Photo courtoisie

Gaz naturel renouvelable: des milliards $ en potentiel au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Le développement de la filière du gaz naturel renouvelable, qui se fera principalement avec des résidus forestiers d’ici quelques années, pourrait générer 5,7 milliards de dollars d’investissements et 536 millions en retombées annuelles au Saguenay-Lac-Saint-Jean d’ici 2030, selon une nouvelle étude commandée par Énergir.

Selon l’étude réalisée par Aviseo Conseil sur les impacts économiques de la filière de production de gaz naturel renouvelable (GNR) au Québec à l’horizon de 2030, le Saguenay-Lac-Saint-Jean recevrait plus du quart des investissements nécessaires évalués à 19,8 milliards $ pour l’ensemble de la filière au Québec. « Le Saguenay-Lac-Saint-Jean occupe une position très enviable pour le développement de la filière du gaz naturel renouvelable pour plusieurs raisons, lance d’emblée Martin Imbeau, vice-président principal, Développement, communautés, affaires corporatives et sécurité, pour Énergir. D’abord, c’est une région où l’on retrouve un potentiel de résidus forestiers très importants. De plus, on y retrouve de grands consommateurs d’énergie et un important réseau de distribution avec nos gazoducs. »

Pour l’instant, la technologie de production de GNR à partir de la biomasse n’est pas encore à point, mais elle devrait être disponible au cours des prochaines années.

Dans la région, la phase de construction des centres de production de GNR générerait ainsi 5,7 milliards de dollars d’investissements, créant plus de 25 000 emplois directs et indirects. Une fois la filière bien installée, des retombées annuelles de 536 millions de dollars seraient créées, ainsi que 4500 emplois.

Cette étude sur les retombées économiques fait suite à une autre étude commandée par Énergir, qui a récemment démontré que les deux tiers du gaz naturel consommé au Québec pourraient être produit localement à partir de sources renouvelables à l’horizon de 2030. De ce nombre, 30 % du potentiel renouvelable se trouve au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ces retombées sont calculées en tenant compte de la compétition sur le marché, considérant que 50 % des résidus mobilisables seraient transformés en GNR, explique Elisabeth Roger, conseillère en énergie renouvelable chez Énergir. De plus, la biomasse déjà utilisée par l’industrie des pâtes et papiers ou des granules n’est pas calculée dans ce potentiel, dit-elle.

Que ce soit avec les déchets organiques, les résidus forestiers ou agricoles, Énergir souhaite favoriser l’économie circulaire en valorisant le carbone qui est déjà disponible sans en puiser davantage dans le sol. « Au lieu de brûler du nouveau carbone, on veut valoriser tous les puits de carbone en circulation », note Martin Imbeault.

développement économique

Le but : créer un moteur de développement économique pour les régions. « Le GNR permettra de développer l’économie circulaire dans toutes les régions du Québec, parce que c’est en région que l’on retrouve les résidus agricoles et forestiers », note ce dernier. Le gaz produit serait alors injecté dans le réseau de gazoduc d’Énergir pour être livré aux clients. Dans les régions qui ne sont pas desservies par un gazoduc, le transport se ferait par camion.

« Au lieu d’importer des ressources fossiles et des capitaux, le Québec a le potentiel de créer sa propre énergie renouvelable pour créer davantage de retombées économiques localement tout en réduisant l’empreinte carbone de la province », ajoute M. Imbeault.

Pour Énergir, cette initiative vise à aider ses clients à réduire leur empreinte carbone, car l’entreprise énergétique ne fait pas de profit sur la vente du gaz naturel, qu’il soit d’origine fossile ou renouvelable. Les sources de revenus d’Énergir viennent plutôt de la distribution de l’énergie.

L’évaluation du potentiel de production et des retombées énergétiques est basée sur un prix d’achat du GNR à 15 $ du gigajoule. Pour l’instant, certains producteurs québécois préfèrent toutefois vendre leur GNR aux États-Unis, où l’on retrouve plusieurs incitatifs financiers. En Californie, des clients paient jusqu’à 35 $/GJ, remarque Martin Imbault.

« Nous offrons un prix plus faible, mais nous pouvons offrir des contrats à très long terme, sur une période allant parfois jusqu’à 20 ans », ajoute-t-il.

Au cours des prochains mois, Énergir espère pouvoir faire l’annonce de partenariats avec des producteurs québécois, notamment dans le secteur de la biométhanisation des déchets compostables.

De plus, le distributeur énergétique présentera une étude du potentiel sur décarbonisation de l’économie du Québec.

+

DES PRODUCTEURS RECHERCHÉS

Étant donné qu’Énergir est un distributeur d’énergie, elle souhaite que des entreprises investissent dans des infrastructures de production. C’est pourquoi le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) a été approché dans la foulée de ces études, afin de tisser des liens avec les transformateurs forestiers. « On agit en tant que facilitateur entre Énergir, le gouvernement et les entreprises forestières pour mettre en contact les bons partenaires et faire en sorte de mettre en place les conditions gagnantes pour l’essor de la filière », a commenté Denis Lebel, le président directeur général du CIFQ. 

Il souligne par ailleurs que la foresterie est un des meilleurs outils de lutte aux changements climatiques, notamment en ce qui a trait à la production d’énergie, car les produits issus de source forestière sont renouvelables et qu’ils permettent de déplacer les carburants fossiles. 

Et de plus en plus de joueurs de l’industrie s’intéressent à la production de biocarburants. Remabec a récemment commencé la production de biomazout à Port-Cartier et évalue d’autres potentiels du genre. 

Karl Blackburn, porte-parole chez Produits forestiers Résolu, estime aussi que le GNR ouvre des opportunités de développement. « La production de gaz naturel renouvelable est une avenue que nous évaluons comme projets potentiels d’utilisation à valeur ajoutée de la biomasse forestière », a-t-il commenté.

Investissements pour la construction

19,8 milliards de retombées pour la construction, dont 5,7 G$ dans la région. 

88 000 emplois, dont 25 000 dans la région

Pendant la phase d’opération

1,8 milliards de dollars par an, dont 536 M$ dans la région

15000 emplois, dont 4500 dans la région.