Le pêcheur Mathieu Blouin avait déjà à son actif une ouananiche lors du passage du Quotidien à la 2e chute de la rivière Mistassini.

Frayères artificielles: des résultats encourageants

La compilation des résultats des dérives de larves dans le projet d'amélioration des zones de fraie d'éperlans arc-en-ciel au lac Saint-Jean confirme que les ouvrages réalisés pendant l'hiver ont été utilisés par les poissons et donc permettent d'espérer que la reproduction annuelle du principal aliment de la ouananiche s'améliore au cours des prochaines années.
La biologiste responsable du projet à la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées, Sonya Lévesque, signale qu'il s'agit du premier suivi après l'installation des structures de pierre sur le fond du lac dans la zone nord-ouest à l'embouchure de la rivière Mistassini. Les chiffres obtenus sont intéressants et démontrent que ces aménagements ont été implantés dans la bonne zone.
« En 2013, nous avions obtenu des résultats confirmant la présence de 10 larves par 1000 mètres cubes d'eau. Cette année, nous atteignons 60 larves d'éperlans pour la même quantité d'eau. Il s'agit, dans notre jargon, de larves A qui ont entre zéro et deux jours, donc qui proviennent d'oeufs d'éperlans qui viennent à peine d'éclore. »
Le nombre est important, mais ce qui attire l'attention de la biologiste est le lieu ou les larves ont été recueillies. La zone est située tout juste au sud des ouvrages. Ce qui signifie que les oeufs ont éclos dans la zone des aménagements et ont débuté leur dérive : « Les larves ont suivi le patron du courant normal du lac Saint-Jean qui est antihoraire. »
Dans le cadre de ce suivi, les scientifiques avaient déjà l'assurance de la présence d'oeufs sur les structures. Les capteurs installés sur chacun des monticules de pierres avaient permis de recueillir 180 oeufs. Le nombre était jugé plus que satisfaisant par les responsables du projet. « Ça semble un petit nombre, mais il faut considérer que les capteurs représentent une très petite surface si l'on considère l'ensemble de la zone nord-ouest que nous avons identifiée pour la fraie de l'éperlan arc-en-ciel », explique Sonya Lévesque.
Il est aussi probable que les larves qui ont dérivé à partir de la zone des îlots de pierre, qui ont été recouvertes cette année d'un à trois mètres d'eau, ne proviennent pas toutes d'oeufs accrochés aux structures de pierre. Les oeufs d'éperlans peuvent s'accrocher à un grain de sable et parvenir tout de même à l'éclosion même si ce substrat offre une moins bonne performance.
La vaste opération de chalutage d'éperlan que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs réalisera au cours des prochaines semaines permettra d'éclairer encore plus les responsables du projet sur l'impact des nouvelles structures sur le stock d'éperlans dans le lac Saint-Jean. Il permettra de déterminer si l'augmentation de la présence de larves à la dérive dépend de la croissance normale du cycle de l'augmentation des stocks ou si elle est véritablement attribuable aux aménagements.
Le ministère mène ces opérations depuis le milieu des années 1990. Ils ont donc constitué les patrons de croissance des populations d'éperlans. Les scientifiques pourront ainsi comparer les résultats de cette année à ceux des années qui correspondant approximativement à cette étape du cycle. Les éperlans provenant de la fraie de cette année commencent déjà à entrer dans l'alimentation des saumons.
Sonya Lévesque attire l'attention sur la création de la banque de données provenant du chalutage annuel de l'éperlan : « Ça vaut de l'or », insiste la chercheuse pour bien faire ressortir toute l'importance d'investir dans des opérations qui permettent de bien documenter le milieu et ainsi mieux appuyer les interventions comme le projet éperlan en cours depuis 2006.
Le directeur général de la CLAP, Marc Archer, échange avec le pêcheur Serge Blouin à la 2e Chute de la rivière Mistassini et l'auxiliaire de conservation de la faune de la CLAP, Fabien Gagné. Les pêcheurs ont établi un record de prises dans les fausses de cette rivière depuis le début de l'année.
Vers la 2e meilleure montaison depuis 1976
Le comité scientifique mis en place pour supporter la gestion des ressources halieutiques du lac Saint-Jean devra soumettre des recommandations au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) pour identifier un nouveau levier de gestion afin d'écrêter les montaisons de ouananiches en rivière au cours des trois prochaines années.
La biologiste responsable de la ouananiche à la direction régionale, Karine Gagnon, ne veut surtout pas devancer les conclusions du comité qui aura jusqu'à l'automne pour émettre ses recommandations. Les chiffres des montaisons de la passe migratoire de la rivière Mistassini font état de 1600 saumons pour la prochaine fraie, ce qui dépasse d'au moins 100 poissons la cible idéale de gestion.
Tout indique qu'il s'agira de la deuxième montaison la plus importante en nombre depuis que le MFPP opère la passe migratoire de la rivière Mistassini en 1976. En 1997, 1721 ouananiches ont été dénombrées.
«L'ouverture hâtive de la pêche le printemps au cours des trois dernières années a donné des résultats puisque nous avons été dans la cible de gestion. Ce n'est pas suffisant puisque cette année, nous sommes passés de 500 à 1600 poissons dans la rivière témoin. Au cours des trois derniers cycles de la ouananiche, nous observons ce bond assez important de 1000 poissons», reprend la biologiste.
L'autre levier de gestion des stocks est la pêche en rivière à la mouche supervisée par la Corporation LACtivité Pêche (CLAP). La biologiste est consciente que certains pêcheurs prônent la remise à l'eau. Dans l'état actuel des stocks et avec l'explosion des montaisons, elle recommande aux pêcheurs de conserver les poissons jusqu'à la limite permise de deux.
