Plus d’une cinquantaine de personnes ont participé à la vigile, malgré un froid mordant.
Plus d’une cinquantaine de personnes ont participé à la vigile, malgré un froid mordant.

Féminicide: un mot tristement à la mode

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Plus d’une cinquantaine de personnes, dont des proches de Marylène Lévesque, se sont rassemblées, jeudi soir, devant le Palais de justice de Chicoutimi, pour souligner la mémoire des victimes de féminicides. Des femmes qui sont tuées pour la seule et unique raison qu’elles sont des femmes. Comme la Saguenéenne qui a tragiquement perdu la vie dans un hôtel de Québec, la semaine dernière, présumément aux mains d’Eustachio Gallese.

« Je veux qu’il vive un calvaire pour ce qu’il a fait, lance d’emblée le parrain de la victime, rencontré à la vigile. Il faut que les choses changent. Le système ne marche pas. Et j’espère que la mort de Marylène pourra au moins faire ça ».

Trois femmes meurent chaque semaine au pays en raison de leur genre.

« Il n’aurait jamais dû sortir de prison. Elle avait toute la vie devant elle », ajoute une amie de la victime, visiblement en grogne contre le système carcéral.

Gallese était en semi-liberté depuis quelques mois au moment du drame. Selon un rapport de la Commission des libérations récemment dévoilé, un agent aurait développé « une stratégie » pour qu’il puisse rencontrer des femmes afin de répondre à des besoins sexuels.

« La vie d’une femme a été sacrifiée pour qu’un homme puisse soulager ses besoins sexuels. Les services correctionnels ont donné Marylène Lévesque en pâture à un meurtrier. L’histoire est horrifiante et témoigne que la marchandisation du corps de la femme est institutionnalisée, systématisée et banalisée à l’intérieur même de notre État, des institutions devant nous protéger. Que vaut le corps d’une femme ? Et si elle est jeune ? Et si elle est blonde ? Et si elle est autochtone ? Combien de femmes seront encore sacrifiées sur l’hôtel du patriarcat ?, a exprimé avec fougue Maude Dessureault Pelletier, intervenante à la Maison Isa – CALACS Saguenay et une des organisatrices de la vigile. Nous, femmes, avons le droit de vivre, de rêver dans une société qui nous protège, qui n’utilise pas notre corps comme instrument de la sexualité masculine. »

Le mouvement féministe a fait de grands pas dans les dernières années, notamment avec une hausse des dénonciations de viol. Mais les circonstances du décès de Marylène Lévesque ramènent le rôle de la femme à simple objet, dénonce Maude Dessureault Pelletier.

Plus d’une cinquantaine de personnes ont participé à la vigile, malgré un froid mordant.

« Alors que les femmes réussissent de plus en plus à faire admettre qu’elles peuvent contrôler leur sexualité, refuser des rapports sexuels non désirés, s’opposer au harcèlement sexuel et dénoncer un viol, on continue de leur signifier que leur consentement sexuel peut être acheté et que leur corps est une marchandise », a-t-elle critiqué.

Mot de l’année

Entré dans le dictionnaire il y a seulement six ans, «féminicide» a été tristement élu mot de l’année en 2019. Mais le phénomène existe depuis des lustres. Crime passionnel, drame conjugal ou familial étaient et sont encore les termes utilisés pour décrire les féminicides. Au pays, trois femmes meurent chaque semaine en raison de leur genre. La grande majorité des victimes sont tuées par un conjoint, un partenaire sexuel ou un ex-copain.

Le cas de Marylène Lévesque a ramené à l’avant-plan ce terme. Quelques jours avant, Annie Koneak, à Kujjuaq, a été assassinée par son conjoint. Les femmes autochtones forment 36 % des victimes, alors qu’elles ne représentent que 5 % de la population. La vigile a aussi été l’occasion de revendiquer plus de financement aux maisons d’hébergement pour femmes et de nouvelles mesures pour resserrer la sécurité autour des femmes victimes de violence conjugale.