La militante Isabel Brochu et l’intervenante de la Maison Isa, Christine Audet, lancent un appel aux témoignages.

Explorer les 1001 raisons pour lesquelles les femmes se taisent

Le comité de lutte de la Maison Isa, qui vient en aide aux adolescentes et aux femmes victimes de violence sexuelle, lance un appel aux témoignages. En marge de la journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes, une oeuvre sociale sera dévoilée par l’artiste Audrey McLean, jeudi prochain, à Chicoutimi. Cette oeuvre, qui sera accompagnée de témoignages anonymes, vise à démystifier les raisons pour lesquelles les femmes hésitent encore à parler de ce qu’elles vivent ou de ce qu’elles ont vécu.

On entend souvent des questionnements ou des remarques concernant ces femmes victimes d’agression, d’attouchement ou de harcèlement qui prennent des années à parler de leurs expériences ou qui les taisent à jamais. Il y a 1001 raisons pourquoi ces femmes restent silencieuses, affirment l’intervenante de la Maison Isa, Christine Audet, et la militante Isabel Brochu, qui siège au comité de lutte de l’organisation.

« Ce que nous voulons, c’est vraiment de sensibiliser la population. La violence sexuelle est nourrie par plusieurs systèmes de discrimination. Pensons aux femmes prostituées qui vivent de la violence. Elles n’en parleront pas, puisqu’elles craignent les jugements. Pensons aussi aux femmes victimes de harcèlement au travail. Elles n’en parleront pas, car elles ont une dépendance financière face à leur emploi. Pensons aux femmes immigrantes, qui hésitent à en parler ou à dénoncer puisqu’elles ont souvent la barrière de la langue ou de la culture. Pensons aux femmes qui sont victimes d’agression au sein de leur famille. Certaines vont attendre des années avant de dénoncer, par peur de briser la famille », a expliqué Christine Audet, ajoutant que plusieurs victimes craignent également de ne pas être crues.

Afin de briser les tabous et de mieux comprendre les victimes, une journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes aura lieu le jeudi 19 septembre. En soirée, à la Place du Citoyen de Chicoutimi, l’oeuvre de l’artiste baieriveraine Audrey McLean sera dévoilée, une oeuvre qui sera ensuite exposée dans différents lieux, afin de sensibiliser les gens. La Maison Isa souhaite inclure des témoignages de femmes ayant été victimes de violence sexuelle, afin de faire comprendre à la population pourquoi certaines hésitent à parler de leurs expériences. Ces témoignages écrits seront confidentiels, donc celles qui désirent livrer leur expérience n’auront pas à s’identifier. De plus, des témoignages pourront y être ajoutés au fil du temps, puisqu’il s’agira d’une oeuvre en continu.

« Nous invitons vraiment les femmes à témoigner des obstacles qu’elles rencontrent ou qu’elles ont rencontrés pour agir et dénoncer les violences sexuelles dont elles sont victimes, que ce soit l’isolement, la culpabilité, le jugement, le manque d’information, la peur de ne pas être crues, etc. », a indiqué Isabel Brochu.

Par violence sexuelle, on entend n’importe quelle forme d’agression, que ce soit un attouchement, des paroles, des gestes, un viol ou du harcèlement.

Les femmes qui désirent participer à cette oeuvre sociale et collective peuvent envoyer leur témoignage à la Maison Isa, C.P. 8351, Chicoutimi, G7 H 5C2 ou par courriel au maisonisa@bellnet.ca.

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DES DÉNOCIATIONS, MAIS DES MYTHES TENACES

Les mouvements comme #moiaussi ont permis à bien des femmes de briser le silence, au cours des derniers mois. Les intervenants de la Maison Isa constatent une augmentation du nombre de dénonciations, ce qui, en un sens, est une bonne nouvelle. Mais certains mythes sont encore bien tenaces, constate Christine Audet. 

Les travailleurs de la Maison Isa sont débordés, puisque les demandes s’accumulent à l’organisme, où les intervenants viennent en aide aux femmes de 14 ans et plus ayant subi une agression à caractère sexuelle ainsi qu’à leurs proches. Les victimes peuvent être rencontrées, aidées et appuyées dans leurs démarches de dénonciation, par exemple, ou simplement être soutenues psychologiquement. Les intervenantes sont également appelées à accompagner des victimes en cour lors de leur témoignage, par exemple. 

De plus, les travailleurs de la Maison Isa, qui est située à Chicoutimi, mais dont l’adresse est confidentielle pour des raisons de sécurité, visitent également les écoles secondaires, afin de sensibiliser les jeunes à cette réalité. 

«Nous avons remarqué une augmentation des cas de dénonciations, avec les mouvements comme #moiaussi et #agressionsnondénoncées. Il y a une augmentation constante, alors oui, nous aurions besoin de plus d’intervenants. Et travailler en prévention est vraiment essentiel aussi, surtout auprès des adolescents», a souligné Christine Audet.

D’ailleurs, à ce propos, elle constate que certains mythes sont encore bien présents, notamment en ce qui concerne la responsabilisation de la victime. «Règle générale, tous les jeunes sont d’accord pour dire que l’égalité homme-femme est importante, mais lorsqu’on pose des questions plus précises, on se rend compte que certains préjugés demeurent. Par exemple, si la fille est habillée sexy, ça peut être de sa faute si elle est victime d’une agression sexuelle», explique Christine Audet, qui travaille à briser ce genre de préjugés. 

Les agressions sexuelles au sein des couples sont également un sujet abordé auprès des jeunes, qui n’ont pas toujours conscience que ce genre d’agression peut se produire.