Les chargées de projet Nicole Schmitt et Gisèle Dallaire, ainsi que Martine Boivin, chef de file pour Récif 02, ont proposé des mesures destinées à amoindrir le déficit démocratique des femmes dans le monde municipal.

Femmes en politique: des changements législatifs réclamés

Moins d’une semaine après la nomination de la députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, à la tête du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, la Table de concertation des groupes de femmes Saguenay-Lac-Saint-Jean Récif 02 réclame des changements aux lois afin de favoriser une plus grande représentation féminine dans le monde municipal.

Lors d’une conférence de presse tenue mardi matin, Martine Boivin et Gisèle Dallaire, toutes deux chargées de projet pour Récif 02, et Nicole Schmitt, chef de file du comité orienteur, ont présenté les résultats d’un rapport d’analyse établissant la sous-représentation des femmes en politique municipale au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

En 2018, les femmes occupent 34,5 % des postes de conseillers municipaux et 18,8 % des postes de maires sur 1100 conseils municipaux, une proportion à peu près semblable au Saguenay-Lac-Saint-Jean, explique Mme Boivin.

Parmi les sept recommandations émises, cette dernière explique que la nouvelle ministre devrait rendre obligatoire l’élection des préfets de MRC au suffrage universel, une mesure susceptible d’aider les femmes à se tailler une place. « Sur 87 MRC, 16 ont choisi d’élire leur préfet au suffrage universel. Sur ces 16, sept femmes ont été élues. »

Mme Boivin ainsi que Mme Schmitt, cette dernière ayant été préfète de la MRC du Domaine-du-Roy, tout comme Ghislaine Hudon, actuelle mairesse de Lac-Bouchette et ancienne préfète, ont été à même de constater que les maires, lorsqu’ils s’élisent entre eux, ont tendance à désigner des hommes à la tête des MRC, une forme de « boys club ».

Seulement 11 femmes sont préfètes sur les 71 où l’élection se fait entre pairs. Le 10 octobre dernier, la MRC du Fjord-du-Saguenay n’a pas fait exception, alors que la mairesse de Saint-David-de-Falardeau, Catherine Morissette, n’a pas réussi à décrocher un poste comme préfète ou membre du comité administratif, malgré sa présence aux six tours de l’élection.

Politique d’égalité ou de parité

Face à la situation, Récif 02 propose à la ministre d’aider les MRC et les municipalités à adopter une politique d’égalité et de parité avec l’aide d’un programme de soutien. « Lorsqu’on fait partie d’un conseil de MRC, on pourrait automatiquement favoriser la nomination d’une femme comme préfète adjointe lorsqu’un homme est préfet », explique Mme Boivin.

Une autre mesure importante pour Récif 02 a trait à la limitation du nombre de mandats que peuvent remplir les élus. Selon les données régionales pour les élections de 2005, 2009, 2013 et 2017, dans toutes les municipalités, aucune femme n’a occupé plus de deux mandats, tandis que onze maires masculins ont décroché trois mandats, et onze autres, quatre mandats.

Ghislaine Hudon, mairesse de Lac-Bouchette, a été à même de le constater, elle qui n’a été préfète que pendant un seul mandat.

« Ce que nous proposons, c’est de former un comité qui se pencherait sur la façon de limiter le nombre de mandats. On sait tous qu’il est parfois difficile pour un jeune ou une femme d’affronter un maire qui est présent depuis des lunes à la tête d’une municipalité », explique Mme Boivin.

D’autres enjeux ont également été soulevés, comme une participation publique équitable des femmes dans les affaires municipales, par exemple dans l’aménagement d’un parc ou d’un centre-ville, pour tenir compte de leur réalité.

La consolidation paritaire des femmes au sein des partis politiques municipaux constitue une autre mesure proposée, puisque selon une étude réalisée en 2009, les femmes sont plus nombreuses à se présenter au sein des partis politiques et à gagner.

Restera à voir ce que la nouvelle ministre Laforest entend faire avec ces recommandations au cours des quatre prochaines années.