Explosion du temps supplémentaire obligatoire

Le Syndicat des professionnelles en soins de santé craint de ne pas offrir tous les services à l’hôpital de Chicoutimi

L’hôpital de Chicoutimi traverse une « situation de crise ». Les mesures déployées pour combler les quarts de travail de la fin de semaine sont insuffisantes et la direction de l’établissement a déjà planifié environ 70 quarts de travail en temps supplémentaire obligatoire pour assurer les services à la population, lesquels s’ajoutent à la centaine depuis le 1er janvier.

La situation est devenue telle, selon la présidente du Syndicat des professionnelles en soins de santé du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, que les patients ne recevront pas tous les services auxquels ils sont en droit de s’attendre. En plus des 37 civières de l’urgence, l’employeur a confirmé au syndicat, jeudi, l’ouverture de 20 autres lits de débordement qui s’additionnent aux 20 déjà ouverts pour absorber le surplus de patients. 

Le pic de la grippe est toujours cité comme étant l’un des éléments à l’origine de cette rapide progression de la demande de soins de la population. 

« À titre d’exemple, il est possible qu’un patient ait droit à un bain partiel au lieu d’un bain complet. Dans le département de chirurgie, on doit lever un patient 15 minutes pour qu’il récupère. Il est bien possible que le personnel infirmier n’ait pas le temps de le faire », précise la présidente du syndicat Julie Bouchard, qui s’empresse toutefois de mentionner que la population et les patients qui sont en ce moment à l’hôpital ne sont pas à risque.

« La direction a au moins pris une bonne décision pour les deux prochaines semaines. Toutes les infirmières vont travailler selon leur disponibilité réelle. On va cesser de gérer au jour le jour les besoins en main-d’œuvre. C’est du jamais-vu parce que nous sommes rendus au bout du rouleau », reprend la présidente.

Les infirmières donnent à l’employeur des disponibilités de deux à huit quarts de travail par 14 jours. L’employeur a donc une marge de manœuvre pour appeler les gens au travail. Dans la situation actuelle, elles vont rentrer au travail pour la totalité de la disponibilité qu’elles s’engagent à respecter.

Les gestionnaires ont contacté pas moins d’une trentaine d’infirmières et infirmiers à la retraite sans trop de succès. Ils ont également analysé la possibilité de déplacer du personnel infirmier de La Baie et de Jonquière. Le syndicat était disposé à collaborer à cette stratégie, mais les ressources sont également limitées dans ces deux établissements. Il faut préciser qu’il est difficile d’intégrer du personnel de l’urgence de Jonquière à celui de Chicoutimi puisque les protocoles de travail n’ont pas encore été standardisés dans les cinq hôpitaux de la région.

Selon Julie Bouchard, tous les hôpitaux de la région doivent composer avec une situation difficile, même si les problèmes sont d’un autre ordre que ceux vécus à Chicoutimi.

Divers facteurs

La présidente du syndicat attribue cette situation à l’incapacité du CIUSSS d’attirer les jeunes infirmières et surtout de leur offrir des conditions de travail concurrentielles avec les hôpitaux des grands centres. L’autre facteur est celui de l’état de santé général des employés du CIUSSS. La présidente du syndicat affirme que le problème d’absentéisme pour des raisons de maladie n’est toujours pas résorbé.

Le CIUSSS confirme une situation exceptionnelle

La direction du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean confirme une « situation exceptionnelle » à l’hôpital de Chicoutimi. Elle ne partage toutefois pas l’avis du Syndicat des professionnelles en soins de santé qui évoque de son côté une « situation de crise » pour qualifier la pénurie d’infirmières.

Depuis le 1er janvier, les gestionnaires de l’hôpital de Chicoutimi ont été dans l’obligation d’imposer pas moins de 100 quarts de travail en temps supplémentaire obligatoire pour maintenir les équipes dans les différents départements. Les projections sont de 79 quarts de travail en temps supplémentaire pour la fin de semaine. Ils seront comblés par le personnel infirmier en poste.

Selon la porte-parole du CIUSSS, Amélie Gourde, il s’agit d’une projection et rien ne dit qu’elle sera de cet ordre puisqu’il peut toujours y avoir des changements en fonction de l’évolution de la situation. « Nous sommes dans une situation exceptionnelle. Il ne s’agit pas d’une situation de crise », a réitéré la porte-parole du CIUSSS.

Cette dernière assure que les personnes qui sont hospitalisées ou qui sont soignées l’urgence reçoivent la totalité des soins. « Nous maintenons les équipes et c’est pour cette raison qu’il y a du temps supplémentaire. Les gens reçoivent tous les services », assure la porte-parole.

La grippe n’est pas le seul facteur qui explique les problèmes vécus en ce moment à l’hôpital. Il y a des activités importantes dans tous les départements. Les lits de débordement sont ouverts pour répondre à cette augmentation de la demande qui est généralisée.

Interrogée à savoir si l’hôpital de Chicoutimi est en situation de pénurie de main-d’oeuvre pour les infirmières, Amélie Gourde répond que le CIUSSS est en recrutement en permanence afin de combler ses besoins. Le CIUSSS fera le point sur la situation en après-midi vendredi. Louis Tremblay