Le comité scientifique devra obligatoirement se pencher sur l'augmentation potentielle de possession qui est en ce moment de deux. Karine Gagnon reste prudente et explique que les membres du comité doivent tenir compte de la disponibilité d'éperlans et de la condition des poissons (taille). Elle ne présume pour le moment de rien en ce qui concerne une augmentation du nombre de prises.
L'idée est de limiter la production de saumoneaux en rivière. Un saumoneau qui entre dans le lac Saint-Jean mesure à peine 18 centimètres. L'année suivante, lorsqu'il est capturé par un pêcheur, il mesure 28 centimètres. Il a engouffré de kilos d'éperlans pour atteindre cette dimension.
La biologiste affirme que le processus permettra d'entrer dans le calendrier de l'ordonnance générale modifiant le règlement de pêche du Québec. Tous les deux ans, il est possible pour le gouvernement de modifier cette ordonnance et il pourrait y avoir des modifications pour la prochaine saison de pêche à la ouananiche.
La biologiste Sonya Lévesque a complété la compilaiton des premiers résultats du projet éperlan et corit que les données permettent d'espérer que le système de monticules de pierre améliore le pourcentage d'éclosions des oeufs, ce qui aura un effet positif sur les stocks d'éperlans disponibles pour la ouananiche dans le lac Saint-Jean.
Bon pour les pêcheurs à la mouche
L'abondance de ouananiches dans les rivières permet aux adeptes de pêche à la mouche d'obtenir des résultats exceptionnels. C'est du moins la conclusion que l'on peut tirer à partir des résultats obtenus dans la rivière Mistassini qui dépassent tout ce qui a été observé sur cette rivière depuis l'ouverture de la pêche à la mouche en 2008. Selon les chiffres fournis par le directeur général de la CLAP, le biologiste Marc Archer, le succès de pêche moyen a atteint 1,29 capture/jour-pêcheur. Il s'agit de résultats comparables à ceux obtenus par les pêcheurs sur la haute Ashuapmushuan et la rivière Métabetchouane qui sont considérées comme les deux meilleures zones de pêche à la mouche dans les tributaires du lac Saint-Jean. Il faudra attendre la fin de la saison afin de savoir si le succès de pêche augmentera dans ces deux zones qui accueilleront également beaucoup plus de saumons que pendant les autres années. Il faut préciser que les données permettent d'établir que le nombre de saumons qui remontent l'Ashuapmushuan est le double de celui de la rivière Mistassini. La rivière Métabetchouane devrait également accueillir plus de saumons dans les sites de fraie.
Les saumoneaux de retour dans deux ou trois ans
Le calendrier du cycle haussier de la ouananiche joue en faveur des responsables du projet éperlan au lac Saint-Jean et permettra de vérifier l'efficacité de cette solution à moyen terme (quatre ou cinq ans).
Pour la première fois depuis le début du nouveau cycle à la hausse des stocks de saumon dans le lac Saint-Jean, les rivières vont accueillir beaucoup plus de reproducteurs que la capacité de support alimentaire du lac Saint-Jean.
À titre d'exemple, 1600 ouananiches devraient se rendre sur les sites de fraie de la rivière Ouasiemska (population de la Mistassini), alors que la cible de gestion est de plus ou moins 500 poissons.
Les premiers saumoneaux de cette fraie abondante reviendront dans le lac Saint-Jean dans deux et trois ans. Ils se comporteront alors comme des adolescents dans le réfrigérateur et dévoreront des quantités impressionnantes d'éperlans. 
C'est à ce moment que les scientifiques sauront si le projet d'amélioration des zones de fraie a fonctionné.
L'objectif est d'augmenter la disponibilité de nourriture dans le lac pour supporter l'explosion des jeunes saumoneaux et ainsi éviter une chute drastique des populations de ouananiches.
Deux solutions possibles
Les responsables de la gestion de la pêche sportive au lac Saint-Jean ont identifié deux moyens pour en arriver à éviter les creux de cycle pour la ouananiche. Le premier moyen consiste à limiter la limite de possession en période de baisse de cycle et de les augmenter quand il y a des augmentations significatives comme c'est le cas cette année alors que le système est en « ébullition ». La présence de 1600 saumons dans les frayères de la Mistassini signifie 32 000 poissons dans celles de l'Ashuapmushuan.
L'autre levier pour aider à la gestion de la pêche est l'augmentation des populations d'éperlan dans les frayères. Pour cette seconde phase, les pêcheurs via leurs droits à la CLAP, les organismes subventionnaires ainsi que Rio Tinto vont investir 600 000 $ sur huit ans (200 000 $ en études préliminaires, 200 000 $ pour la construction des îlots de roche et 200 000 $ pour le suivi).
Des sondages de la CLAP
La Corporation LACtivité Pêche du Lac-Saint-Jean (CLAP) a distribué en début de saison des sondages auprès des pêcheurs de doré jaune afin de mieux connaître les habitudes de ces derniers et surtout documenter cette pêche très populaire en raison de la qualité de la chair de ce poisson. La biologiste Sonya Lévesque a indiqué qu'il y avait eu un bon retour des questionnaires en début de saison. Elle constate un ralentissement significatif depuis quelques semaines et aimerait rappeler aux pêcheurs l'importance de retourner le questionnaire afin d'en obtenir un nombre suffisant pour bien comprendre les particularités de cette pêche.