Pour clore sa dernière journée en beauté, en Nouvelle-Zélande, Charles Simard s’est offert un saut en bungee.
Pour clore sa dernière journée en beauté, en Nouvelle-Zélande, Charles Simard s’est offert un saut en bungee.

Fin abrupte pour le tour du monde de Charles Simard

La COVID-19 a eu raison du tour du monde de Charles Simard. Après s’être envolé vers l’Argentine le 3 janvier dernier, pour un périple de six mois, il a dû mettre afin abruptement à son voyage à mi-chemin. Alors qu’il devrait être quelque part en Turquie, il se trouve plutôt en isolement pour 14 jours – et sans symptômes –, dans un appartement de Québec trouvé in extremis.

Dans un reportage publié le 28 décembre dernier, dans Le Progrès, Charles Simard, qui est natif de Chicoutimi, mais qui habite maintenant à Québec, se disait excité à l’idée de partir à la découverte de la planète pour rencontrer différents peuples. Il aura finalement eu le temps de voir l’Argentine, l’île de Pâques, le Chili et la Nouvelle-Zélande. Il n’a pas pu se rendre au Myanmar en raison d’un avis du gouvernement, alors il s’est plutôt tourné vers l’Australie et il a terminé son voyage au Japon, où il a passé un mois.

« En Australie, j’ai senti que ça commençait à brasser un peu plus, mais j’ai quand même décidé d’aller au Japon. Là-bas, la situation est bien contrôlée. Comme j’étais là un mois, j’ai donc pu bien analyser la situation et à la suite de tout ça, c’est devenu une évidence, a expliqué Charles Simard lors d’une entrevue vidéo via Instagram. Je devais revenir.

« Le Japon a été une belle façon de clôturer mon voyage. J’ai pu relativiser la situation et fermer la boucle. C’est un peuple très respectueux. Là-bas, quand j’étais là, la vie fonctionnait normalement la semaine, tout était ouvert, le métro était plein, mais la fin de semaine, tout était fermé. On ne voyait personne », explique-t-il.

Il avait d’abord fixé la date du 6 avril pour son retour, mais le stress était de plus en plus grand et le retour semblait de plus en plus compliqué. Il a donc pu trouver un billet d’avion pour atterrir à Montréal le 1er avril.

Auparavant, la crise ne l’inquiétait pas trop, car il ne la sentait pas vraiment dans les pays qu’il visitait. Mais au Québec, la situation a vite évolué.

« C’est surtout mes proches qui me stressaient ! , dit-il en riant. Je voulais profiter de mon voyage, mais aussitôt que j’arrivais à un endroit avec du Wi-Fi, je recevais des textos de ma mère, des courriels de ma soeur, des articles de journaux. »

« À la fin de mon voyage, j’avais de plus en plus un sentiment de culpabilité. Je partageais des photos et je sentais que ça dérangeait. Les gens perdaient leur emploi et moi je publiais des photos de cerisiers du Japon. C’était devenu difficile de profiter de mon voyage au quotidien. »

Charles Simard avoue qu’il a quand même eu le temps de faire un « voyage écoeurant, le “trip” d’une vie », mais avec quelques petits changements en période de crise.

« J’avais l’habitude des dortoirs dans les auberges de jeunesse, mais je me suis tourné vers les appartements privés. J’ai diminué les restaurants et j’ai davantage cuisiné », explique-t-il.

Des casse-tête au retour

Avant de partir pour son tour du monde, Charles Simard a quitté son appartement et vendu sa voiture, en plus d’entreposer tous ses biens, et il a mis son travail de coiffeur sur pause. Alors tout était en place pour un retour assez compliqué au pays.

« Je me demandais où aller en quarantaine. Je n’ai plus d’appartement, plus de voiture, je ne peux pas aller chez mes parents au Saguenay... À la suite d’une publication sur Instagram, un ami a accepté de me louer son appartement et il est allé chez son conjoint pour deux semaines. »

L’habitation n’était pas sa seule préoccupation. Après avoir atterri à Montréal, il devait trouver une façon de se rendre à Québec. Il n’avait pas de voiture et les services de transport en commun n’étaient plus en fonction.

« Il y a eu toute une logistique pour m’amener une auto à Montréal. Mon père est parti du Saguenay pendant la nuit avec mon parrain. Ils ont dû discuter avec les policiers à l’entrée et à la sortie du parc. Ç’a été toute une aventure stressante », explique-t-il.

À son retour, Charles Simard n’a pas eu l’accueil auquel il s’attendait à l’aéroport.

Charles Simard a pu faire une randonnée dans la partie chilienne de la Pantagonie, qui culminait à Laguna Torre.

« Je m’attendais d’arriver à la NASA, mais ce n’était pas ça du tout. Aux douanes, ils m’ont demandé si j’avais une place pour ma quarantaine et c’est tout », mentionne-t-il, avouant avoir pris conscience de la crise au Québec en voyant toutes les pancartes sur l’autoroute entre Montréal et Québec.

Coiffeur dans la ville de Québec, Charles Simard ne peut pas retourner au travail, car ce n’est pas un service essentiel. Il profite donc de son temps pour régler les remboursements, les assurances et les réclamations liés à ses billets d’avion, qui étaient tous achetés.

« J’envoie beaucoup de courriels, mais je n’ai pas encore de réponses. Pour l’instant, je suis dans le néant. »

A-t-il l’intention de compléter son voyage ? « Il me restait la Turquie, la Jordanie, l’Égypte, le Maroc et je finissais en Europe. Je ne peux pas tout abandonner une deuxième fois, dit-il, faisant référence à sa vie au Québec. Je suis vraiment zen avec la situation. Ce qui me déçoit le plus, ce n’est pas de ne pas avoir fini mon voyage, mais d’avoir fait tous ces gros sacrifices avant de partir. Partir trois ou six mois, ce n’est pas la même logistique. »

« Le COVID est tellement plus grand que nous. Nous n’avons pas le pouvoir de nous battre contre ça », dit-il en terminant.

La Vallée de Luna, dans le secteur de San Pedro de Atacama, au Chili, offre des paysages désertiques.