Depuis une dizaine d’années, Daniel Tremblay parcourt les eaux du fjord du Saguenay afin de taquiner diverses espèces de poissons, dont la truite de mer.
Depuis une dizaine d’années, Daniel Tremblay parcourt les eaux du fjord du Saguenay afin de taquiner diverses espèces de poissons, dont la truite de mer.

Exploiter le potentiel de pêche du fjord

Si le lac Saint-Jean est reconnu comme un plan d’eau fort propice à la ouananiche et au doré par des milliers de pêcheurs en période estivale, le fjord du Saguenay reste abandonné par les amateurs, à l’exception des pêcheurs sur glace, qui s’adonnent à leur activité préférée dans la baie des Ha! Ha! en saison froide.

Au Bas-Saguenay, quelques pêcheurs à la ligne taquinent la truite de mer, la morue, le turbot et le sébaste, mais l’activité demeure marginale.

Parmi ces pêcheurs, un villégiateur anjeannois, Daniel Tremblay, parcourt le Saguenay à bord du seul bateau Zodiac ancré à la marina de L’Anse-Saint-Jean, afin d’explorer les dizaines d’anses propices à la présence du poisson. « J’ai commencé la pêche à la ligne dans le fjord il y a une dizaine d’années, dans le temps où je campais au Camping de l’Anse. J’ai pêché sur les monts Valin, mais maintenant, je n’y vais presque plus », raconte-t-il, lors d’une journée partagée avec lui sur le fjord afin de capturer la truite de mer.

Pour lui, l’organisation d’une partie de pêche demande peu d’efforts. Il occupe une résidence secondaire d’où il peut apercevoir son bateau accosté à la marina. Il a la possibilité de s’y rendre à la marche très tôt le matin et de passer quelques heures à pêcher sur le fjord.

La partie de pêche débute à 10h30, avec une première visite à l’anse de Tabatière. Après quelques passes qui ne réussissent pas à attirer le poisson, direction le cap Éternité, où quelques kayakistes au loin batifolent sur les eaux.

« J’aime la tranquillité des grands espaces sur le fjord. On peut être une journée sur le fjord et ne jamais apercevoir un seul bateau », confie-t-il.

Avec ses masses de roc escarpées, lesquelles s’élèvent à des centaines de mètres dans le ciel et plongent jusqu’à 700 pieds sous le niveau de l’eau, le Saguenay et ses ruisseaux qui dévalent les parois, sa faune ainsi que la majestuosité du fjord, qui, à elle seule, constitue une attraction incontestable, mériteraient d’être davantage promus et valorisés afin d’attirer des touristes au niveau international, selon M. Tremblay.

Phoque et bar rayé

La pêche à la truite de mer demande de la patience puisque le poisson se fait de plus en plus rare en raison, selon lui, de la présence de plus en plus remarquée de phoques, mais aussi du bar rayé, une espèce réintroduite qui fait ses apparitions en juillet après des décennies d’absence dans les eaux du Saint-Laurent.

« Je fréquente onze places où je vois des phoques régulièrement. C’est décevant de voir des bars rayés de cinq à six livres être mangés par des phoques plutôt que d’être pêchés. On ne peut toucher ni à l’un ni à l’autre. J’ai hâte que la pêche au bar rayé puisse ouvrir, ce qui amènerait des touristes », prédit Daniel Tremblay.

Dans l’esprit de ce pêcheur amateur, même si la pêche à la ligne est devenue difficile, il serait possible d’utiliser cette activité pour développer davantage le tourisme, à travers un réseau d’activités mises sur pied par de petites entreprises.

Le fjord du Saguenay est une immense voie navigable s’étalant sur une centaine de kilomètres. La pêche pourrait être le prétexte pour offrir de multiples forfaits étalés sur plusieurs jours aux touristes désireux également de visiter ses rives. Un départ de L’Anse-Saint-Jean, un coucher à Tadoussac pour une visite aux baleines, un séjour à Sainte-Rose-du-Nord, un repas, un coucher au centre-ville de Chicoutimi et un retour le lendemain pourraient constituer une offre alléchante.

« On a un des plus beaux coins au monde. Personne ne le fait. Je pense que c’est sous-exploité », ajoute-t-il.

