Les premiers ministres Philippe Couillard et Justin Trudeau ont promis de défendre jusqu’au bout l’industrie de l’aluminium et de l’acier.

Front commun

Les premiers ministres du Québec et du Canada ont fait du Saguenay-Lac-Saint-Jean l’emblème de la lutte aux mesures protectionnistes de Donald Trump. Dans une sortie publique tenue à l’usine de Jonquière de Rio Tinto Alcan, Justin Trudeau et Philippe Couillard ont promis de défendre les industries de l’aluminium et de l’acier menacées de tarifs douaniers.

« Le Canada entretient des relations spéciales avec ses voisins du Sud, des relations que nous désirons cultiver et enrichir à l’avenir. Mais ne faites pas d’erreur ! Nous sommes d’abord et avant tout au service de nos citoyens, de nos travailleurs, de leurs intérêts », a exprimé Justin Trudeau, lundi, au lancement de sa tournée pancanadienne visant à rassurer les travailleurs de l’industrie de l’acier et de l’aluminium. 

« Je veux que vous sachiez que chacun de vos emplois compte pour moi, chacune de vos familles compte pour moi. De votre côté, il y a une chose à faire, c’est de demeurer les meilleurs travailleurs au monde dans le secteur de l’aluminium. Et c’est ça qui va nous faire gagner. On va continuer ensemble à mener cette lutte et ensemble on va la gagner », a renchéri le premier ministre Philippe Couillard, en s’adressant aux travailleurs réunis à l’usine Jonquière.

Monnaie d’échange

Pour les deux premiers ministres, les droits tarifaires sur l’acier et l’aluminium ne doivent pas faire partie des négociations de l’ALÉNA, comme le souhaiterait Donald Trump. Pas question donc de monnayer une autre industrie, notamment le secteur agricole, au profit de l’acier et de l’aluminium. Les Américains, rappelons-le, réclament depuis longtemps la fin du système de gestion de l’offre pour les œufs, le lait et la volaille.

« On n’achètera pas une mauvaise entente de libre-échange juste pour régler cette question. Ça serait très néfaste d’échanger une pour l’autre. Il faut penser aux travailleurs québécois des autres secteurs visés par les négociations. Il faut agir en solidarité », a plaidé Philippe Couillard.

« Les agriculteurs se demandent s’ils vont servir de monnaie d’échange. De notre côté, on est très ferme quant à la défense énergique de la gestion de l’offre. Les exploitants agricoles et les fermiers laitiers ont déjà donné pour l’AECG (Canada et Union européenne) et le partenariat transpacifique. Ils estiment avoir fait leur contribution au libre-échange. Il ne faut pas reculer du fait que maintenant, la pression va se transférer sur nos producteurs laitiers », a ajouté le député de Roberval, questionné une seconde fois à ce sujet.

Justin Trudeau et Philippe Couillard ont profité de leur visite de l’usine AP60 de Rio Tinto, lundi, pour rassurer les travailleurs sur une possible levée de l’exemption de tarifs douaniers américains.

Gros bon sens

Justin Trudeau promet de réagir si le président américain impose de nouveaux droits tarifaires. Mais le premier ministre préfère croire que son homologue américain sera plus coopératif qu’il ne semble le montrer sur la place publique. « Les liens entre le Canada et les États-Unis sont tellement étroits et bien intégrés en tant que marché, que d’imposer des barrières tarifaires sur ces produits (acier et aluminium) amènera énormément de conséquences pour les deux pays, pas seulement au Canada. Il y aurait des pertes d’emplois et des prix à la hausse aux États-Unis aussi. Mais si jamais il y a des tarifs imposés, il faudra penser aux prochaines étapes », a laissé tomber Justin Trudeau, sans toutefois aller plus loin dans sa stratégie.

Philippe Couillard mise aussi sur le gros bon sens des intervenants économiques américains pour rendre permanente l’exemption de tarif. En effet, les États-Unis laissent planer la possibilité de lever cette exemption à tout moment s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent dans l’entente de libre-échange.« C’est le consommateur et l’industrie américaine qui seraient pénalisés par ces décisions mal avisées. Dans le bois d’œuvre, c’est exactement ce qui s’est produit. Dans l’aéronautique, c’est exactement ce qui s’est produit. Dans les guerres commerciales, si certains croient que ça pourrait encore être une issue, personne ne gagne. Et je pense que les Américains commencent à le réaliser. Ce genre de mesure, en général, pénalise le pays qui l’initie, beaucoup plus ou du moins autant que les autres », a décrit Philippe Couillard.

