Cette image est tirée du rapport de JFSA sur la morphologie de la confluence entre les rivières Péribonka et Petite Péribonka.
Cette image est tirée du rapport de JFSA sur la morphologie de la confluence entre les rivières Péribonka et Petite Péribonka.

Érosion de la pointe Langevin: les barrages responsables

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Selon une nouvelle étude commandée par la Ligue des propriétaires de Vauvert, le problème d’érosion de la pointe Langevin semble amplifié par le niveau du lac Saint-Jean et les barrages construits au fil des ans sur la rivière Péribonka. Selon les experts, cet avis technique vise à rouvrir le débat sur des bases scientifiques.

Depuis le dépôt d’une étude de WSP en 2018, commandée par Rio Tinto, le débat sur les causes de l’érosion de la pointe Langevin semble clos pour la multinationale, déplorent les résidants. Ceux-ci, qui estiment être forcés à une expropriation économique causée par les actions de Rio Tinto, n’entendent toutefois pas en rester là.

Pour relancer le débat sur des bases scientifiques, une dizaine de résidants ont mandaté la firme J.F. Sabourin et Associés (JFSA), experts-conseils en ressources hydriques et en environnement, au mois d’avril 2019, afin de réaliser un avis préliminaire sur la problématique d’érosion. Ces derniers ont investi plus de 20 000 $ pour relancer le débat contre la multinationale.

Les experts de JFSA soulignent d’emblée qu’ils sont en accord avec les conclusions du rapport de WSP, soulignant que l’érosion du site est de nature fluviale. Ils remarquent toutefois que l’étude commandée par Rio Tinto « considère peu le contexte géomorphologique particulier du site d’études et se concentre principalement sur les débits exceptionnellement élevés de la Petite Péribonka au printemps 2017 pour expliquer l’érosion observée à la pointe Langevin, alors que le premier décrochement significatif observé a eu lieu en 2016. Nous considérons que plusieurs facteurs intrinsèques (dynamique des rivières) et extrinsèques (modifications du régime hydrologique par l’Homme) du site ont contribué à fragiliser la pointe Langevin et permis son érosion importante depuis 2016, lorsque des conditions érosives sont survenues ».

Les experts estiment que le rehaussement du lac Saint-Jean en 1925, la modification du régime hydrologique naturel de la rivière Péribonka depuis la construction des différents barrages au cours des années 1940 et 1950, ainsi que les travaux de stabilisation des berges sur la pointe Langevin et sur la Péribonka (le long de la route 169) ont certainement influencé le régime hydrique du secteur, et donc l’érosion de la pointe.

« Globalement, toutes ces perturbations modifient le fonctionnement naturel des rivières et leurs impacts sur la confluence tendent à converger vers la création et le maintien d’une fosse d’affouillement très profonde et très près de l’exutoire de la rivière Petite Péribonka, et donc de la pointe Langevin », peut-on lire dans le rapport.

niveau du lac

Selon Geneviève Marquis, hydrogéomorphologue et géologue chez JFSA, qui a travaillé sur le dossier, l’étude de WSP a très bien analysé l’épisode d’érosion de 2017, alors que son équipe a regardé la situation d’une manière plus globale. Elle souligne que les rivières ont bel et bien un impact sur l’érosion de la pointe, mais que ce régime est influencé par le niveau du lac Saint-Jean. « Le niveau du lac Saint-Jean contrôle la pente finale des deux rivières, ce qui influence le débit et le régime de sédimentation », dit-elle.

La géomorphologue mentionne aussi que le secteur est une zone sensible à l’érosion, car il est situé entre deux méandres concaves dans une zone de confluence, où l’on retrouve du sable fin. « Les modifications ajoutées depuis le premier barrage à l’Isle Maligne ajoutent toutefois de nouvelles contraintes qui forcent le système à s’ajuster », dit-elle.

Considérant le manque d’informations pour réaliser des analyses plus poussées, les experts de JFSA ont voulu lancer plusieurs pistes de réflexion pour comprendre l’évolution morphologique du site dans son ensemble. « On veut soulever une discussion », explique Geneviève Marquis.

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NEUF AUTRES RÉSIDENCES À RISQUE

Depuis 2016, la pointe Langevin s’érode à une vitesse de cinq à dix mètres par année et deux maisons ont déjà été détruites. Neuf autres propriétés sont à risque, estime le président de la Ligue des propriétaires de Vauvert, Daniel Murray. 

« Il faut compter au moins sept ans pour faire les études nécessaires pour trouver une solution et avoir tous les permis nécessaires, comme ce fut le cas pour les travaux de Rio Tinto dans la Belle Rivière, dit-il. Chaque jour où la terre tourne, l’érosion continue et, à ce rythme, neuf autres propriétés pourraient disparaître d’ici sept ans. »

Au lieu d’assumer son rôle de gestionnaire du Décret sur la gestion du Lac-Saint-Jean, Québec est demeuré passif, remarque Daniel Murray, qui déplore également que le gouvernement n’ait pas remis en question les affirmations de Rio Tinto et n’a soulevé aucune objection à son désengagement.

Réaction

Avant de réagir au rapport, Rio Tinto souhaite d’abord l’étudier et prendre le temps nécessaire pour bien prendre connaissance du document, a commenté Simon Letendre, directeur des relations avec les médias. « Nous sommes conscients que le phénomène d’érosion à la pointe Langevin crée une situation difficile pour les propriétaires concernés. C’est pourquoi nous travaillons en collaboration avec la communauté et les élus dans ce dossier, et ce, depuis le début », a-t-il mentionné. 

Il ajoute que Rio Tinto évalue une demande de la Ville de Dolbeau-Mistassini visant à soutenir un fonds d’indemnisation pour les propriétaires de résidences secondaires.

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CINQ QUESTIONS SOULEVÉES PAR LE RAPPORT 

1) L’augmentation du niveau d’eau du lac Saint-Jean (barrages à Alma) a-t-elle une influence sur la morphologie des rivières et de la confluence ?

2) En quoi la modification du régime hydrologique de la rivière Péribonka affecte-t-elle la dynamique de la confluence ?

3) Est-il possible que la charge sédimentaire provenant de la rivière Péribonka, à la suite de la construction du barrage de la Chute-à-la-Savane, soit diminuée et affecte les conditions morphodynamiques de la rivière ainsi que de la confluence ?

4) En quoi la stabilisation des berges des deux rivières pourrait-elle modifier la dynamique fluviale des chenaux et de la confluence ?

5) Quelle est la contribution des vagues provenant du lac à l’érosion de la berge sud de la pointe Langevin ?