Essor fulgurant de la télémédecine

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Il aura fallu une pandémie et un décret gouvernemental de déclaration d’état d’urgence pour permettre à la télémédecine de s’implanter au Québec. Le système a rapidement été adopté par les professionnels de la santé, si bien que les téléconsultations représentent de 30 à 40 % du volume de travail des médecins.

Assis confortablement dans son salon, Serge Boivin, un résidant de Saint-Prime, a reçu un coup de téléphone, à l’heure prévue. 11 h 15. Au bout du fil, son médecin de famille le contactait pour un court rendez-vous de suivi. Au bout de quelques minutes, tout est réglé et la prescription est déjà à la pharmacie. Tout ça, sans avoir à se déplacer au centre médical. « J’ai vraiment aimé ça, parce que je n’avais vraiment pas besoin de me déplacer pour attendre sur place », dit-il.

Isabelle Gagnon, de Sainte-Jeanne-d’Arc, a grandement apprécié son expérience de télémédecine. « C’était juste pour un renouvellement et ça s’est très bien passé », souligne la femme, qui a pu continuer à vaquer à ses occupations, au lieu de faire 20 minutes de voiture pour se rendre à Dolbeau-Mistassini.

Exigée par plusieurs patients depuis longtemps, la télémédecine a pris un envol forcé, pendant le confinement, car avant la pandémie, les consultations médicales par téléphone ou en visioconférence n’étaient pas rémunérées. Le cadre réglementaire prévoyait qu’il était possible de réaliser des activités de télésanté seulement entre deux établissements, surtout entre les régions éloignées ou pour les secteurs en bris de services en médecine spécialisée.

Mais tout a basculé du jour au lendemain. « Le décret de déclaration de l’état d’urgence, lors de la pandémie de COVID-19, a permis la rémunération pour les consultations téléphoniques et les téléconsultations des médecins durant cette période, ainsi que la délocalisation des activités de soins virtuels, ce qui a fait exploser les activités de soins virtuels », explique Marjorie Larouche, responsable des relations avec les médias au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec.

Avec l’impératif de respecter la distanciation sociale, ainsi que les mesures de confinement, les médecins et professionnels de la santé ont rapidement adopté les téléconsultations, dit-elle. « Le MSSS travaille actuellement à pérenniser les mesures mises en place durant cette période afin de maintenir de 30 à 40 % des activités par le biais des soins virtuels afin de favoriser la distanciation physique lorsque cela est possible dans l’organisation des soins et des services. »

Roberto Boudreault, médecin de famille au Groupe de médecine familiale Les Myrtilles du Lac, à Saint-Félicien, et président du Département régional de médecine générale (DRMG), confirme cette tendance. « Les médecins de famille ont adopté la télémédecine dès le début de la pandémie, avec des rendez-vous par visioconférence ou par téléphone », rapporte-t-il.

Avec un volume initial de 80 % de téléconsultations, ce taux est maintenant d’environ 30 %, estime le médecin de famille. « Plusieurs suivis ne nécessitent pas de rencontre en personne », ajoute-t-il.

Prévu dans le plan stratégique 2019-2023 du ministère, l’essor des services numériques a donc été fulgurant avec la pandémie et le MSSS souhaite maintenir le rythme. « Cette transformation, déjà amorcée, sera renforcée par la mise en place de services numériques qui faciliteront l’accès aux soins et à l’information de santé via des plateformes permettant de mettre en place des continuums cliniques pour les patients », note Marjorie Larouche.

Le MSSS souhaite notamment déployer un service plus étendu de télésoins à domicile en cas d’une deuxième vague.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le DRMG a d’ailleurs mis en place un système de suivi des personnes plus vulnérables dans les résidences pour personnes âgées. Pour permettre aux infirmières de faire le suivi médical de manière efficace, un groupe de médecins a décidé de financer l’achat de quelques iPad. Une campagne de financement a permis d’amasser 84 000 $ pour en acheter davantage et Telus a aussi décidé de financer une partie du projet, pour acheter un total de près de 200 iPad, souligne Roberto Boudreault.

Québec a également mis sur pied plusieurs outils en ligne, dont le site telesante.quebec, lequel permet à la fois d’aider les professionnels à mettre en place des téléconsultations et d’aider les patients à utiliser différentes plateformes Web pour recevoir des soins.

De plus, le site Rendez-vous santé Québec (www.rvsq.gouv.qc.ca/) permet à tous les citoyens de prendre un rendez-vous en ligne, et ce, même pour les personnes qui n’ont pas de médecin de famille.

Selon Marjorie Larouche, « des travaux sont en cours pour pérenniser les acquis réalisés durant la première vague », car c’est le décret qui permet de rémunérer les médecins lors de téléconsultation. Lorsque l’état d’urgence sera levé, d’autres mesures devront être prises pour continuer à surfer sur la vague de la télémédecine.

Pour l’instant, la majorité des téléconsultations se font par téléphone, mais différentes initiatives sont mises en place pour utiliser d’autres plateformes.

Ce sont les médecins de famille, en première ligne, qui utilisent davantage la télémédecine pour joindre leurs patients.