Les intervenantes sociales Joannie Dionne et Véronique Gagnon recommandent aux parents dont leur fille devient la proie d’un souteneur qui l’exploite sexuellement de ne jamais couper le contact afin de lui venir en aide quand l’occasion se présentera.

Exploitation sexuelle: garder un lien avec la victime

Aucune jeune fille n’est à l’abri de la spirale infernale de l’exploitation sexuelle. Il n’existe pas de recette magique pour sortir une victime de ce milieu à risque si ce n’est de garder un lien pour être présent au bon moment quand elle en aura assez.

Les intervenantes sociales Joannie Dionne, de la Maison Isa, et Véronique Gagnon, du Centre féminin du Saguenay, ont présenté un portrait de l’exploitation sexuelle des femmes au Saguenay devant une centaine de convives réunis dans le cadre de la Journée internationale de la femme. L’événement, organisé par l’équipe de la Condition des femmes et du Partenariat du diocèse de Chicoutimi, se voulait un moment de réflexion sur cette réalité sociale.

« Le premier facteur de risque pour la violence sexuelle est d’être jeune et une femme », évoquent les deux intervenantes. 

« Il y a d’autres facteurs de risque, dont celui d’avoir vécu dans un milieu de violence ou d’avoir subi des abus sexuels dans son enfance. Ce qui n’exclut pas la possibilité qu’une jeune fille provenant d’un milieu familial sain et équilibré soit attirée dans l’engrenage du proxénétisme. Les jeunes hommes ne sont pas plus à l’abri », reprend Joannie Dionne.

Il est difficile d’évoquer le sujet de la violence sexuelle faite aux femmes sans faire référence à la très populaire série Fugueuse, que les deux intervenantes considèrent très près de la réalité. Le meilleur conseil à donner aux parents dont un enfant se retrouve dans cet engrenage est de garder le contact malgré les circonstances. « C’est très difficile pour les parents qui vivent avec un sentiment de culpabilité. Nonobstant ce sentiment, ils doivent conserver un lien pour que la victime ait une option quand elle en sentira le besoin. »

Les intervenantes enchaînent en insistant sur l’importance de présenter à son enfant attiré dans ce milieu les différentes ressources disponibles pour les aider, incluant le Centre jeunesse. « Chaque fois que la victime va parler avec une personne qui veut lui venir en aide ou s’adressera à un organisme d’aide, elle en retiendra quelque chose et c’est peut-être le petit élément qu’elle retiendra qui lui permettra de comprendre que ce qu’elle vit ne correspond pas à une relation saine. »

Les intervenantes soutiennent que la série Fugueuse est très près de la réalité.

Réseaux sociaux

Le proxénétisme a toujours existé. L’apparition des réseaux sociaux permet à ces hommes de recruter plus facilement les victimes. Les parents peuvent de leur côté déceler les premiers signes d’une adolescente qui tombe dans ce piège dont les conséquences peuvent être tragiques. Il suffit d’évoquer le nom de Nadia Caron, une jeune fille qui est décédée dans une maison close de Chicoutimi après avoir trop consommé de drogue.

« Le comportement change rapidement. Elle arrive à la maison avec des objets de valeur. Dans certains cas, elle se rapproche d’une connaissance dans un autre cercle d’amis ou elle ne veut pas amener à la maison son nouveau copain », reprend Véronique Gagnon.

Les seules solutions efficaces développées jusqu’à maintenant pour éviter que les enfants se retrouvent dans des situations d’exploitations sexuelles reposent sur un dialogue franc et ouvert. Les parents doivent expliquer aux enfants ce qu’est une relation saine et équilibrée sans domination. Ils doivent aussi aborder ce qu’est une sexualité normale et la notion de consentement qui ne doit pas être confondue avec la notion de céder à un proxénète qui exige que sa copine « fasse des clients ».

Les deux intervenantes rappellent qu’il n’y a pas de coupable dans l’entourage d’une fille qui se fait prendre dans ce manège. Elles ont eu la malchance de rencontrer un individu qui a identifié une faiblesse et l’exploite.

« Dans ces situations, les parents deviennent des victimes collatérales du souteneur », ont-elles conclu.