Personne d’autre dans la famille de Sara Gauthier n’oeuvre dans le domaine de la construction. C’est le contraire pour la famille d’Émilie Fillion, alors que divers métiers de la construction sont représentés.

Femmes dans la construction: prêtes à travailler fort

L’actuelle cohorte d’étudiants inscrits au DEP en Charpenterie-menuiserie au Centre de formation professionnelle (CFP) Jonquière compte deux filles sur un total de 11 étudiants. La création de la Subvention incitative aux apprentis pour les femmes ne change en rien le niveau de motivation des deux étudiantes qui obtiendront leur diplôme en juin, au terme de 11 mois de formation.

Chaque jour, Émilie Fillion et Sara Gauthier entrent en classe avec la même motivation, soit celle d’en apprendre davantage sur un métier qui les passionne.

« Je me lève à 6 h et je suis toujours contente. J’ai hâte de venir à mes cours. J’ai trouvé ça long arrêter pendant deux semaines lors du congé des Fêtes », confie Émilie Fillion.

La nouvelle subvention du gouvernement fédéral a été instaurée alors que les femmes de 27 et 26 ans avaient déjà amorcé leur formation. « Nous ne sommes pas ici pour l’argent. On voulait bouger dans notre travail. Ce n’est pas l’argent qui nous fera rester dans le métier. Toutefois, c’est un plus », explique Sara Gauthier.

La Subvention incitative aux apprentis pour les femmes est accueillie par elles comme une récompense quant à l’effort mis au travail et comme un moyen de les encourager à persévérer.

Moins de cinq mois avant de décrocher leur diplôme, Émilie Fillion et Sara Gauthier sont conscientes des jugements et des remarques qu’elles risquent de croiser dans le cadre de leur parcours professionnel.

« Je pense qu’une personne qui ne prend pas sa place pourrait ouvrir la porte à du sexisme. Une personne qui n’a pas un bon caractère pourrait trouver cela plus difficile. Quand les garçons nous taquinent, on est capables de répondre », raconte Émilie.

Les deux femmes rejettent, sans équivoque, l’étiquette de victimes.

Les étudiantes, qui désirent œuvrer dans le domaine résidentiel, confirment d’ailleurs ne pas avoir subi de sexisme pendant leur formation scolaire d’une durée de 11 mois. La classe comprenait 22 élèves lors du premier jour. Depuis, la moitié des étudiants inscrits ont quitté le programme.

Les étudiantes ne s’en cachent pas : la formation et le métier sont physiques. Questionnées quant à leurs chances de ne pas réussir le travail effectué par des hommes, elles rappellent que près de la moitié du groupe a quitté la formation, ce qui est loin d’être leur cas. Sara Gauthier rappelle qu’une personne qui se lance dans un tel défi le fait en sachant que l’effort physique sera au rendez-vous, et ce, quotidiennement.

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UNE SUBVENTION POUR LES FEMMES

La Subvention incitative aux apprentis pour les femmes est une initiative du gouvernement fédéral qui se rattache au budget de 2018. L’objectif est « de mieux soutenir les femmes lorsqu’elles s’inscrivent à une formation des métiers Sceau rouge, où les femmes sont sous-représentées, pendant leur progression jusqu’à la fin de la formation ». 

Les professions d’électricienne, de tireuse de joints et de plâtrière font partie des métiers ciblés. Les apprenties inscrites peuvent recevoir 3000 $ par année ou par niveau jusqu’à concurrence de 6000 $. Une somme de 20 M$ est investie sur une période de cinq ans pour mettre à l’essai la Subvention incitative aux apprentis pour les femmes.

Selon les informations transmises par le gouvernement du Canada, les femmes représentent 9 % des travailleurs apprentis oeuvrant dans des métiers désignés Sceau rouge. Les travailleuses ne représentent que 5 % de l’ensemble des travailleurs, lorsqu’on ne tient pas compte des métiers traditionnels tels que coiffeuse, cuisinière et pâtissière.

Selon les données du portail Information sur le marché du travail du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, les hommes représentent 52 % des personnes en emploi dans ce domaine à l’échelle provinciale. La proportion est plus grande au Saguenay–Lac-Saint-Jean alors qu’ils constituent 54 % du bassin d’employés. 

CFP Jonquière

Le CFP Jonquière de la Commission scolaire De La Jonquière est l’unique établissement scolaire offrant la formation de DEP en Charpenterie-menuiserie au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

La proportion de femmes inscrites est minime. Selon les données fournies, trois femmes étaient inscrites en 2014-2015, sept en 2015-2016, six en 2016-2017 et en 2017-2018, et quatre pour l’année en cours. Le pourcentage de femmes inscrites varient d’année en année allant de 1,28 % en 2014-2015 à 5,48 % en 2018-2019.

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UNE INITIATIVE BIENVENUE

Pour l’organisation à but non lucratif Les Elles de la construction, la Subvention incitative aux apprentis pour les femmes est une mesure discriminatoire positive. Elle est également une solution qui permettra d’amoindrir les effets de la pénurie de la main-d’œuvre qui se font sentir dans le domaine de la construction. 

« Tous les incitatifs qui sont mis en place pour inciter les femmes dans la construction sont un avantage. Il y en a peu en ce moment. Si on veut voir le nombre augmenter, des mesures doivent être mises en place », explique la présidente de l’organisme à but non lucratif, Valérye Daviault.

Celle qui est également présidente de Construction Konexco à Mirabel est d’avis qu’il s’agit d’un mal nécessaire pour intéresser les femmes au domaine de la construction. 

« En ce moment, on est en pénurie majeure de main-d’œuvre. Toute mesure qui peut amener du personnel sur le chantier est favorable à l’industrie, et non pas à une catégorie en particulier », ajoute l’administratice Josée Dufour.

Mme Dufour rappelle qu’une femme devra patienter, en moyenne, deux ans avant d’obtenir un emploi dans le domaine de la construction. Après cinq ans, plus de 40 % des femmes auront quitté le métier. 

Valérye Daviault ajoute qu’il faut deux fois plus temps pour qu’une femme atteigne le niveau Compagnon en comparaison avec un homme. Elle invoque la difficulté pour une femme à trouver un emploi, à rester en poste et à ne pas être la première mise à pied. 

Le comité des travailleuses de la FTQ Construction n’a pas donné suite à la demande d’entrevue formulée par Le Quotidien. Le regroupement assure ne pas avoir pris position quant à l’incitatif.