G7: première manif dans le calme

Devant un imposant déploiement policier à l'occasion de la première manifestation anti-G7 organisée à Québec, celle-ci s'est relativement déroulée dans le calme jeudi soir.

Plusieurs centaines de policiers, dont l'escouade anti-émeute, ont escorté les quelques centaines de manifestants le long de leur trajet, du Parc des Braves jusqu'au Centre des congrès.

Initialement prévu à 18h, le départ a été retardé dû à plusieurs prises de parole, dans une ambiance survolté. Les manifestants ont pu entamer leur marche avec près d'une heure de retard. 

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Officiers de police en masse, véhicules d'escorte, hélicoptères de surveillance dans le ciel, maître-chiens et rues bloquées: les autorités policières attendaient les manifestants de pied ferme pour le premier grand rassemblement populaire contre le G7 dans la capitale.

Sur l'avenue Cartier, des agents de la Sûreté du Québec (SQ) en ligne ont empêché la foule de dévier de son itinéraire initial, empêchant tout accès au boulevard René-Lévesque. Même principe pour la Grande-Allée, non loin de l'hôtel Le Concorde.

Tel que convenu la semaine dernière, les terrasses et les restaurants de l'Avenue Cartier sont demeurés ouverts pendant le passage de la manifestation. 

«Dans la rue avec nous», scandaient plusieurs manifestants à l'attention des clients attablés aux tables des différents établissements. Certains citoyens ont d'ailleurs clairement affiché leur soutien au rassemblement. Plusieurs résidents sont aussi sortis sur leur balcon pour les applaudir. 

Calme relatif

Scandant des slogans tantôt à saveur anti-capitaliste, les manifestants sont demeurés relativement calmes tout au long de leur trajet. Peu d'écarts ou d'affrontements avec la police ont eu lieu. La foule est parvenue au Centre des congrès vers 20h30, marquant la fin du rassemblement.

«La manifestation s’est bien déroulée selon le trajet prévu et la marche s’est terminée face au Centre des congrès de Québec vers 20 h30, a affirmé la police de Québec jeudi un peu avant 22h. Les manifestants ont ensuite été invités à quitter les lieux.»

Vers 21 h 25, la grande majorité des manifestants avaient quitté les lieux et la circulation a été rouverte sur le boulevard René-Lévesque et l’avenue Honoré-Mercier.

D'autres manifestants — demeurés devant l'impressionnante quantité de policiers aux alentours de l'hôtel Hilton — ont lancé des pétards rougeâtres et allumé un feu en pleine rue. Ils se sont toutefois progressivement dispersés.

La police de Québec a de plus assuré jeudi, en fin de soirée, qu'aucun méfait sur la propriété privée n'a été rapporté lors de la manifestation. C'est donc dire qu'aucun commerce ou aucune résidence n'a subi de grabuge. 

Interventions et stratégies 

Tout au long de la marche, les corps policiers semblent avoir planifié la disposition de leurs effectifs en fonction de l’itinéraire fourni par les organisateurs. 

Chaque fois que les manifestants changeaient de rue, une rangée de policiers armés de bâtons et de boucliers les découragaient de dévier de leur trajet. 

En réaction à ces manoeuvres, les manifestants ont crié à de maintes reprises que «tout le monde déteste la police», sous le regard attentif de dizaines d’agents à leur côtés. Les policiers ont repoussé les manifestants des trottoirs par plusieurs fois. «Le G7 il faut que ça pète», ont scandé d'autres personnes. 

Tentative d'intimidation?

Plus tôt, avant même que les manifestants ne prennent la rue, un peu après 18h15, des policiers de l’anti-émeute ont paradé sur le chemin Sainte-Foy, battant le rythme sur leurs boucliers à coups de matraques. 

«Intimidation!», a crié un manifestant, chaudement applaudi par plusieurs autres. Tout au long de la soirée, la foule a dénoncé les «pratiques de peur» des agents de police. Certains d'entre eux étaient d'ailleurs finement préparés à filmer la manifestation et tout écart éventuel, tenant en l’air des perches avec des caméras, à la manière d'un selfie stick

Rappelons que près d'une vingtaine de manifestants masqués d’un foulard rouge, vêtus de noir et tenant des drapeaux rouge, symbole du mouvement ouvrier, ont été remarqués par plusieurs pendant le rassemblement populaire. 

«Le SPVQ travaille en collaboration avec les responsables de la manifestation. Le dialogue se poursuivra aussi pendant et après la manifestation», avait plus tôt indiqué la police de la Québec là-dessus. 

En vidéo

Hypocrisie «sans nom»

Première mobilisation d’envergure dans la capitale, le rassemblement était co-organisé par le Réseau de résistance anti G-7 (RRAG7), le Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12), le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, l’organisme Eau Secours et le projet anticolonial Ni Québec, ni Canada.

Des membres de l'anti-émeute sont sur place.

Les porte-paroles des organismes ont ensemble condamné «l’hypocrisie» dont feront preuve les dirigeants des sept pays du G7 d’ici les prochains jours.

«Dans un manoir luxueux protégé par des clôtures, les misogynes vont parler d’égalité des femmes, les militaristes de paix et les capitaliste d’écologie. Toujours avec une hypocrisie sans nom. Mais nous, on connait trop bien la chanson», a lancé Mathieu du Réseau de résistance Anti-G7 (RRAG7), qui préfère ne pas dévoiler son nom de famille.

Itinéraire de la manifestation

Il ajoute ensuite qu’il est inacceptable, en 2018, que «le futur de l’humanité soit décidé au profit d’une élite de plus en plus détachée de la réalité».

«Cette élite au pouvoir veut décider tout seul dans son coin, eh bien laissons-la toute seule, dans son coin, tranche-t-il. Le G7, c’est 600M $ pour nous intimider, Ce soir, gâchons la fête privée de [Justin] Trudeau et de ses complices.»

Ouverture des frontières

Au-delà de la protestation contre la tenue même du G7, la manifestation poursuit aussi l’objectif de revendiquer l’ouverture des frontières au Québec et au Canada, peut-on lire sur la plateforme Facebook de l'événement. 

Sur place, l’un des membres de Solidarité sans Frontières, Philippe, a d'ailleurs insisté sur le fait que les pays-membres du sommet «renforcent actuellement l’idée selon laquelle les personnes migrantes volent nos emplois.»

«Ce discours-là est ensuite repris par les groupes racistes d’extrême-droite, poursuit-il. Trudeau a beau dire que La Meute ce sont des nonos, mais lui et son gouvernement sont directement complices de la montée de l’extrême-droite, des discours haineux, racistes et islamophobes partout dans notre pays.»

«Ces puissances-là n’hésitent jamais à déplacer des populations partout dans le monde pour autant, afin d’y extraire leurs ressources», a-t-il aussi souligné, devant des dizaines de médias réunis pour l’occasion. 

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a rappelé avoir reçu l’itinéraire de cette manifestation (voir photo ci-haut).