoire de Mashteuiatsh. Il y a déjà eu des discussions préliminaires avec Gazoduq et Mashteuiatsh espère qu’elles continueront pour arriver à des présentations détaillées et approfondies spécifiques à ses terres. Pour ce qui est de GNL Québec, une entente de collaboration a été signée en 2015 par le conseil afin de s’assurer qu’il soit présent et qu’il fasse valoir ses intérêts. « [Nous] souhaitons que les bonnes pratiques établies avec GNL Québec sur le plan des échanges se poursuivent également avec Gazoduq. Plusieurs aspects du projet de conduite nous interpellent, notamment le tracé, l’environnement et la pratique de nos activités traditionnelles et nous entendons les aborder de façon franche et honnête dans le cadre du processus de consultation qui est mis en place aujourd’hui », a mentionné le conseiller désigné au territoire, M. Charles-Édouard Verreault, dans son communiqué.