Isabelle Labrie et Blaise Gagnon, du département ATM, du Cégep de Jonquière
Isabelle Labrie et Blaise Gagnon, du département ATM, du Cégep de Jonquière

Être journaliste, un métier pour les passionnés

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Saguenay — Des robots journalistes. La montée des blogueurs. La fin du professionnel de l’information. La crise financière des médias.

Malgré des manchettes catastrophes qui touchent le monde médiatique, les inscriptions dans les formations en journalisme demeurent stables. Mais ce nombre reste limité, si on compare aux autres métiers de la communication, dont relationniste. Sur quelques centaines d’étudiants inscrits au baccalauréat en communication publique de l’Université Laval, une trentaine finissent avec une concentration en journalisme.

« C’est une tendance qui se maintient depuis plusieurs années. Ça demeure un métier de passion, car il y a moins d’élus qu’avant. Il n’y a pas d’embauche massive dans des organisations de presse. Donc, les gens qui se lancent dans cette voie sont véritablement passionnés et ça doit le rester », estime Thierry Watine, de l’Université Laval, professeur et auteur d’ouvrage sur le journalisme.

Seul établissement collégial du Québec à former des journalistes, le Cégep de Jonquière, avec son programme Art et technologie des médias (ATM), continue de diplômer entre 25 et 40 professionnels de l’information par année. « On le sait que c’est difficile, la crise des médias. Mais on ne le sent pas chez nos étudiants, cette crainte. Quand ils arrivent ici, ils sont super motivés et ils veulent apprendre », constate Isabelle Labrie, ex-journaliste et enseignante depuis près de 10 ans au Cégep de Jonquière.

Le Cégep de Jonquière est le seul collège au Québec qui forme des journalistes.

Des offres d’emploi

Et des emplois, malgré la croyance populaire, il y en a, insiste son collègue et coordonnateur du département ATM, Blaise Gagnon. « C’est surprenant, mais toutes les semaines, on a des offres d’emploi. De Baie-Comeau à Granby. C’est principalement dans les régions qu’on voit cette demande », remarque l’ancien journaliste.

Mais les bouleversements des dernières années, dont l’avènement des réseaux sociaux, ont cependant forcé les établissements d’enseignement à modifier leurs cours et à former des journalistes plus polyvalents.

« L’enseignement en 2011 et aujourd’hui, c’est le jour et la nuit. On est encore plus dans la pratique. Il y a 10 ans, on commençait à peine à mettre des textes sur le Web. Maintenant, les journalistes doivent alimenter les sites Web, filmer. On a d’ailleurs ajouté un nouveau cours, l’an dernier, sur les réseaux sociaux. Les professeurs ont dû aller se perfectionner à ce sujet », rapporte Isabelle Labrie, rappelant que les finissants sont prêts à faire du terrain dès la fin de leurs cours.

Les robots

À l’Université Laval, les formations évoluent également rapidement et les experts se penchent désormais sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour aider les journalistes dans la cueillette d’information.

« On sort du numérique, mais il y a maintenant tout ce qui touche l’intelligence artificielle, au robot journaliste. Il y a trois ans, lorsque j’ai entendu parler de robot journaliste, un scepticisme m’habitait. Mais il y a en effet un certain nombre de tâches répétitives qu’on pourrait confier à des robots. Par exemple, les informations boursières et sportives. Ces outils technologiques ne viennent pas remplacer les journalistes, mais ça permet de les libérer de ces tâches moins valorisantes et de se concentrer sur les enquêtes, la vérification des faits. On n’est pas dans un scénario catastrophe. On travaille plutôt sur comment cette technologie pourrait s’intégrer dans une salle de nouvelles », exprime Thierry Watine, précisant que le Centre d’études sur les médias (CEM) se penche sur la question.

Le Cégep de Jonquière est le seul collège au Québec qui forme des journalistes.