Juliette Tremblay gagne un salaire de 15 $ de l’heure tout en apprenant son métier de soudeuse-monteuse.

Être payé pour étudier

En offrant une formation rémunérée dans le cadre de laquelle les étudiants passent 45 % de leur temps en entreprise, le Centre de formation professionnelle (CFP) du Pays-des-Bleuets mise sur la formule duale, et le programme fait fureur auprès des jeunes étudiants. Ainsi, 25 soudeurs-monteurs ont été formés en un peu plus d’un an, stabilisant les besoins de main-d’œuvre dans le nord du Lac-Saint-Jean.

Avec son casque de sécurité à toute épreuve, Juliette Tremblay manie une torche à souder pour lier des pièces qui serviront à bâtir une des emballeuses conçues par DO2, une entreprise de Dolbeau-Mistassini, pour l’industrie forestière.

Mine de rien, Juliette est train de compléter son diplôme d’études professionnelles (DEP) en soudage-montage au CFP du Pays-des-Bleuets tout en gagnant un salaire de 15 $ de l’heure. Mais en plus d’être rémunérée, elle acquiert davantage de compétences concrètes et nécessaires pour exercer son métier. « On fait beaucoup plus de montage en entreprise et on apprend plein de choses qu’on n’apprend pas nécessairement à l’école », témoigne la jeune femme de 17 ans, qui fait partie de la deuxième cohorte à suivre la formation duale en soudage montage.

D’abord lancées en 2016 en Beauce, les formations duales, populaires en Suisse et en Allemagne, permettent d’intégrer davantage les périodes passées en entreprise dans le cursus scolaire. Par exemple, alors que les programmes de formation en alternance travail-études (ATE) offrent 20 % de la formation en entreprise, ce taux atteint 45 % avec la formation duale.

« On fait beaucoup plus de montage en entreprise et on apprend plein de choses qu’on n’apprend pas nécessairement à l’école », estime Juliette Tremblay, qui complètera sa formation en octobre.

« Avec ce mode de formation, on a réussi à signer une entente de rémunération à 15 $/h dans toutes les entreprises, un gros plus pour les étudiants », remarque le directeur adjoint du CFP du Pays-des-Bleuets, Dany Pearson, tout en ajoutant que plusieurs formations en ATE ne sont pas rémunérées.

« Gagner 12 000 $ tout en étudiant, c’est vraiment facilitant pour nos étudiants, parce que la plupart d’entre eux sont déjà sur le marché du travail quand ils décident de commencer une formation professionnelle », renchérit François Ouellet, un des enseignants du programme dual. En travaillant plus étroitement avec les entreprises, les professeurs aussi en profitent, car ce contact leur permet de mettre à jour leurs techniques d’enseignement et de rester connectés avec les meilleures pratiques en entreprise, ajoute ce dernier.

S’inspirer des pionniers

Inspiré par l’expérience beauceronne, le CFP du Pays-des-Bleuets a décidé de tester le modèle dual en lançant une première formation en soudage-montage en avril 2018. Gagner de l’argent tout en apprenant un métier s’est rapidement avéré une solution gagnante.

En avril 2018, 15 étudiants se sont inscrits au programme, et les 11 finissants ont tous déniché un emploi au sein de l’entreprise où ils ont fait leur stage.

À peine six mois plus tard, le CFP lançait une deuxième cohorte pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur, si bien que 18 autres élèves ont plongé dans l’aventure. « Pourtant, on a failli fermer le programme en 2017 parce qu’on avait seulement quatre inscriptions », ajoute Dany Pearson.

La pénurie de main-d’œuvre se fait sentir partout en province. En 2017, une étude réalisée par le Comité sectoriel de main-d’œuvre de la fabrication métallique industrielle du Québec démontrait qu’il manquait 2800 soudeurs au Québec, et 225 au Saguenay–Lac-Saint-Jean. À l’époque, les écoles n’en formaient que 110 par année. En 2018-2019, le CFP a réussi à relever la barre en formant 25 professionnels.

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«UNE FORMATION TRÈS INTÉRESSANTE»

Stéphane Tremblay, le directeur général de DO2, est très satisfait du programme dual du CFP, qui lui a permis de dénicher cinq soudeurs-monteurs, dont Juliette Tremblay.

« Le manque de main-d’œuvre était vraiment problématique », souligne Stéphane Tremblay, directeur général de DO2, à Dolbeau-Mistassini, qui a été charmé par l’idée du CFP Pays-des-Bleuets. En plus de se montrer ouvert à recevoir des stagiaires en entreprise, il a même convaincu certains de ces travailleurs journaliers avec de bonnes habiletés manuelles à suivre la formation. « Ce cours leur a permis d’apprendre un métier et d’avancer dans la compagnie », ajoute ce dernier. 

Lorsque la première formation duale a pris fin, en avril dernier, DO2 a embauché trois finissants. De plus, deux stagiaires de la seconde cohorte sont au travail dans l’entreprise en ce moment, et il est fort probable qu’ils soient embauchés à plein temps après leur formation, mentionne Stéphane Tremblay, qui se réjouit de pouvoir pourvoir les postes disponibles pour répondre à la croissance de son entreprise, qui compte une centaine d’employés. 

Même son de cloche chez Jamec, un fabricant d’équipements pour les papetières et les scieries, qui a embauché deux finissants du DEP, en plus d’accueillir trois stagiaires. « C’est une formation très intéressante qui permet aux jeunes de gagner de l’argent tout en demeurant aux études », dit-il, tout en soulignant qu’il lui manque toujours de quatre à cinq soudeurs à certaines périodes de l’année. 

En fait, c’est tout le secteur manufacturier du nord du Lac-Saint-Jean qui en profite, car une douzaine d’entreprises ont embauché un finissant ou accueillent un stagiaire. En plus de DO2 et de Jamec, les formations duales ont bénéficié à Hydromec, Remorque 2000, Produits Gilbert, Féricar, Desco, Inotech, Ferdeck, Atelier 2RL, AMS et à BR Métal.

Après le blitz initial pour répondre à la pénurie de soudeurs, le CFP compte maintenant lancer une formation par année, et 10 candidats se sont déjà montrés intéressés à s’inscrire à la formation qui débutera à l’automne. 

Le modèle de formation est si intéressant que Stéphane Tremblay se demande s’il ne pourrait pas être utilisé comme modèle pour former d’autre corps de métier, notamment pour les mécaniciens. 

Pour l’instant, aucun autre programme dual n’est prévu au CFP, mais Dany Pearson, qui considère son équipe comme des agents de changement, laisse la porte ouverte. « On se questionne tout le temps pour améliorer nos formations », conclut-il. 

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FORTE CROISSANCE CHEX DO2

L’embellie des marchés forestiers favorise les investissements dans les scieries et les manufacturiers d’équipement, comme DO2, de Dolbeau-Mistassini, qui a connu une croissance de plus de 30 % au cours de la dernière année. « Le prix du bois est bon, et le marché va bien », commente Stéphane Tremblay, directeur général de DO2. Ainsi, les emballeuses automatiques spécialisées pour l’industrie forestière développées par DO2 s’envolent presque comme des petits pains chauds, alors que l’entreprise a livré plusieurs équipements au Québec, aux États-Unis, en Colombie-Britannique et même en Nouvelle-Zélande, il y a deux semaines. Avec un carnet de commandes bien rempli pour la prochaine année, les besoins de main-d’œuvre devraient continuer à croître, ce qui rend le programme dual du CFP encore plus pertinent, ajoute ce dernier.