La nouvelle usine consomme 6,5 millions de mètres cubes de bois, soit 4 millions de plus que l’ancienne.

Forêts: la Finlande mise sur les bioproduits

Metsä, une coopérative de 104 000 propriétaires de forêts privées qui possèdent près de 50 % des surfaces forestières en Finlande, a investi 1,8 milliard de dollars dans une usine de bioproduits à la fine pointe de la technologie, en 2017. Lors de la visite du Quotidien, au début septembre, l’usine commençait à rouler à plein rendement.

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Confronté à des marchés où la compétition est féroce, Metsä a décidé de fermer son ancienne usine de pâte, construite en 1985, pour bâtir une usine de bioproduits, axée sur l’exportation de la pâte et sur la production de nouveaux bioproduits.

L’usine, qui a commencé ses opérations en 2017, produit 1,3 million de tonnes de pâte par année sur une surface de 50 hectares, dont 800 000 tonnes de pâte de résineux sont dédiées au marché asiatique. La nouvelle usine consommera ainsi 6,5 millions de mètres cubes de bois, soit quatre millions de plus que l’ancienne usine.

« Alors qu’une usine standard génère environ 10 % de ses revenus avec les bioproduits, nous avons déjà atteint 20 % ici, soutient Ilkka Poikolainen, le directeur de l’usine, vice-président chez Metsä. C’est la raison pour laquelle nous parlons d’une usine de bioproduits. »

Avec cette usine, Metsä souhaite maximiser le concept de l’économie circulaire en valorisant tous les sous-produits dans la chaîne de production. Par exemple, l’usine produit 240 % de ses besoins énergétiques et elle vend 1,8 TWh d’électricité sur le réseau, ce qui représente 2,5 % de la consommation nationale.

La nouvelle usine consomme 6,5 millions de mètres cubes de bois, soit 4 millions de plus que l’ancienne usine.

De plus, l’usine de bioproduits n’utilise aucun carburant fossile, car elle produit elle-même les composés chimiques dont elle a besoin à partir du bois, comme l’acide sulfurique ou le méthanol. Des gaz récupérés à partir des écorces permettent aussi de remplacer le mazout lourd et les excédents sont vendus sur le marché.

Des biogaz, des granules et des biocomposites seront aussi vendus sur les marchés, soit par Metsä ou par l’entremise de partenaires industriels qui travaillent en collaboration avec la coopérative. Pour produire davantage de valeur, Metsä travaille également sur la mise en marché de la rayonne pour faire du textile, de la lignine, des fertilisants et sur différents biocombustibles.

« Il y a un très beau futur pour les bioproduits, notamment pour remplacer les plastiques », estime Ilkka Poikolainen, qui souhaite tirer profit des opportunités sur le marché pour remplacer les produits pétroliers.

L’homme est particulièrement fier que le projet colossal ait été réalisé selon l’échéancier prévu, car il nécessitait une logistique à toute épreuve. Encore aujourd’hui, les opérations doivent être très efficaces pour fournir 20 000 mètres cubes de bois à l’usine par jour.

Même si l’usine consommera trois fois plus de bois que l’ancienne, elle fonctionnera avec 150 employés, comme avant, car de nouveaux équipements à la fine pointe de la technologie, dont l’entrepôt complètement automatisé, ont permis de réduire les charges de travail. Des formations spécialisées ont été offertes aux employées pour gérer les nouveaux équipements.

De plus, un nouveau mode de fonctionnement a été mis en place dans une aire ouverte où les travailleurs de bureaux œuvrent en collégialité avec les gens des opérations, note le directeur de l’usine. « Nous voulons que tous les travailleurs développent les opérations ensemble pour atteindre les meilleurs résultats », dit-il avant d’ajouter que c’est à la suggestion des employés qu’ils ont opté pour ce mode d’opération.

Metsä est le plus gros producteur de pâte de résineux au monde. L’entreprise possède quatre usines de pâtes et papier et six scieries, dont une en Russie.

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PRODUIRE PLUS OU PRODUIRE MOINS

(Guillaume Roy) — La Finlande est passée maître dans l’art de produire beaucoup de bois pour chaque hectare, mais l’aménagement intensif des forêts a un impact majeur sur la biodiversité. Pour remédier à la situation, de nouvelles mesures plus écologiques sont mises en place. 

Près de 70 % des habitats forestiers sont menacés, note Timo Kuuluvainen, professeur d’écologie forestière à l’Université d’Helsinki, en faisant référence à une étude récemment publiée à ce sujet. La raison : l’aménagement forestier intensif a réduit considérablement les peuplements d’arbres non commerciaux et la quantité de bois mort disponible. « Le système est excellent d’un point de vue forestier, mais nous n’avons plus de forêts naturelles au pays », se désole ce dernier. 

Kari Wuolijoki, directeur des opérations forestières pour le Groupe Keitele.

N’empêche que les mentalités sont en train de changer avec l’avènement d’une nouvelle génération de propriétaires forestiers qui donnent de plus en plus d’importance à la conservation de la nature et à la biodiversité, soutient le professeur. 