« On ne ménagera aucun effort pour que cette exemption devienne complète et permanente », a réitéré Justin Trudeau.

Ce qu'ils ont dit...

«Dès son entrée dans l’usine, Justin Trudeau a remercié les syndicats des deux côtés de la frontière pour leur travail. Nos syndicats ont été les premiers à se lever debout afin de dénoncer le dumping chinois. Cette rencontre a été l’occasion pour nous de lui passer un message. Nous lui avons rappelé l’importance d’être ferme à la table des négociations. J’en ressors satisfait de l’attitude des représentants du gouvernement à la table des négociations.»

- Alexandre Fréchette, président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma 

 «J’ai accueilli les premiers ministres du Canada et du Québec qui nous ont offert, à l’Usine Alma, des propos similaires à ce qui a été livré, un peu plus tôt, à l’usine AP60. Mon inquiétude était que la taxation soit retenue le temps de voir la suite des négociations de l’ALÉNA. Justin Trudeau et Philippe Couillard nous ont confirmé qu’il n’y aurait pas de chantage avec nos agriculteurs. La ligne dure sera maintenue dans ce dossier. Nous suivrons cela de près. En fin de compte, c’était des affirmations rassurantes pour nos travailleurs. Personne ne veut de confrontation entre les groupes de travailleurs. On ne veut pas opposer nos agriculteurs aux travailleurs de l’aluminium. Il n’est pas question que nous embarquions dans ce jeu.»

- Marc Asselin, maire d'Alma

«Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a pris le temps de nous parler et de nous écouter. Il a mentionné qu’il ne ferait pas de mauvaise entente avec les États-Unis. Justin Trudeau a assuré qu’il ne nous laisserait pas tomber, il nous a donné son plein appui. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a lui aussi été très rassurant en rappelant l’importance de l’aluminium dans la région et au Québec.»

- Des employés de l'Usine Alma de Rio Tinto

(Propos recueillis par Annie-Claude Brisson)

Justin Trudeau et Philippe Couillard ont profité de leur visite de l’usine AP60 de Rio Tinto, lundi, pour rassurer les travailleurs sur une possible levée de l’exemption de tarifs douaniers américains.

Des entrevues à la télévision américaine

Le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est adressé aux Américains, lundi, dans le cadre de deux émissions de télévision. En direct de Jonquière, Justin Trudeau a accordé une entrevue à la chaîne CNBC. Un plateau de tournage avait été aménagé à l’usine AP60 de Jonquière, où se trouvaient le premier ministre et son entourage. Ce dernier a répondu aux questions des journalistes québécois dans un bref point de presse de 20 minutes, avant de donner une entrevue plus intime à ces deux chaînes de télévision, montrant ainsi sa volonté de convaincre les Américains des effets néfastes d’une surtaxe dans l’industrie de l’aluminium et de l’acier. 

Dans l’entrevue accordée à CNBC, Trudeau a précisé que le Canada ne considérait pas l’exemption comme étant une « faveur » et qu’il allait poursuivre les discussions pour trouver une solution permanente. Le premier ministre a aussi martelé que l’imposition de tarifs douaniers ferait presque aussi mal aux États-Unis qu’au Canada.

À l’instar de son allocution à l’usine de Jonquière, Trudeau a rappelé les liens historiques entre le Canada et les États-Unis. Le premier ministre mise définitivement sur cet aspect pour séduire les Américains. 

« Que ce soit en matière d’aluminium et d’acier ou de sécurité nationale, le Canada et les États-Unis ont atteint un haut niveau d’intégration et de connexion qui fait en sorte qu’on se soutiendra toujours », a-t-il mentionné en anglais. Ce dernier a entre autres choses fait référence aux forces armées canado-américaines fondées dans les années 50 et qui ont mené à la création du NORAD.