Étudiants internationaux: l’UQAC risque d’être pénalisée

L’UQAC risque d’être grandement pénalisée par l’entrée en vigueur de la nouvelle politique québécoise de financement des universités reliée aux frais de scolarité payés par les étudiants internationaux de 1er et 2e cycle.

Il s’agit là de l’une des conclusions tirées de la note socio-économique rédigée par le chercheur Samuel-Élie Lesage, associé à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publiée jeudi.

Le document d’une douzaine de pages analyse en profondeur la refonte des frais de scolarité des étudiants étrangers et le désengagement de l’État à hauteur de 95 M $.

À la suite des politiques d’austérité adoptées par Québec consistant à réduire les sommes accordées aux universités, l’auteur note que celles-ci se sont tournées de plus en plus vers d’autres sources de revenus ; entre autres, les frais payés par les étudiants étrangers. C’est ainsi que la population universitaire internationale a augmenté de 64 % entre 2010-2011 et 2017-2018, encouragée par la dérèglementation intégrale des frais de scolarité pour cette clientèle.

Il faut savoir que les étudiants québécois paient un montant de 81,85 $ par crédit pour tous les programmes d’études et pour tous les cycles.

Par exemple, selon la réglementation actuelle, les frais de scolarité pour 2018-2019 payés par un étudiant à temps complet en architecture sont de 2455,59 $, comparativement à 17 298,80 $ pour l’étudiant étranger, ce qui inclut un montant forfaitaire de 14 842,80 $. Ce montant forfaitaire est par la suite redistribué à l’ensemble des établissements universitaires du Québec afin de permettre à des universités comme l’UQAC, qui ne jouit pas d’un grand rayonnement hors des frontières, de bénéficier du financement international.

Or, la déréglementation prévue par la nouvelle politique prévoit que les universités pourront conserver les frais payés par les étudiants internationaux de 1er, 2e et 3e cycles. La nouvelle politique s’accompagne d’investissements progressifs dans les universités qui atteindront 366,7 M $ en 2022-2023. En contrepartie, il est prévu que le gouvernement cessera de percevoir et redistribuer certaines sommes entre les universités, ce qui réduira le financement de 95 M $.

Là où le bât blesse, selon le chercheur, c’est qu’en cessant de redistribuer entre les universités les sommes payées par les étudiants étrangers, l’État fait en sorte que celles qui attirent déjà beaucoup d’étudiants étrangers bénéficieront de revenus supplémentaires plus importants que les établissements modestes comme l’UQAC. Cet énoncé est d’autant plus vrai que la dérèglementation permet aux établissements de fixer eux-mêmes le niveau des frais de scolarité.

Selon la simulation réalisée par M. Lesage, les grands gagnants de la dérèglementation seront les universités anglophones McGill, Concordia ainsi que l’Université de Montréal, qui verront leur subvention de fonctionnement progresser de 16,8 %, 19,2 % et de 11,5 % respectivement en 2020-2023, comparativement à 2016-2017. L’UQAC fermera la marche avec une hausse de seulement 7,15 % (75,8 M $). L’UQAM atteindra le même pourcentage avec une subvention prévue de 321,5 M $.

Dans son analyse, M. Lesage constate qu’en raison de la règlementation, les universités seront encore plus dépendantes de l’accroissement de leur effectif étudiant pour engranger des revenus.

Dans un tel contexte, il faudra prévoir une hausse des activités de recrutement à l’international pour atteindre un objectif de 2500 étudiants francophones. C’est pourquoi des subventions sont prévues pour accroître cette clientèle, le tout financé par les compressions de 95,7 M $ que représente l’abolition de la redistribution des frais payés par les étudiants internationaux.

La concurrence mise en place par la nouvelle politique néolibérale aura pour effet d’avantager les grandes universités disposant déjà d’une réputation internationale. « Non seulement la réputation internationale de l’Université de Monréal n’est-elle pas menacée, par, disons celle de l’UQAC, mais grâce à la déréglementation, l’Université de Montréal disposera de ressources plus importantes que les universités moins populaires à l’international pour recruter les étudiants francophones, et ainsi empocher les primes gouvernementales.