L’homme d’affaires est conscient que le développement d’activités touristiques ne se fait pas en criant ciseau, d’autant plus que le Saguenay est un cours d’eau capricieux avec ses vents tenaces, ses marées, ses brumes soudaines et ses changements de températures qui peuvent être très tranchés.

Un tel réseau touristique maritime exige des investissements importants dans des embarcations sûres et bien équipées, de même que des formations données par la Garde côtière, des assurances-responsabilité et des cours de survie, entre autres éléments.

Le fjord du Saguenay, avec ses paysages à couper le souffle, fait l’objet de démarches afin d’obtenir une reconnaissance par l’UNESCO comme patrimoine mondial.

S’agit-il simplement d’un rêve inspiré par l’abondance d’une nature généreuse ? Certains croient également qu’un certain potentiel existe.

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UN ÉQUILIBRE À ÉTABLIR, SELON RÉMI AUBIN

Le fjord du Saguenay recèle un certain potentiel pour la pêche estivale aux poissons de fond, mais il est prioritaire d’établir un équilibre afin de conserver la ressource.

Rémi Aubin est un commerçant qui se démarque par ses connaissances de la pêche dans le fjord du Saguenay. Sans être un scientifique, il constate tout de même que la ressource a déjà été plus abondante dans le passé. C’est le cas pour la truite de mer, dont le nombre de géniteurs à la passe migratoire de la rivière à Mars a déjà été beaucoup plus important, notamment dans les années 80. Graduellement, la limite de poissons capturés quotidiennement a été abaissée pour s’établir à cinq pour cette espèce. M. Aubin ne peut expliquer ce qui provoque la baisse de la présence de l’espèce dans les eaux du Saguenay. 

Rémi Aubin croit, tout comme Daniel Tremblay, qu’il y a un potentiel de pêche estivale aux poissons de fond, dont l’intérêt pourrait être rehaussé par l’ouverture de la pêche au bar rayé par les autorités fédérales. « La pêche au bar rayé, ils vont l’ouvrir un moment donné, mais je pense que la pêche à l’éperlan sur les quais pourrait être une activité familiale très prisée. »

Selon lui, un guide doté des certifications requises pour la pêche sur le Saguenay peut aller chercher des revenus de 150 $ par jour par pêcheur, une manne qui pourrait devenir accessible avec l’accès au bar rayé.

Pour le moment, une dizaine de pourvoyeurs sont actifs sur le fjord du Saguenay, mais seulement deux le font sur une base officielle, avec les permis et assurances requis, selon lui.

Il constate également que la pêche à la ligne sur le Saguenay demeure une activité marginale pour de multiples raisons, mais qu’advenant le cas où il y aurait expansion de l’activité-pêche, il est primordial de s’assurer que la ressource demeure présente dans le fjord. Il faudrait notamment déterminer le nombre de jours de pêche permis, en tenant compte de l’activité de pêche hivernale, puisqu’il s’agit du même plan d’eau.

Bernard Panaroni, commodore de la marina de L’Anse-Saint-Jean

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UNE FLOTILLE EN VISITE EN JUILLET

Si les pêcheurs à la ligne se font rares sur le fjord du Saguenay, ce n’est pas le cas pour les plaisanciers de la marina de L’Anse-Saint-Jean, qui ont entamé, en fin de semaine dernière, leur saison avec la mise à l’eau des embarcations.

Selon Bernard Panaroni, commodore de la marina, les quais sont presque remplis à pleine capacité, mais une dizaine d’espaces sont disponibles pour des saisonniers qui souhaitent effectuer de courts séjours à la marina privée. 

Il y aura des besoins puisque L’Anse-Saint-Jean devrait profiter du fait que la marina de Rimouski demeure fermée jusqu’à la fin juillet, alors qu’une flottille de 15 à 20 bateaux de plaisance devrait mouiller dans l’anse les 15 et 16 juillet.

M. Panaroni a mentionné que la direction a procédé à des investissements cette année avec l’acquisition d’environ 2000 pieds de chaîne d’ancrage pour les quais. 

À 17 $ du pied linéaire, incluant la taxe sur l’acier qu’avait imposée le gouvernement américain, M. Panaroni reconnaît que la facture grimpe rapidement.