La descente de la rivière Cofanes s’est effectuée sur deux jours. Ici, François Larouche-Tremblay dévale une chute formée par deux rochers.

François Larouche-Tremblay dompte la Cofanes

Pour le Chicoutimien François Larouche-Tremblay, la vie est loin d’être un long fleuve tranquille. Tout juste de retour d’une expédition mémorable en Équateur, l’adepte de kayak rentre au pays avec une dose d’adrénaline renouvelée et la tête remplie de souvenirs aussi vifs que les rapides qu’il ne se lasse pas de prendre de front.

Le kayak est une passion que nourrit François Larouche-Tremblay depuis neuf ans. Après avoir goûté à ce sport extrême, il en est tombé amoureux fou. Depuis ce temps, celui qui habite dorénavant Québec a pris part à de nombreuses expéditions, dont quelques-unes au Mexique. Sa récente descente de la rivière Cofanes, réalisée lors d’un séjour en Équateur entre le 28 décembre et le 15 janvier en compagnie de sept copains, occupera longtemps une place de choix dans son coeur. 

Comme pour toute expédition qui propulse François Larouche-Tremblay avec fougue dans la force et la puissance de l’eau, le périple dans la province de Napo, en Équateur, a nécessité un haut degré de planification. Le kayak, tel qu’il est pratiqué par le Saguenéen et sa bande, n’a rien d’improvisé. Avant de se rendre sur le terrain, un travail de recherche et d’analyse s’impose. Autant de facteurs, comme la situation géographique, le climat et les précipitations, sont à prendre en compte. Tous ces éléments font en sorte que le kayak est une passion qui se vit à temps plein, un mode de vie nécessitant une implication à de nombreux égards.

« Après avoir suivi un cours d’initiation, je suis tombé accro. J’en fais dès que je le peux et c’est devenu quelque chose de très rigoureux. C’est un sport extrême alors les limites ne sont pas fixes comme c’est le cas pour le soccer par exemple, où on sait exactement quoi faire pour se rendre au sommet. C’est un sport où il y a de l’aventure et du risque et qui comporte beaucoup de paramètres. On prend la piqûre avec l’adrénaline, mais après, ça va beaucoup plus loin que ça. Tu repousses constamment tes limites et ça va au-delà du sport », raconte François Larouche-Tremblay, 28 ans. 

En Équateur, le kayakiste en a eu pour son argent. En trois semaines, lui et son groupe ont descendu une dizaine de rivières, des excursions variant entre 10 et 20 kilomètres chaque fois. Le clou du séjour, ce pour quoi les adeptes s’étaient préparés aussi rigoureusement au plan physique, mental et logistique, était la prise d’assaut de la rivière Cofanes sur deux jours, une descente périlleuse, haute en couleur et, si l’on se fie au récit de François Larouche-Tremblay, passablement risquée. 

Dans un premier temps, les kayakistes devaient franchir 35 kilomètres. Il s’agissait d’une distance non négociable, puisque le groupe devait s’assurer de pouvoir quitter un canyon avant que l’eau ne soit trop haute. Larouche-Tremblay parle de rapides pointus, de murs verticaux et de roches de la hauteur d’une maison qui se dressent tout bonnement sur le chemin. Cette description a certes de quoi donner le vertige, mais pour les kayakistes aguerris, il s’agit de défis franchissables. Cela dit, tout peut arriver en kayak, un sport exigeant et nécessitant que ses adeptes jouissent d’une excellente forme physique.

Frédéric Maheu, Daniel Munger, François Larouche-Tremblay, Charles Arseneault, Alexandre Gambin, Michel Roy, Thomas Neime et Emrick Blanchette ont pris part à une expédition de kayak en Équateur entre le 28 décembre et le 15 janvier.

Tous à la rescousse

Pendant la première étape de la descente, un membre de l’équipe a connu des difficultés. Incapable de se redresser après un chavirement, l’excursionniste a perdu son kayak, lequel s’est retrouvé deux rapides plus bas. 

C’est alors que s’est mis en branle un plan de contingence réglé au quart de tour et qui témoigne de toute la préparation requise quand on aspire à affronter les rivières les plus indomptables du monde. Tous se sont mis au travail pour voir à la sécurité du collègue, récupérer le matériel, la pagaie et, indispensable à la suite des choses : le kayak.

