L'étudiant au doctorat à l'Université du Québec à Chicoutimi, Miguel Montoro Girona, souhaite contribuer à la recherche pour assurer une stabilité de l'exploitation de l'épinette noire dans la forêt boréale.

Exploiter la forêt de façon durable

PAGE UQAC / Étudiant au doctorat en biologie à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), l'espagnol Miguel Montoro Girona a à coeur la forêt boréale, pour laquelle il a eu un énorme coup de coeur lorsqu'il est arrivé dans la région. Il souhaite donc trouver une façon durable de l'exploiter, grâce à son projet de recherche intitulé Régénération, croissance et réponses écologiques des pessières noires soumises à différents systèmes de coupes progressives.
Plus précisément, l'étudiant se penche sur les méthodes d'exploitation de l'épinette noire dans la forêt boréale. « C'est une espèce transcontinentale. Elle est également très intéressante du point de vue industriel pour les caractéristiques de son bois. Concrètement, 75 % du volume d'arbres coupés au Québec viennent de l'épinette noire. C'est la "star" ! », raconte-t-il.
Miguel Montoro Girona souhaite s'inscrire dans la vision de l'aménagement de la forêt écosystémique, c'est-à-dire de la voir comme un tout, en tenant compte des aspects économiques, mais sociaux également. « Il faut répondre à plusieurs questions portant sur la croissance des arbres une fois coupés, la régénération, qui est le futur de la forêt, et la mortalité des conifères, qui peuvent tomber à cause du vent », mentionne-t-il.
« La forêt boréale est l'un des écosystèmes les plus importants de la planète. Le Canada est le troisième pays au monde en surface forestière, et représente 8 % de toute la forêt, explique-t-il. Et l'un des secteurs les plus forts de l'économie canadienne est le forestier », poursuit M. Montoro Girona.
Une vision à long terme
Selon Miguel Montoro Girona, le Canada est l'un des pays avec le plus grand ratio de coupe sylvicole. Il est donc important, d'après lui, de bien les prévoir pour assurer la viabilité de la forêt à long terme.
« Encore aujourd'hui, 95 % de l'abatage réalisé au Canada sont des coupes totales. Il s'agit d'une façon de faire très agressive, reliée à la perte de diversité, à la simplification de la structure forestière, et avec des impacts sur le sol. Les ressources naturelles ne sont pas illimitées. Elles commencent à être plus basses, alors on doit trouver une manière de bien aménager la forêt », ajoute-t-il.
Miguel Montoro Girona poursuit en expliquant que les changements climatiques ou encore les épidémies de tordeuses des bourgeons posent également un risque aux forêts boréales. 
« La recherche est là pour ça : trouver des solutions aux problèmes bien réels. Ce qu'on propose, ce sont des façons différentes de couper la forêt. La mentalité sur les coupes forestières a commencé à changer il y a une vingtaine d'années. Mais la coupe progressive régulière n'est pas encore adaptée à la forêt boréale. On doit donc rechercher comment couper les arbres en deux ou trois fois pour assurer une régénération de la forêt et garantir une exploitation plus constante. »
L'étudiant ajoute qu'en plus d'assurer une stabilité à l'exploitation, donc à l'économie, en assurant une rentrée de capital plus continuelle, les coupes progressives créent de meilleurs arbres. Il y aurait moins de compétitivité entre les espèces puisqu'elles auraient davantage d'accès aux ressources.
« On tient souvent la forêt pour acquise, parce qu'elle est tout au tour de nous. Mais elle fait partie du patrimoine de la région. Il faut sensibiliser la population pour la protéger, l'exploiter de façon durable et la mettre en valeur », conclut-il.
D'ailleurs, dans le but de montrer à la population toute la beauté de la forêt, une visite virtuelle en 360° a été lancée sur le site du Partenariat innovation forêt, qui abrite le site du dispositif de recherche sur les coupes progressives régulières dont fait partie M. Montoro Girona.
Miguel Montoro Girona se rend souvent sur le terrain pour effectuer ses recherches.
Une porte vers la recherche
Pour Miguel Montoro Girona, le doctorat n'est qu'une porte qui lui permet d'accéder à la recherche. Ce n'est pas le diplôme obtenu qui est le plus important pour lui, mais plutôt l'impact qu'il peut avoir grâce à ses projets.
Espagnol d'origine, M. Montoro Girona est arrivé au Québec pour réaliser son doctorat sur l'étude de la forêt boréale. Il s'agit d'un retour aux études pour celui qui a travaillé pendant quatre ans au gouvernement espagnol après sa maîtrise. « J'avais envie de destiner ma vie à la recherche. C'est par la science qu'on va pouvoir régler les problèmes du monde. C'est très gratifiant », estime-t-il.
« Le doctorat, d'un point de vue académique, est important pour moi, mais ce n'est rien comparé à la recherche en tant que telle. Pour moi, l'important est mon projet. C'est faire une contribution. Je veux trouver des solutions aux problèmes », poursuit Miguel Montoro Girona.
Il ajoute que pour lui, le scientifique n'est pas une personne qui reste enfermée dans un laboratoire, sans avoir de contact avec le monde extérieur. « La science est une aventure. Quand je suis sur le terrain en forêt boréale, je me sens comme un explorateur. Les scientifiques sont également des superhéros, qui cherchent des réponses à toute sorte de problèmes, que ce soit le cancer, le sida ou les changements climatiques », affirme l'étudiant.
Il est donc convaincu que les chercheurs ont un devoir envers la société. Ils doivent avoir un rôle actif, et tenir la population au courant de leurs résultats. D'ailleurs, il estime déjà répondre à cette exigence, puisqu'il a publié quelques articles sur les recherches qu'il a menées.
« On se doit de partager les connaissances. Elles ne doivent pas être diffusées seulement dans les cercles de scientifiques, mais on doit les vulgariser pour que tous en prennent conscience. On a une responsabilité sociale, surtout lorsqu'on voit que certaines recherches sont payées avec l'argent des contribuables. La recherche doit être ouverte à la société », conclut-il.
D'ailleurs, l'étudiant a bénéficié de l'aide de plusieurs organismes pour financer, mais également diffuser ses travaux. Il nomme notamment le Centre d'études sur la forêt, qui selon lui, a permis de faciliter la réalisation de son doctorat.