Étude économique: le retour de la croissance

La croissance économique observée dans la région en 2017 devrait demeurer appréciable en 2018 et en 2019, prévoit Desjardins dans son étude économique régionale, qui identifie le projet de complexe de liquéfaction de gaz naturel d’Énergie Saguenay de GNL Québec comme « le projet phare à suivre en 2018 ».

« Ce qu’on voit en 2017, c’est vraiment une accélération de la croissance économique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, après des années 2015 et 2016 plutôt au ralenti », a souligné d’emblée Chantal Routhier, responsable des études économiques régionales, lors d’un entretien avec Le Quotidien, vendredi. 

Desjardins rend publique lundi son étude régionale publiée annuellement, qui propose en une dizaine de pages un survol de la situation et des prévisions économiques.

Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, reprises par Desjardins, les investissements auraient bondi de 18,7 % dans la région en 2017 pour atteindre 1,5 G$, comparativement à une hausse de 4,9 % dans la province, pour 38,3 G$.

« Cette croissance serait entièrement attribuable à la hausse de 42,8 % des sommes injectées par le secteur public », note Desjardins, qui identifie notamment les investissements reliés au début des travaux de la voie de contournement d’Isle-Maligne à Alma, à la construction de bâtiments à la base militaire de Bagotville et des travaux de la ligne électrique Chamouchouane-Boût-de-l’Île.

Plusieurs projets d’investissements

Malgré l’accélération de l’économie régionale, la variation annuelle du PIB nominal demeure toutefois en deçà des données provinciales. En 2018 et en 2019, la cadence du PIB nominal dans la région devrait demeurer inférieure à celle de la province, mentionne l’économiste Chantal Routhier.

« Avec les projets d’investissements qui ont été annoncés, qui devraient vraisemblablement se concrétiser, les prochaines années, plutôt à moyen terme, devraient encore permettre à la croissance économique de s’apprécier quand même de manière importante », précise-t-elle toutefois. 

Cette situation s’explique dans la région par une progression attendue dans le secteur économique traditionnel de l’exploitation des ressources naturelles, mais qui devrait néanmoins demeurer moindre que la croissance connue par les décennies passées.

« C’est sûr que dans ce contexte-là, c’est plus difficile pour la région d’aller chercher une croissance plus forte que celle de l’ensemble du Québec », a expliqué Mme Routhier, lors d’un entretien téléphonique depuis le siège social de Lévis.

Le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec sur la zone industrialo-portuaire du port de Grande-Anse, à La Baie, évalué à 7,5 G$, pourrait générer une forte impulsion économique, en raison du nombre de travailleurs requis pour la construction et l’opération du complexe.

Plusieurs projets, tels que ceux des minières Métaux BlackRock et Arianne Phosphate, ainsi que les projets d’expansion de Rio Tinto et des Serres Toundra sont quelques-uns des projets également identifiés.

« Si tous ces projets-là arrivaient à terme en même temps, on aurait un peu un effet d’électrochoc sur la croissance économique, sachant que les investissements sont un entrant très important du PIB », a-t-elle mis en relief.

« Virage vers l’innovation »

L’économiste souligne par ailleurs que la réflexion suscitée par le Sommet économique régional de 2015 favorise la diversification économique par les suites des travaux des différents groupes de travail qui ont été mis sur pied. 

La région a selon elle entamé depuis un « virage vers l’innovation », notamment en misant sur le numérique, les technologies, l’agroalimentaire et le tourisme. Les effets ne se font pas nécessairement sentir à court terme, a-t-elle prévenu.

« Il faut toujours garder à l’esprit que ces efforts-là ne sont jamais instantanés. Il y a des entreprises qui doivent se réajuster, de la main-d’œuvre qui doit se former à nouveau. Il faut laisser un peu de temps à tout cela à se mettre en place. »

Chantal Routhier, économiste chez Desjardins, responsable des études économiques régionales.

Taux de chômage dans la région: un creux historique en 2018 et 2019

Le taux de chômage devrait atteindre un creux historique en 2018 et en 2019 dans la région en s’établissant à 5,5 % et à 5,0 %, selon les prévisions.

Ces données ne surprennent pas Chantal Routhier, économiste chez Desjardins et responsable des études économiques régionales, elle qui a en main ces prévisions depuis le début des années 2000.

À l’échelle de la province, le taux de chômage devrait également poursuivre sa baisse entamée depuis 2014 en atteignant également des creux de 5,3 et 4,8 % pour 2018 et 2019.

Néanmoins, l’économiste préfère demeurer prudente avant d’associer de tels taux au plein-emploi, les économistes ne s’entendant pas sur un taux en particulier à cet effet.

En 2018 et 2019, l’économiste s’attend à ce que cette baisse du taux de chômage soit davantage soutenue par la création d’emplois, ce qui n’a pas nécessairement été le cas en 2017. Dans la région, il est passé de 7,9 %, en 2016, à 6,9 %, en 2017. 

« La baisse du taux de chômage a été surtout soutenue par le vieillissement démographique, en fait par la baisse de la part des personnes en âge de travailler, ce qui fait qu’il y a de moins en moins de personnes sur le marché du travail, soit à la recherche d’un emploi ou en emploi », a-t-elle expliqué.

Création d’emploi : un sommet en cinq ans

Desjardins souligne néanmoins dans son étude économique régionale de mai 2018 que la création d’emploi a atteint un sommet en cinq ans en 2017 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec la création de 2400 emplois.

« Cette baisse-là n’a pas été appuyée nécessairement par un marché du travail performant, mais plutôt par une démographique plus défavorable, précise cependant Mme Routhier. [...] Pour cette année et l’an prochain, je m’attends à ce que la croissance d’emplois soit au rendez-vous pour la région et que cela permette encore au taux de chômage de diminuer cette année et l’an prochain. »

LA ROBOTISATION POUR CONTRER LA PÉNURIE DE MAIN-D'OEUVRE

La robotisation devrait être envisagée par les entreprises afin de soutenir leur croissance malgré la pénurie de main-d’œuvre observée dans plusieurs secteurs dans la région et à travers la province, selon l’économiste Chantal Routhier, de Desjardins.

Si l’utilisation des technologies a amené une diminution des emplois dans les dernières décennies, notamment dans le secteur industriel, miser sur la robotisation pourrait aujourd’hui permettre à certaines entreprises de tirer leur épingle du jeu alors qu’elles peinent à trouver des employés.

L’économiste soutient que l’emploi des nouvelles technologies permettrait alors d’accroître la productivité, de supporter la croissance, tout en diminuant les besoins de main-d’œuvre.

« Dans un contexte où on est en manque de main-d’œuvre et qu’on voit que ça peut retarder la croissance de l’entreprise ou des contrats, si on est capable d’automatiser un procédé, on va peut-être avoir moins besoin de personnes [...]. Ici, ça devient un atout, à ce moment-là, pour les entreprises, de pouvoir continuer à bien performer et à demeurer rentables sur les marchés. »

Produits forestiers Résolu

Desjardins souligne dans son étude, à titre d’exemple, le défi important de relève auquel devra faire face Produits forestiers Résolu dans les prochaines années.

L’entreprise devra pourvoir 800 postes d’ici 2021 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ce qui correspond à 40 % de son personnel. Les départs à la retraite prévus expliquent la situation : à l’usine Kénogami, par exemple, l’âge moyen des travailleurs est de 57 ans.

Elle souligne néanmoins les différentes initiatives prises récemment dans la région afin de trouver des solutions à la pénurie de main-d’œuvre.