Un pilote est à l’entraînement pour passer son épreuve de compétence sur le Cessna 310 chez Exact Air.
Un pilote est à l’entraînement pour passer son épreuve de compétence sur le Cessna 310 chez Exact Air.

Exact Air peut terminer la formation des pilotes qui détectent les incendies

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
Des activités aériennes réduites se poursuivent à la compagnie Exact Air de Saint-Honoré, contrairement aux autres écoles de pilotage du Québec. C’est que l’entreprise saguenéenne termine en ce moment la formation des pilotes qui seront appelés, cet été, à survoler les forêts du Québec pour détecter les incendies.

« La lutte contre les feux de forêt est un service essentiel, explique le directeur des opérations d’Exact Air, Benoît Luneau. Dès que le gouvernement du Québec a décrété la fermeture des écoles, nous avons cessé la formation de tous nos étudiants, qu’ils soient en voie d’obtenir leur licence de pilote privé ou professionnel, sauf ceux qui seront embauchés pour la patrouille de feu. »

Fondée en 1983, Exact Air comprend une division de nolisement et différents services aériens, ainsi qu’une école de pilotage née de sa fusion, en 1986, avec le Club d’aviation du Saguenay.

En raison de la pandémie de COVID-19, la majorité des opérations tombe sur pause, sauf tout ce qui touche aux services essentiels. Bien que les activités de nolisement soient elles aussi arrêtées, l’entreprise garde en alerte deux avions turbopropulsés Beechcraft King Air et un Navajo avec des équipages prêts à partir en cas d’urgence.

« Dès que le gouvernement a décrété l’arrêt de toutes les activités commerciales, nous avons reçu des correspondances d’Hydro-Québec confirmant que nous devions être prêts à répondre pour maintenir les services essentiels. Ça peut être de transporter des équipes de dépannage ou de l’équipement n’importe où au Québec. Ça peut être aussi avec la Sûreté du Québec ou encore acheminer du matériel médical. C’est là qu’on nous a aussi informés que la patrouille de feu faisait partie des services essentiels », poursuit M. Luneau.

Casse-tête

Évidemment, l’entreprise fait tout pour assurer la sécurité de son personnel et de ses clients en prenant des mesures de distanciation physique, mais ça ne peut pas se faire partout.

« Seuls le personnel et les étudiants (un à la fois) sont admis dans nos locaux, a repris Benoît Luneau, en entrevue téléphonique avec Le Quotidien. Dans l’atelier de mécanique, nous avons créé trois quarts de travail, de tôt le matin jusqu’à tard le soir, pour limiter le nombre de techniciens en même temps dans le garage, et les pauses se prennent à des heures différentes. »

Mais dans le cockpit d’un avion, pas question évidemment d’avoir deux mètres de distance. « Il n’y a pas de risque à prendre. Nos employés savent très bien que si un cas de COVID-19 était signalé chez nous, la compagnie au complet serait en quarantaine pour deux semaines. Ça serait catastrophique. Le moindre nez qui coule, c’est à la maison pour 14 jours. Nos équipages doivent être très disciplinés. C’est une relation de confiance », poursuit le directeur des opérations.

La cabine des passagers est méticuleusement désinfectée entre chaque vol, on diminue le nombre de passagers pour assurer un espacement sécuritaire, et il y a lavage de mains dès qu’on touche aux bagages.

Même chose à l’école. Les étudiants ne se côtoient pas et doivent agir de façon responsable pour ne pas se mettre à risque de contracter le virus. Sinon: pas de job cet été.

pas d’échange interrégional

Pour un pilote professionnel, la patrouille de feu est une belle porte d’entrée dans le métier. Elle lui permet d’accumuler des heures de vol dans des conditions qui ne nécessitent pas beaucoup d’expérience. Par conséquent, la très grande majorité de ceux qui travailleront pour Exact Air cet été n’avaient pas encore complété leur licence commerciale et leur annotation de vol aux instruments au moment de l’arrivée de la pandémie.

« Ce qu’il faut savoir, c’est que tous les étudiants qui complètent actuellement leur formation chez nous étaient déjà au Saguenay à la fin du mois de février. Donc, il ne devrait pas y avoir de problème. Les autres, qui étudiaient dans d’autres écoles du Québec, ne sont pas encore au Saguenay. Ils arriveront plus tard au printemps, avant le début du contrat, pour terminer leur formation après une période de quarantaine », conclut Benoît Luneau.

Exact Air garde en alerte deux King Air et un Navajo avec des équipages prêts à partir pour répondre aux urgences civiles.

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FLOTTE D'INTERVENTION

Exact Air mettra 20 avions et 28 pilotes au service de la SOPFEU, cet été, soit environ la moitié de la flotte, disséminée sur différentes bases, qui patrouillera le ciel du Québec à la recherche de feux de forêt.

Douze monomoteurs à train rétractable Cessna 182RG, cinq bimoteurs Cessna 310, deux bimoteurs Piper Navajo et un avion à turbopropulseurs Beechcraft King Air seront sous contrat. Trois C-182 seront basés à Roberval, Chibougamau, Bonnard et Manic 5 pour la patrouille de feu, et il y aura un Cessna 310 à Havre-Saint-Pierre, La Grande et Saint-Honoré (en réserve).

Deux autres Cessna 310 et deux Navajo seront affectés à l’aéropointage à partir de Roberval et Baie-Comeau et un Beech King Air sera stationné à La Grande aux fins d’aéropointage et pour survoler les zones dévastées pour assurer le suivi après l’extinction des incendies.

Les aéropointeurs sont des spécialistes de la lutte contre les feux de forêt employés par la SOPFEU. Pendant le combat, ils survolent la zone à une altitude supérieure aux avions-citernes CL-415 et aux hélicoptères pour assurer une certaine gestion du trafic et diriger les troupes grâce à une vue plus globale de la zone.