La vice-président environnement, énergie et innovation de la papetière Résolu, Pascale Lagacé, affirme que les travaux en vue de commercialiser la fibre cellulosique avancent bien et qu’il est temps d’avoir une capacité de production qui permet de réaliser des tests sur une base industrielle.
La vice-président environnement, énergie et innovation de la papetière Résolu, Pascale Lagacé, affirme que les travaux en vue de commercialiser la fibre cellulosique avancent bien et qu’il est temps d’avoir une capacité de production qui permet de réaliser des tests sur une base industrielle.

Fibre cellulosique: le nouvel « or blanc » des pâtes et papiers

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La pâte kraft avait depuis longtemps le statut « d’or blanc » de l’industrie des pâtes et papiers, mais la fibre cellulosique développée par FPInnovations, qui sera produite à l’usine de Kénogami de Produits forestiers Résolu (PFR), risque de lui ravir ce titre. Ce produit a même de fortes chances d’amener l’industrie dans des secteurs auxquels elle ne pouvait pas rêver il y a à peine 10 ans, estime PFR. Et c’est l’ensemble des machines à papier de l’entreprise au Saguenay–Lac-Saint-Jean qui pourrait en profiter.

La vice-présidente environnement, énergie et innovation chez Résolu, Pascale Lagacé, précise que l’entreprise envisage d’exploiter cette nouvelle fibre microscopique dans deux applications différentes. La fibre cellulosique pourrait être utilisée dans de nouvelles recettes de pâte pour la production de papier ou être vendue à des entreprises spécialisées dans l’industrie des transports, incluant tout le domaine de l’aéronautique.

Mercredi, PFR a annoncé un investissement de 38 M $ à la papetière de Kénogami pour la production de ce produit.

« Résolu a pris la décision de passer à la production industrielle parce que les démarches entreprises avec notre partenaire Mercer auprès de partenaires industriels sont avancées. Nous sommes à l’étape où ça prend des quantités plus importantes afin de faire des essais. FPInnovations, qui produit en laboratoire, n’est pas en mesure de nous fournir les quantités dont nous avons besoin », explique Pascale Lagacé, qui compare un peu la situation actuelle à celle de la poule et de l’oeuf.

La fibre cellulosique est un nouveau matériau obtenu à partir du raffinage atmosphérique de la pâte Kraft. Il s’agit de filaments qui révèlent au microscope un ratio diamètre-longueur rare, donnant des caractéristiques mécaniques exceptionnelles à ce produit assimilé à un polymère naturel.

« Notre partenaire travaille dans les marchés non traditionnels. Ça vise toute l’industrie du plastique et des peintures. À titre d’exemple, l’ajout de la fibre cellulosique dans une peinture peut modifier sa viscosité. Il y a également la possibilité d’intégrer la fibre cellulosique dans toute la famille des matériaux composites. On fait ici référence aux panneaux utilisés pour les véhicules de transport, comme les trains ou les avions, ainsi que tout le secteur de l’automobile », reprend l’ingénieure.

Secteur prometteur

Le secteur des transports semble un secteur très prometteur, selon les explications de Pascale Lagacé. La légèreté de la fibre cellulosique lui confère un avantage important pour ce domaine. Elle pourrait contribuer à faire diminuer le poids des véhicules, donc la consommation d’énergie nécessaire aux déplacements.

La fibre cellulosique pourrait aussi remplacer l’utilisation des polymères utilisés dans la fabrication du plastique à base de pétrole. Il s’agit d’un autre enjeu important sur le plan environnemental.

« Nous sommes en présence d’un matériau qui est complètement biodégradable et qui est produit à partir d’une source renouvelable. Le marché est donc assez vaste. La réduction du poids des matériaux reste un avantage majeur dans le contexte actuel », ajoute Mme Lagacé.


« Nous sommes en présence d’un matériau qui est complètement biodégradable et qui est produit à partir d’une source renouvelable. »
Pascale Lagacé

Résolu et Mercer font preuve d’une grande discrétion sur les partenaires intéressés à l’intégration de la fibre dans différents produits. Il s’agit d’une phase critique puisqu’elle consiste à offrir aux industriels un produit de remplacement.

« Ça peut demander à une industrie d’apporter des modifications dans un procédé industriel. Ce sont des changements majeurs. En revanche, si on décide d’aller de l’avant avec le projet, ça signifie que les choses progressent », enchaîne la vice-présidente de Résolu.

Le procédé développé par FPInnovations a déjà été adopté par la papetière Kruger pour la production de papier. En ce moment, toujours selon Mme Lagacé, des entreprises en Europe travaillent sur cette fibre. Les procédés sont différents puisque FPInnovations détient les brevets pour le procédé de production de fibre cellulosique à partir du raffinage atmosphérique et de la fibre de résineux.

« Nous sommes vraiment dans le développement d’un produit à haute valeur ajoutée. À titre d’exemple, la pâte kraft est commercialisée comme une commodité pour la fabrication de papier. La fibre cellulosique entre dans une autre classe de produits puisque les quantités sont beaucoup plus petites et il est certain que le prix de vente sera beaucoup plus élevé. »

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L'AVANTAGE DU RÉSEAU HYDROÉLECTRIQUE AU SAGUENAY

La présence au Saguenay d’un réseau hydroélectrique de 150 mégawatts a pesé dans la balance pour le choix du site de production de la fibre cellulosique par la papetière Résolu. Ce produit de niche consomme beaucoup d’énergie dans son processus de fabrication.

En effet, la production d’une tonne de fibre cellulosique nécessite jusqu’à trois fois plus de kilowattheures que la pâte kraft et son raffinage est beaucoup plus long. « La disponibilité d’énergie à un coût très bas permet d’offrir des prix compétitifs », explique Pascale Lagacé. 

La fibre cellulosique est obtenue avec le raffinage de la pâte kraft, selon un procédé gardé secret. Il est possible, toujours selon l’ingénieure, de créer de nouveaux mélanges de pâte en introduisant dans la pâte à papier de la fibre cellulosique. « On pourrait penser créer de nouveaux mélanges de pâte pour la fabrication de nouveaux grades de papier. »

Il s’agit d’une avenue intéressante pour les usines de la région, estime Résolu, qui doit composer avec des marchés difficiles.

La fibre cellulosique se déclinera en trois produits différents. Il y a de la fibre humide pour utilisation à très court terme, de la fibre cellulosique séchée et des copeaux séchés fabriqués à partir d’un mélange de fibre cellulosique et de pâte kraft.

« Pour bien illustrer la différence importante entre la pâte kraft et la fibre cellulosique, il suffit de mentionner que la fibre cellulosique est dix fois plus résistante que celle de la pâte kraft », ajoute Mme Lagacé.

Il est difficile pour le moment d’évaluer le potentiel de développement pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean de cette nouvelle fibre, si ce n’est qu’elle sera produite en quantité importante – 21 tonnes par jour. Elle pourrait notamment offrir une espérance de vie à l’infrastructure industrielle en place si Résolu parvient à développer des mélanges de pâte pour la production de papier de grande résistance.

Pour la première phase, Résolu a confirmé la création d’une vingtaine de postes à son usine de Kénogami. 

La fibre cellulosique, que l’on peut observer uniquement au microscope, apporte un nouveau souffle à l’industrie des pâtes et papiers de la région