« Depuis 10 ou 15 ans, on doit réfléchir davantage à ce qu’on fait en forêt pour tenir compte des paysages, tout en laissant des arbres matures et morts pour la biodiversité », remarque Kari Wuolijoki, directeur des opérations forestières pour le Groupe Keitele, un important transformateur en Finlande. 

Les forestiers sont aussi de plus en plus sensibles à l’idée d’aménager les forêts de manière plus écologique. Sans compter que la certification forestière PEFC, qui impose des mesures de conservation, est de plus en plus importante au pays, car elle est exigée par plusieurs transformateurs. 

Sur le terrain, ça veut dire de planter une plus grande diversité d’espèces au lieu de miser sur une monoculture, mentionne Mervi Seppänen, une contremaître des opérations forestières de Metsä, une coopérative regroupant 104 000 propriétaires forestiers et possédant 50 % des terres forestières du pays. « On recommande aux propriétaires de laisser environ cinq arbres morts par hectares, debout ou au sol, pour améliorer la biodiversité », dit-elle. « C’est une exigence de la certification PEFC et environ 70 % des propriétaires y adhèrent ». Un peu plus loin, on peut apercevoir un îlot d’arbres qui a été laissé sur place, au sommet d’une colline. « Une autre mesure pour améliorer la biodiversité », souligne Mervi Seppänen. 

Les temps changent et les pratiques évoluent, mais la Finlande devra en faire davantage pour réconcilier l’économie et la conservation, conclut Timo Kuuluvainen.

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CARIBOUS : MÊME COMBAT QU'AU QUÉBEC

En Finlande, la très grande majorité des 200 000 caribous sont élevés en semi-liberté, passant la majeure partie de leur temps dans la nature pour se nourrir librement.

(Guillaume Roy) — En Finlande, la très grande majorité des 200 000 caribous sont élevés en semi-liberté, passant la majeure partie de leur temps dans la nature pour se nourrir librement. À l’automne, les éleveurs rassemblent les bêtes pour récolter la viande et abaisser le nombre d’animaux selon ce que leur permet leur quota. 

Eero Orbas, un éleveur d’origine Sami vivant à proximité de Rovaniemi, la capitale de la Laponie, est le propriétaire de 220 caribous. « Il y a 20 ans, on n’avait pas besoin de nourrir les rennes, parce qu’il y avait assez de nourriture dans la forêt, dit-il. Avec la disparition des vieilles forêts, on doit maintenant les nourrir jusqu’à six mois par année. »

Les coupes forestières sur les terres publiques dans le nord de la Finlande ont augmenté, au cours des dernières années, car les forêts sont matures. Mais c’est aussi dans ces vieilles forêts que l’on retrouve le lichen, prisé par les caribous, et ce, particulièrement en hiver lorsque la nourriture se fait plus rare. 

Selon Kari Wuolijoki, directeur des opérations forestières pour le Groupe Keitele, un important transformateur en Finlande, c’est le trop grand nombre de caribous qui réduit drastiquement la quantité de lichen disponible.

En augmentant les dépenses pour la nourriture, Eero Orbas et sa femme Hanna génèrent à peine 30 000 euros par année pour subvenir aux besoins de la famille, qui compte quatre enfants. Pour générer de nouveaux revenus, l’entreprise familiale se tourne vers le tourisme, en espérant pouvoir combler le manque à gagner. 

On compte également près de 2200 caribous forestiers sauvages et l’espèce est considérée comme étant quasi menacée en Finlande. 

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UN CENTRE DES VISITEURS HI-TECH

(Guillaume Roy) — En construisant son usine de 1,8 milliard de dollars canadiens, Metsä a aussi décidé d’y implanter un important centre des visiteurs, qui fait office de musée forestier, dans le but de démontrer la réalité forestière d’aujourd’hui en misant sur les technologies de pointe. 

Casque de réalité virtuelle pour faire la visite des usines du groupe, simulateur d’abatteuse multifonctionnelle, capsules informatives présentées en format géant lorsque les visiteurs actionnent un levier interactif, le centre des visiteurs de l’usine de bioproduits de Metsä, à Äänekoski, mise sur les dernières technologies pour faire vivre la réalité de la récolte et de la transformation du bois. 

Les capsules interactives permettent notamment d’en apprendre davantage sur l’importance des éclaircies pour produire des arbres de plus grande valeur, de l’utilisation des technologies et des drones pour créer des forêts « intelligentes » où les données sont transmises en temps réel. 

Dans les présentoirs et sur les murs, on peut aussi voir tous les produits de Metsä, que ce soit les biocarburants, la pulpe, le carton, les produits hygiéniques et les différents produits du bois. Une carte virtuelle permet aussi de voir où sont exportés les produits sur la planète. « Nous voulons présenter notre groupe, nos produits, nos innovations et toutes les possibilités qu’offre l’industrie forestière, d’une manière moderne », remarque Riikka Liikanen, agente de communication de Metsä. 

Au cours des trois premiers mois, Metsa a accueilli 1600 visiteurs et souhaite en recevoir près de 20 000 chaque année