Le biologiste Jérôme Plourde, de la direction régionale du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, explique que les grands feux font partie de l’écosytème de la forêt boréale et que la faune compose avec ces perturbations majeures qui vont relancer un nouveau cycle biologique.
Le biologiste Jérôme Plourde, de la direction régionale du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, explique que les grands feux font partie de l’écosytème de la forêt boréale et que la faune compose avec ces perturbations majeures qui vont relancer un nouveau cycle biologique.

Feux de forêt: impacts mineurs sur la grande faune

Les centaines de pompiers forestiers déployés dans le périmètre du feu des Passes dangereuses et du réservoir Pipmuacan n’ont pour le moment signalé aucune carcasse d’animal de la grande faune malgré la puissance de ce vaste brasier et la rapidité avec laquelle les flammes se propageaient.

Dans les premiers jours de l’incendie et surtout devant l’impuissance des pompiers forestiers à freiner l’élément destructeur, plusieurs ont soulevé des questions sur le sort des animaux et la transformation de leur milieu de vie. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ne dispose pas d’étude scientifique spécifique sur le sujet, mais a fait des constats en raison de la récurrence des feux de forêt. Or, un feu ne fait que relancer un processus naturel.

Les gens avaient en mémoire les images des feux de forêt en Australie avec les petits koalas gravement brûlés. Le biologiste Jérôme Plourde, de la direction régionale du ministère, rappelle que le feu de forêt des Passes dangereuses ne se compare pas à la situation australienne. Un orignal peut se déplacer beaucoup plus facilement qu’un koala; et en Australie, le brasier était généralisé et a pris des animaux au piège.

« Nous n’avons pour le moment aucun signalement de carcasse sur le territoire par les pompiers qui circulent un peu partout. On a d’une part les animaux de la grande faune et les plus petites espèces », insiste le biologiste.

Pour la grande faune, qui comprend en forêt boréale l’ours, l’orignal et le caribou, le biologiste explique que le risque est réduit. Ces animaux sont en mesure de se déplacer rapidement et peuvent le faire à temps et quitter le périmètre d’un feu de forêt. Le feu avance à une certaine vitesse et les animaux ont la possibilité de trouver des refuges.

Oasis

« Le feu part d’un point précis et se déplace sur le terrain. Les animaux ont de l’espace pour quitter les secteurs à risque. On pense que le feu brûle tout alors que l’on constate, après coup, qu’à l’intérieur du périmètre, certaines zones sont intactes », précise le biologiste.

Il y a aussi la petite faune qui cohabite sur ces territoires. Le biologiste affirme que ces espèces sont en mesure de se protéger sous le couvert végétal ou des pierres. Il y a donc également des impacts limités.

Dans l’histoire du Québec, les feux font partie de la vie de la forêt boréale. Ces incendies n’ont jamais mis en péril une espèce dans la grande faune. Le biologiste admet que pour les propriétaires de chalets de villégiature, le passage d’un feu transforme radicalement le territoire pendant un certain temps. Cette transformation sonne le début d’une nouvelle dynamique biologique.

Au début, les grands brûlés accueillent des oiseaux qui se nourrissent d’insectes qui dévorent le bois (le gouvernement met aussi en place des programmes de récupération). Après les insectes et la petite faune, qui dominent le territoire pendant quatre ou cinq ans, les ours viennent profiter des bleuets et des framboises. L’orignal est de retour quelques années plus tard sur le territoire pour jouir de l’abondance des feuillus qui dominent le couvert végétal jusqu’à l’arrivée des peuplements de conifères.

Il n’est également pas impossible que des cervidés circulent à l’intérieur des grands brûlés pour se déplacer d’un territoire à l’autre. La situation peut être différente pour le caribou qui perd ainsi de grandes superficies de territoire. Le feu de cette année a eu lieu pendant la période de mise bas pour les cervidés et il est possible qu’il y ait des impacts pour les faons qui doivent compter sur leur mère pour se nourrir.

Les impacts sur les cours d’eau sont quant à eux reliés à la destruction de la bande riveraine par le feu. Le biologiste du ministère n’a pas voulu s’avancer plus loin quant aux conséquences sur les habitats des poissons et autres éléments de la faune aquatique.

Naturel

Le biologiste insiste sur le caractère naturel d’une perturbation causée par un feu de forêt. Celle-ci cause des inconvénients aux utilisateurs du territoire, mais relance un nouveau cycle biologique.

En 1953, un feu de forêt a fait rage dans le même secteur. En superposant les cartes, il est possible de constater que ce feu avait couvert sensiblement le même territoire pour toute la partie située entre la rivière Péribonka et le réservoir Pipmuacan.

Le secteur couvert par l’incendie est, selon le biologiste, une zone déjà perturbée par les routes d’accès et les récoltes des dernières années. On y retrouvait une portion assez modeste de forêt mature.

Au total, sept pourvoiries exploitaient des territoires dans le périmètre couvert par le feu. Le ministère n’était pas en mesure de préciser l’état des infrastructures de chacune de ces pourvoiries qui offrent des produits comme la chasse et la pêche.

Le feu a également franchi les limites du territoire de 6900 kilomètres carrés identifié par le ministère dans le cadre de la stratégie caribou. La superficie ravagée est de 20 kilomètres carrés sur la superficie totale. Le ministère tiendra compte de cet élément dans le cadre de la stratégie caribou.