«Chavirer n’est pas un problème. C’est quand on ne réussit pas à se mettre à l’endroit que ça peut le devenir. Dans ce cas-là, ce n’était pas une option de ne pas récupérer le kayak», pointe François Larouche-Tremblay, réitérant que les parois abruptes d’un canyon éliminent de facto la possibilité de portager.

Indemne

Heureusement, le confrère kayakiste n’a pas subi de blessures et l’histoire a connu une fin heureuse. Mais comme le met en relief François Larouche-Tremblay, cet incident rappelle que le kayak est un sport pouvant receler «une multitude de situations stressantes».

La seconde portion de la descente de la rivière Cofanes a pris son envol au terme d’une nuit passée en plein coeur de la jungle des Andes. Le simple fait d’accéder à un endroit propice à l’érection d’un campement de fortune relevait du défi. Machettes en main, le groupe, formé de Québécois et de Français, a dû se frayer un chemin à travers la végétation, haute et coriace, parmi les reptiles et les araignées. 

Coup de veine, les kayakistes sont tombés sur un vieux campement abandonné lequel, selon François Larouche-Tremblay, a peut-être servi à des activités de prospection il y a très longtemps. 

Après avoir «éliminé» un serpent aux airs plutôt menaçants pour éviter d’avoir maille à partir avec lui en pleine nuit, les aventuriers ont pu se reposer un peu.

«Il y avait beaucoup d’insectes et beaucoup de vie dans les feuillages. Quand on allumait nos lumières frontales, on voyait plein de petits yeux. On s’est rendu compte qu’on était peut-être mieux de ne pas les allumer», relate François Larouche-Tremblay. 

Le lendemain, les acolytes ont repris leur course au fil de l’eau, avalant 25 kilomètres de remous pour conclure leur vertigineuse épopée. 


Chavirer n’est pas un problème. C’est quand on ne réussit pas à se mettre à l’endroit que ça peut le devenir.
François Larouche-Tremblay

Crue printanière au Québec: la Belle Province n'a rien à envier

Le voyage en Équateur de François Larouche-Tremblay lui a permis de voir du pays et de s’adonner à une kyrielle d’activités passionnantes. Outre le kayak, les aventuriers ont parcouru les Andes sinueuses en moto et ont fait de la Tyrolienne au-dessus de rapides mortels.

François Larouche-Tremblay, qui s’est dit « tout en émotion » deux jours après son retour au pays, relate une expérience palpitante, mais dangereuse, qui s’est avérée la plus stressante de tout le calendrier d’activités du groupe en Équateur. « Ç’a été le ‘‘highlight’’ du voyage, hors kayak. La Tyrolienne de 400 à 500 mètres de long était en haut d’un cran. Il y avait un arrêt au milieu d’un canyon et en dessous, il y avait des rapides mortels. C’était relativement sécuritaire, mais au Québec, ce serait carrément illégal », raconte-t-il.

S’en est suivi une randonnée de via ferrata plutôt rudimentaire, sur des parois rocheuses et escarpées, au-dessus du grand vide.

Le Québec au sommet

François Larouche-Tremblay n’est pas près d’oublier son expédition en Équateur, de haute voltige et « une coche au-dessus » de ses passages au Mexique, où la logistique est moins aiguisée pour les adeptes provenant de l’extérieur. Par contre, de l’avis de François Larouche-Tremblay, rien ne bat la crue printanière au Québec, alors que les rivières se gonflent et s’animent, au grand ravissement des amateurs de kayak. Le jeune ingénieur en hydrologie, qui a marié sa passion pour l’eau à ses ambitions professionnelles, explique qu’aux yeux de la communauté internationale de kayak, la crue québécoise coiffe l’Équateur haut la main.

« On est parfois un peu blasés, mais on a un terrain de jeu fantastique pour le kayak au Québec. Il y a plein de rivières qui sont encore à découvrir ici, au nord du lac Saint-Jean et sur la Côte-Nord, entre autres », affirme-t-il. C’est en mai que les bras des rivières sortiront enfin de leurs manches d’hiver. François Larouche-Tremblay parcourra alors les images de Google Earth pour découvrir des flots vierges et inexplorés.

Washington 

Little White Salmon River, dans l’État de Washington, ne perd rien pour attendre non plus. Le kayakiste de Saguenay et ses complices de Québec Connection, soutenus dans leurs aventures par Kayak Détail, ont bien l’intention de montrer à ce cours d’eau tributaire de la rivière Columbia de quel bois ils se chauffent.