Les universités québécoises doivent être vigilantes quant aux risques d’espionnage chinois, croit Michel Juneau-Katsuya.
Les universités québécoises doivent être vigilantes quant aux risques d’espionnage chinois, croit Michel Juneau-Katsuya.

Espionnage chinois : comment les universités peuvent-elles se protéger ?

Thomas Dufour
Le Quotidien
Les cas d’espionnage de la Chine au Canada ont fait la manchette à quelques reprises cette année. Les secteurs visés sont variés : technologies, agriculture, médecine, enseignement supérieur. Les universités, elles, devraient-elles être plus vigilantes ?

« Oui », répond d’emblée Michel Juneau-Katsuya, ancien cadre du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et expert en sécurité nationale, qui a travaillé sur des dizaines de cas d’universités québécoises aux prises avec des espions venus de Chine.

M. Juneau-Katsuya se souvient bien d’un dossier sur lequel il a travaillé il y a quelques années. « Un professeur avait une conférence à donner en début de semaine, mais il avait oublié sa clé USB à son bureau, raconte l’expert en sécurité. Le samedi soir, il passe à l’université après les heures d’ouverture habituelles. L’un de ses étudiants chinois à la maîtrise avait étalé l’entièreté de sa recherche sur son bureau et avait pris des photos. »

L’étudiant a été renvoyé sur-le-champ, mais l’université ne lui a pas demandé de remettre les photos. « Ils avaient peur que la Chine retire tous ces étudiants de l’université en question. »

Les universités sont souvent prises entre l’arbre et l’écorce dans ce genre d’histoires : ils veulent protéger leur recherche, mais ne veulent pas perdre leurs revenus provenant de la Chine.

Certains établissements canadiens ont décidé de couper leurs liens avec la Chine. « Ils ont mis de l’avant la protection de leurs professeurs et de leurs étudiants avant les revenus. »

C’est le cas de la Commission scolaire du Grand Toronto et de l’Université du Manitoba.

L’espionnage chinois au Canada a deux objectifs principaux, selon M. Juneau-Katsuya : obtenir un avantage économique en allant chercher des informations et déterminer qui est favorable ou défavorable au gouvernement chinois.

Selon lui, toute personne qui quitte la Chine pour venir travailler ou étudier au Canada se doit de rapporter de l’information. « Les services secrets chinois vont s’asseoir avec les gens et leur demander ce qu’ils comptent ramener. »

M. Juneau-Katsuya utilise souvent la même image pour comparer l’espionnage de la Chine avec l’espionnage des pays occidentaux. « Imaginons une plage où chaque grain de sable est un renseignement. Les pays comme la France ou le Royaume-Uni vont envoyer quelqu’un la nuit avec une pelle et un seau pour récolter le plus possible de sable. La Chine va envoyer mille baigneurs qui vont se baigner toute la journée et qui vont devoir aller dans la même chambre d’hôtel pour secouer leur sable. »

Le Canada est particulièrement visé par ce type d’espionnage venu de Chine. « On a des ressources naturelles très intéressantes, une position géographique particulière et on fait partie de grandes alliances. Ça fait de nous une cible intéressante », explique M. Juneau-Katsuya.

Selon l’expert en sécurité, les institutions canadiennes ne sont pas assez vigilantes quand vient le temps de protéger leurs informations. « Ça ne prend pas plus de gadgets ; il faut modifier notre culture. »

Le gouvernement canadien ne sensibilise pas assez les institutions à l’espionnage, croit M. Juneau-Katsuya. « Est-ce qu’on peut accuser les gens de ne pas savoir, quand il n’y a pas beaucoup d’information ? »

Au Saguenay– Lac-Saint-Jean

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) possède des campus dans plusieurs pays du monde, dont la Chine. L’établissement d’enseignement prend plusieurs précautions pour éviter les risques d’espionnage.

« Bien que l’UQAC entretienne des relations privilégiées avec la Chine, particulièrement pour certains programmes, nous recevons très peu d’étudiants en provenance de ce pays sur le campus, comme nous offrons ces programmes de manière délocalisée », a expliqué la directrice du service des communications de l’UQAC, Marie-Karlynn Laflamme.

Elle explique qu’il y a tout de même la possibilité pour des étudiants chinois de venir étudier à l’UQAC pour leur maîtrise ou leur doctorat.

Les informations sensibles sont bien protégées à l’UQAC, selon Mme Laflamme. La plupart des travaux traitent de recherche fondamentale, ce qui est moins susceptible d’être la cible d’espionnage que la recherche appliquée.

De plus, l’UQAC travaille avec de nombreux partenaires qui s’assurent de la bonne protection des données. « Ce sont eux qui nous indiquent les limites en ce qui concerne les accès à l’information, à certaines données sensibles, à des résultats d’expériences, par exemple, ou encore les contraintes de prises d’image », indique Mme Laflamme.