Alexis St-Gelais, étudiant en chimie à l'Université du Québec à Chicoutimi, réalise présentement son doctorat.

Étudier les plantes pour trouver des remèdes

PAGE UQAC / Étudiant au doctorat en chimie à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Alexis St-Gelais travaille à partir de plantes pour tenter de trouver des molécules qui pourraient, peut-être, être utilisées pour traiter le cancer. Mais avant d'atteindre cette étape, M. St-Gelais doit trouver le moyen de synthétiser et de modifier légèrement les molécules voulues afin de faciliter les recherches.
Sa thèse de doctorat se nomme, pour le moment, Synthèse, pharmacomodulation et mécanisme d'action cytotoxique de tannins synthétiques et de dirchromones. «L'activité cytotoxique (la capacité à tuer des cellules) est le premier indice que nous utilisons pour trouver une application potentielle dans le grand domaine du cancer, où on cherche à tuer les cellules cancéreuses. Quant à la pharmacomodulation, c'est le travail de modifier un peu la molécule pour améliorer son activité», explique M. St-Gelais.
Comme les chercheurs ne savent pas exactement la manière dont les molécules fonctionnent et leurs effets potentiels sur le corps humain, il est nécessaire de réaliser plusieurs tests sur de nombreux échantillons. Toutefois, il est généralement difficile d'isoler une grande quantité de molécules, ce qui n'est pas suffisant. M. St-Gelais essaie donc de reproduire les éléments voulus à partir de produits synthétiques disponibles sur le marché.
«J'essaie de synthétiser deux types de molécules qu'on a retrouvées dans les plantes. Les tannins sont assez répandus, il y a énormément de plantes qui en font. Il s'agit de substances que les plantes produisent pour se défendre contre leur environnement: les virus, par exemple, mais également contre les dommages physiques comme ceux que causent les herbivores. C'est un peu le même principe pour les dirchromones, qu'on retrouve dans une plante qui se nomme le Dirca des marais, que personne ne connaît, mais qui pousse du Québec à la Floride, et que les Amérindiens utilisaient pour traiter le cancer», ajoute-t-il.
M. St-Gelais n'a pas commencé ses recherches de zéro. Il travaille à partir de recherches réalisées au laboratoire LASEVE, de l'université, qui s'intéresse aux produits naturels dans leur ensemble.
Il s'agit également d'une continuité de son travail de maîtrise, où il avait réussi à isoler les dirchromones.
Un intérêt depuis le début
«J'ai fait mon baccalauréat en chimie des produits naturels, et on avait une formation sur les plantes. C'est quelque chose qui m'a toujours intéressé. On vit dans le bois après tout. Tout le monde a également entendu parler des remèdes de grands-mères!», mentionne Alexis St-Gelais.
Selon lui, peu de groupes font ce genre de recherches, et l'UQAC a une très bonne expertise, grâce au laboratoire LASEVE. L'étudiant a d'ailleurs commencé dès son bac à travailler à ce laboratoire pendant l'été.
Alexis St-Gelais s'intéresse aux sciences depuis le quatrième secondaire, lorsqu'il a participé au concours Expo-science. Il y a pris part jusqu'à sa deuxième année de cégep, et s'implique maintenant dans l'organisation. «Je m'étais fait encadrer par un enseignant en chimie du Cégep de Jonquière, et on avait un projet qui portait sur l'if du Canada, dont certaines molécules sont présentement utilisées pour traiter le cancer. Ça m'a ouvert à ce champ d'études», conclut-il.
Marier le travail et les études
En plus de travailler à temps plein à la réalisation de son doctorat, Alexis St-Gelais passe une bonne partie de ses semaines dans l'entreprise qu'il a lancée avec deux autres chimistes, PhytoChemia, spécialisée dans la standardisation et le contrôle de la qualité chimique de produits naturels médicinaux, cosmétiques ou alimentaires.
«Au jour le jour, ce n'est pas toujours facile de combiner les deux. Un doctorat demande une très grande implication, et l'entreprise aussi. C'est un peu comme si j'avais deux emplois à temps plein!
Je travaille énormément le soir, la fin de semaine, et je fais beaucoup d'interprétation de données à la maison. Ça demande une bonne discipline personnelle, mais je crois que le jeu en vaut la chandelle», explique-t-il.
Toutefois, il assure que son directeur de recherche comprend la situation et qu'il y a une bonne entente entre les deux.
«L'une des grandes choses que l'on apprend au doctorat, et c'est vrai pour tous les doctorats, c'est la débrouillardise. L'univers est grand et on travaille pendant plusieurs années sur une toute petite partie que les autres chimistes ne connaissent pas. Alors les chances qu'on utilise exactement ce qu'on fait pendant le doctorat dans notre emploi sont assez minces. Sauf qu'on a appris à aller chercher des réponses par nous-mêmes, à formuler les questions de recherches et à faire toutes les démarches, comme aller chercher du financement. On devient nous-mêmes des chercheurs qui peuvent contribuer à l'avancement du domaine», ajoute M. St-Gelais.
Lorsqu'il aura terminé son doctorat, Alexis St-Gelais souhaite se concentrer entièrement sur son entreprise, pour pouvoir continuer de la développer. Toutefois, il ne ferme pas totalement la porte à la poursuite de ses études postdoctorales. «Je ne sais pas ce qui peut arriver, alors il ne faut jamais dire jamais!», conclut l'étudiant.